Des voisins envoient un huissier de justice pour forcer un éleveur à retirer les cloches de ses vaches

Par
9 720
Partages
inscription newsletter

Newsletter

partager sur twitter

Partager sur Twitter

Cet été, un paysan du Biot, une commune de Haute-Savoie, avait été la cible d'une pétition adressée par une vingtaine de résidents secondaires qui étaient dérangés par le « vacarme assourdissant » provoqué par le tintement des cloches de son petit troupeau de vaches. Aujourd'hui, c'est au tour d'un éleveur de Malrevers, village de Haute-Loire, d'être pointé du doigt par ses voisins. 

Nicolas Toire et ses vaches — capture écran France Télévisions

Éleveur de vaches salers et ferrandaises, Nicolas Toire ne cache pas son incompréhension : car ce n'est pas juste une simple pétition qui le cible ! Ses voisins, Audrey et Sébastien Chandès, ont carrément saisi un huissier de justice pour le forcer à plier, du jour au lendemain, comme il l'explique à WikiAgri, une revue spécialisée pour les professionnels de l'agriculture :  « Je ne comprends pas ! Ce sont nos voisins depuis 2010, et là, d'un seul coup, ils nous attaquent, sans même être venus nous voir au préalable pour que l'on comprenne de quoi il s'agit au juste. » Il comprend d'autant moins la démarche qu'il s'agit d'un couple de vétérinaires, et qu'ils vivent donc aussi grâce à l'activité d'éleveurs tels que lui.

Situés à 250 mètres du troupeau, ces derniers déclarent de leur côté être très gênés par ce « tintement permanent » et sont bien décidés à faire condamner le paysan à retirer les cloches de ses vaches. Ils ont donc fait constater par un huissier de justice que le tintement des cloches « dépassait les normes environnementales » et fait circuler une pétition. Sur les 3600 habitants concernés en tout sur ces communes, ils ont pour l'instant recueilli quelque 47 signatures de sympathisants.

Interrogé par France 3, Sébastien Chandès s'est défendu de vouloir provoquer une énième querelle de clocher : « On ne cherche pas la guerre, on veut juste limiter un peu le bruit dans les campagnes. On aime effectivement la campagne, les animaux qui vivent avec... mais pas les nuisances sonores aussi importantes. »

Dans l'appel à pétition que le couple avait fait circuler, les voisins expliquent avoir d'abord tenté de discuter gentiment avec l'éleveur, sans résultat. Autre son de cloche, si l'on peut dire, du côté du paysan qui lui fustige justement le manque de concertation avant de faire le constat d'huissier :  « Ils l'ont fait de jour alors que, si les vaches ont pu éventuellement les gêner, j'imagine que ça s'est produit de nuit : il a fait très chaud au mois d'août chez nous, les vaches se sont cachées le jour et sont sorties manger la nuit. C'est peut-être de cela dont il s'agit, mais je n'en sais rien fait, car ils ne nous ont rien demandés. »

Pour Nicolas Toire, de toute façon, ces sonnailles sont avant tout une histoire de cœur : il les a depuis toujours, et en tire une immense fierté. Celles-ci lui viennent de son père, celles-là de son grand-père, et d'autres sont dans la famille depuis quatre générations. Qu'elles soient gravées ou lisses, avec des colliers de bois ou de cuir, avec un battant en métal, en bois ou en os, fines, épaisses, convexes ou concaves, les cloches en disent beaucoup sur les animaux qui les portent. En fonction de chaque région, en France, il existe une infinité de variétés de sonnailles, et leur fabrication résulte d'un véritable savoir-faire ancestral. 

Bref, pas question d'abandonner les cloches, Nicolas Toire préférerait encore arrêter son troupeau et son métier d'éleveur, plutôt que de s'y soumettre : « Je vendrai mon troupeau, j'arrêterai de faire paysan... Mais je n'enlèverai pas mes cloches ! », déclare-t-il au micro de France 3.

Pour se défendre, il a été forcé de prendre un avocat. Après s'être renseigné, en cas de poursuites, il compte désormais faire valoir le fait que le relevé d'huissier « n'est pas légal », car « pas pris par un organisme agréé » et effectué dans des conditions inconnues. Même si les plaignants ne semblent pas avoir mis pour l'heure leurs menaces à exécution, cette histoire cause tout de même bien du tracas à Nicolas Toire.

Aujourd'hui, l'éleveur rit jaune : « Cette affaire m'a d'ores et déjà coûté 1 000 euros de frais, rien que pour savoir comment m'en défendre ! » 

Pour riposter, il a donc lui aussi décidé de faire circuler sa propre pétition sur le site Change.org, et a déjà récolté près de 10 000 soutiens à l'heure ou nous écrivons ces lignes.

Commentaires