Fourrures de lapin de luxe « éthique » : l'association L214 dévoile de nouvelles images prises au sein des fermes d'élevage

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Conformément au modus operandi qui l'a rendue célèbre, l'association L214 éthique et animaux s'est infiltrée une nouvelle fois au sein des fermes d'élevage afin d'en dévoiler les coulisses peu reluisantes , au travers d'images-choc tournées en caméra cachée.

En cause, cette fois-ci, le monde de la fourrure de luxe et les fermes d'élevage de lapins Orylag — pourtant revendiqués comme étant « éthiques » par les éleveurs, car ces animaux sont également consommés pour leur viande. Conditions de vie insalubres, taux de mortalité extrêmement élevé, blessures et maladies, absence de lumière du soleil : l'association dénonce une réalité « sinistre » derrière la marchandise d'excellence, et notamment « des conditions de vie tout aussi sordides pour les visons ou les renards [uniquement] exploités pour leur peau ». L214 a lancé une pétition adressée aux grands couturiers de mode qui commercialisent la fourrure Orylag, et a déposé plainte pour mauvais traitements.

Le lapin Orylag est une race de lapin à la fois élevé pour sa viande et sa fourrure, fruit de la sélection et de croisements sur plusieurs générations afin d'obtenir un animal à la fourrure particulièrement soyeuse, et a la chair très tendre. L'Orylag, marque déposée, est en fait le nom de la fourrure de l'animal. Dans l'assiette, la viande est plutôt connue sous le nom de Rex du Poitou. Il est issu d'une variation de la race de lapin Rex, un lapin domestique qui, lui, est plutôt élevé en tant qu'animal de compagnie.

Bien qu'ils produisent de la fourrure de luxe, les éleveurs de lapis Rex du Poitou défendent une méthode d'élevage « plus éthique » que d'autres activités du même secteur : en effet, le lapin Rex n'est pas sacrifié « inutilement » à des seules fins de production de fourrure (contrairement à la plupart des animaux élevés pour leur peau), puisque sa viande est elle aussi utilisée. Il s'agissait ainsi d'un substitut idéal à la fourrure du chinchilla, rongeur d'Amérique du Sud aujourd'hui en voie de disparition dans son habitat naturel car sacrifié pour sa fourrure. De plus, selon les éleveurs de Rex du Poitou, les lapins sont élevés jusqu'à l'âge de 18 semaines, ce qui leur garantit le double de la vie d'un lapin à viande standard.

Les producteurs d'Orylag mettent également en avant un produit d'excellence, un élevage artisanal, une qualité exceptionnelle qui requiert donc des conditions d'élevage et d'abattage privillégiées afin de préserver une fourrure impeccable. 

Mais les images rapportées par L214 égratignent quelque peu les arguments qui veulent que l'Orylag soit une fourrure plus éthique : « Derrière l’image du luxe se cachent des élevages industriels dans lesquels les lapins ne peuvent pas exprimer leurs comportements naturels ni connaître l’herbe ou les rayons de soleil. Cela va à l’encontre du discours de la filière, qui présente cette race comme éthique », argumente Sébastien Arsac, porte-parole de l'association.

Dans les images tournées par les militants, on peut aperçevoir des lapins au comportement répétitif, mordant les barreaux de leurs cages, grattant les parois. Certains sont malades ou blessés, d'autres sont atteints du « syndrome vestibulaire », une lésion de l'oreille interne qui les force à rester la tête tordue vers le sol.

Nombreux sont les animaux qui meurent dans leurs cages (le taux de mortalité est, de fait, estimé entre 25 et 30%, notamment à cause de la fragilité génétique des animaux). L'association affirme également que les lapins sont gavés de médicaments (une information qui est cependant démentie par les éleveurs).

« Jamais [les lapins ] ne voient la lumière du jour, s'indigne L214 dans sa pétition. Fous de détresse, nombre d’entre eux ont des comportements stéréotypés liés à l’ennui ou cherchent à s’échapper, en vain. »

L214 a déposé plainte devant les procureurs de Niort et de La Rochelle contre les élevages, mais également contre l'INRA (l’Institut national de la recherche agronomique) pour avoir développé et breveté la souche génétique de lapins Rex du Poitou — un procédé de sélection et d'amélioration de la race animale par reproduction et croisements, similaire au  procédé habituel pour la plupart des animaux d'élevage. L'INRA, qui a spécialement mis au point cette variété de lapins à la chair à la fois goûteuse et à la fourrure très douce, n'est pas directement responsable des conditions d'élevage pratiquées par les éleveurs, mais la commercialise directement depuis plus de quarante ans en leur vendant les animaux. Leurs recherches visent aujourd'hui à améliorer davantage les qualités de la race, tout en réduisant la fragilité et le taux de mortalité, encore très importants.

Pour L214, cependant, cela équivaut à « utiliser des fonds publics pour l’entretien et le développement d’une filière privée restreinte, très éloignée de l’intérêt général ».

« Les conditions montrées par ces images ne respectent pas le bien-être animal, mais elles ne nous paraissent pas représentatives de ce qui se passe chez nous », répond de son côté Denis Milan, le chef du département de génétique animale de l’INRA, interogé par Le Monde. Selon lui, certains des lapins que l'on apperçoit dans les images diffusées par l'association ne correspondent pas à des animaux de l'Institut, au vu de leurs numéros d'immatriculation. Pour les autres, une mission d’inspection interne va être diligentée sous 48 heures, assurent les responsables de l'organisme.


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