Voilà pourquoi vous n'avez jamais vu en France ces machines révolutionnaires qui vous donnent de l'argent en échange d'emballages à recycler...

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C’est une vidéo, prise par une touriste brésilienne, qui est en train de faire le tour des réseaux sociaux. On y voit simplement la femme en question, en train d’insérer des bouteilles vides dans une étrange machine, qui ressemble à une sorte de lave-linge miniature, tout en expliquant à son amie le fonctionnement...

Au final, l’automate lui échange ses bouteilles contre un ticket de 13 €, avec lequel elle pourra régler ses courses !

La machine à transformer le plastique en cash

 

Publié par Mr Mondialisation sur jeudi 22 septembre 2016



Incroyable, révolutionnaire... Et pourtant, ce genre de machine n'a absolument rien de nouveau. En fait, le système existe déjà depuis une quinzaine d’années — et il est également très bien implanté en Belgique ou encore en Suisse !

On en vient, du coup, à trouver étonnant que ces automates ne soient pas mieux connus de nous autres français, et que cela parvienne à susciter autant d'enthousiasme chez nous, alors qu'il s'agit d'une chose d'une banalité sans nom pour d'autres...

En fait, dans ces pays, le plastique n’est pas seul à pouvoir rapporter un peu d’argent d’appoint : les bouteilles en verre sont également recyclées avec un système similaire. Je me rappelle une fois, en visite à un ami allemand, l’avoir vu ramener ses bouteilles de bière vide, pour récupérer de l’argent… avec lequel il achetait ensuite d’autres bouteilles de bière. J’avais, évidemment, été complètement émerveillé par ce qui m'avait semblé, sur le moment, être un véritable prodige.

Dans les faits, mon ami avait simplement payé un supplément de quelques centimes au moment d'acheter ses bières, et cette consigne lui était rendue en échange du récipient. Pas de magie ni d'alchimie dans cette machine capable de changer les bouteilles en or, mais par contre, une chose était sûre : il mettait un point d'honneur à conserver consciencieusement tous ses emballages, pour rapporter tout son stock au supermarché à l'heure de préparer l'apéro.


Mais alors, peut-on se demander, pourquoi diable un système si simple, si efficace, déjà éprouvé depuis belle lurette pour couronner le tout, est-il quasi-inexistant en France ?

Eh bien en fait, figurez-vous qu’il existe, ou plutôt il a existé — nous l'avons simplement oublié. Car un système assez proche de celui-ci avait déjà été mis en place... dès les années 50. Demandez à vos parents ou à vos grands-parents : à l’époque, toutes les bouteilles que l’on achetait chez l’épicier étaient consignées, et les enfants qui rapportaient les bouteilles dans la boutique du commerçant pouvaient s’acheter des bonbons avec les pièces qui leur étaient rendues…

Les récipients étaient ensuite renvoyés au producteur, qui pouvait les laver avec toutes les autres et les réutiliser. Il n’y avait même pas besoin de recycler ! Une seule bouteille en verre pouvait servir plusieurs fois d’affilée.

Finalement, tout le monde était gagnant : le producteur avait moins de bouteilles à fabriquer, le consommateur récupérait de l’argent, et l’environnement était préservé, puisque moins de déchets étaient produits.
© maxppp


Mais le principe de la consigne a disparu des mœurs, au profit du jetable. Et la question revient : pourquoi n’a-t-on pas conservé ce système, en le modernisant, comme l’ont fait par exemple les Allemands ?

Aujourd’hui, nous avons bien des poubelles de recyclage, mais de nombreuses personnes ne les utilisent pas (ou les utilisent mal). Et si certaines grandes surfaces expérimentent parfois des machines similaires, il s'agit le plus souvent d'initiatives isolées.  Un système généralisé de rétribution en échange du recyclage, même si l’argent reçu est payé par le consommateur lors de l’achat, permettrait de régler le problème en motivant les consommateurs à recycler 100% de leurs déchets ! 



Alors, pourquoi ne consignons-nous plus les emballages ? Allez, fin du suspense, car vous vous en doutez bien, de la réponse, au fond : à la différence de l’Allemagne, cette pratique n’a pas résisté chez nous à l’automatisation des usines et à l’industrialisation. Lorsqu'il est devenu plus rentable et plus facile pour les grandes industries de jeter que de conserver, pourquoi s'embêter à favoriser ce geste ?

En 1963, rapporte le magazine Terraco,  un producteur d’huile vantait même les mérites de sa nouvelle bouteille non-réutilisable : « C’est plus sûr : non consignée, la bouteille ne sert que pour vous, elle ne sert qu’une fois ; vide, on la jette, elle ne revient pas. »

Eh oui, le progrès ! À l’époque, le gaspillage et le jetable, c’était considéré comme vraiment révolutionnaire…
@Ecodrinks

Avec la mode naissante des objets à usage unique et la pratique grandissante de l’acquisition d’objets jetables (mouchoirs, rasoirs, couverts, etc.), qui donnent l’illusion à l’acheteur d’être beaucoup moins cher tout en rapportant beaucoup plus au producteur sur le long terme, nous avons par la suite un peu oublié la bouteille de lait à rapporter à l’épicier en bas de la rue.

Mais heureusement la tendance est déjà en train de s’inverser, et les consciences s'éveillent. Petit à petit, nous nous rendons compte qu’il vaut mieux réparer, acheter des objets plus résistants et de meilleure qualité, et les principes de l’obsolescence programmée sont de moins en moins obscurs, de mieux en mieux compris par l’ensemble de la population.

Alors, à quand la systématisation des automates recycleurs dans tous nos supermarchés ?


Source : CNIID
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