Le cheval de Prjevalski, « dernier cheval sauvage », a en réalité déjà été domestiqué par l'homme, il y a très, très longtemps...

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La crinière courte, l'allure rustique, les membres trapus et le regard doux, il semble taillé pour galoper inlassablement sur des steppes sans fin. Avec sa petite taille (1m30 au garrot) et sa robe couleur isabelle, il nous fait immédiatement penser à ces chevaux venus du fond des âges, peints à l'ocre sur les parois de la grotte de Lascaux.

Et pour cause : le cheval de Przewalski est un cheval « préhistorique », le dernier descendant connu de ces équidés sauvages qui parcouraient les plaines d'Eurasie avant leur domestication par l'homme. Bien que génétiquement très proche d'Equus caballus (le cheval domestique commun), il est en fait considéré comme une sous-espèce — voire carrément comme une espèce à part, selon les classifications.

Ce cheval originel était donc considéré comme étant le « dernier cheval sauvage ». Était, car de récentes analyses du génome publiées dans la revue Science montrent que ces chevaux ont bien été apprivoisés par l'homme, il y a 5 000 ans, avant de retourner à l'état sauvage, bouleversant la conception qu'avaient les scientifiques de l'histoire évolutive de cet animal !

Cheval de Prjevalski / Shutterstock

Comme celle du chien, l'histoire du cheval est intimement liée à l'histoire de l'Humanité et aux premiers balbutiements des civilisations. Probablement survenue vers la fin du Paléolithique, la domestication de ces équidés a révolutionné les transports, l'agriculture, et la guerre, marquant de profonds changements dans les sociétés humaines. Pourtant, malgré tout ce que nous pensons savoir de lui, le cheval recèle encore de nombreux mystères. Et chaque fois que nous pensons avoir résolu la question de son origine, une nouvelle étude nous ramène à la case départ.

C'est le cas d'une nouvelle étude de l'ADN du cheval de Prjevalski, ancêtre supposé du cheval domestique, qui met à terre toutes les théories les plus communément établies à ce jour !

L'ensemble de la communauté scientifique s'accordait plus ou moins jusqu'à présent autour d'un même consensus : si on imagine que les premiers apprivoisements de chevaux ont pu avoir lieu plus de  8 000 ans avant notre ère, les premières traces de domestication attestées archéologiquement remontent à environ 3 500 av. J.-C, dans les steppes du Kazakhstan, par la culture Botaï. Ces premiers chevaux domestiques auraient été issus de la même souche que celle du cheval de Prjevalski, et auraient progressivement évolué au fil de la sélection humaine et des croisements, pour finalement devenir des animaux domestiques distincts de leurs homologues sauvages. Un peu comme le chien se distingue du loup, le mouflon du mouton, le sanglier du cochon...

Après avoir frôlé le bord de l'extinction, le cheval de Prjevalski subsiste aujourd'hui dans quelques régions, où il a été réintroduit dans la nature. On en trouve ainsi en Mongolie, en Chine, en Espagne, mais aussi en France sur le plateau du causse Méjean, en Lozère, site inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Il était donc considéré comme étant le « dernier cheval sauvage », une sorte d'espèce-fossile de cheval non-domestiqué ayant échappé à toute domestication.

Cheval de Prjevalski / Shutterstock

Sauf que le papier publié par Science, appuyé par une solide étude comparée du génome des ossements des chevaux domestiqués par les Botaï et des chevaux de Prjevalski, a démontré deux choses : la première est que le cheval de Prjevalski n'est pas réellement « sauvage », et qu'il a déjà été domestiqué par l'homme il y a très longtemps. La seconde est que les chevaux domestiques, tels que nous les connaissons aujourd'hui, proviennent donc d'une souche inconnue, non-découverte à ce jour et vraisemblablement éteinte.

Ludovic Orlando, chercheur au CNRS de Toulouse, s'est associé à Alan Outram, un zooarchéologue de l'université britannique d'Exeter. Ensemble, ils ont découvert les restes d'un ancien « ranch » préhistorique du peuple Botaï. Ils ont récolté les ossements d'une vingtaine de chevaux Botaï, afin d'en dégager des séquences ADN. Ils ont également relevé les séquences ADN de différentes espèces de chevaux qui peuplaient la région au cours des 5 000 dernières années — dont évidemment le cheval de Prjevalski — afin de les comparer.

Ils s'attendaient à découvrir que les chevaux de Prjevalski étaient proches d'une souche à l'origine des autres espèces, et que le cheval Botaï était une sorte de version semi-domestiquée. Or, le résultat les a énormément surpris.

Non seulement chevaux de Prjevalski et Botaï étaient de la même famille... mais au vu de leur patrimoine génétique, il est devenu clair aux chercheurs que ces chevaux de Prjevalski « sauvages » étaient en réalité tout simplement des chevaux Botaï échappés et retournés dans la nature !

« Nous avons découvert qu'il n'y avait plus de vrais chevaux sauvages sur Terre », a expliqué Alan Outram à la revue Science.

Comme le Mustang aux États-Unis, le cheval de Prjevalski est donc un animal « marron », c’est-à-dire une ancienne espèce domestique retournée à l'état sauvage, créant une nouvelle population. En 5 000 ans, les chevaux de Prjevalski ont eu le temps de se « dédomestiquer » et retrouver leur instinct naturel, si bien que nous les avons pris pour une espèce purement sauvage.

Pour en savoir plus sur le cheval de Prjevalski :   « Le dernier cheval sauvage »  de Pierre Schwartz et Françoise Perriot, aux éditions Belin.

Cheval de Prjevalski / Shutterstock

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