Dans cette maison de famille, on descend les escaliers... en glissant sur le toboggan !

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Les parents ont beau avoir la cinquantaine et cinq enfants, ils n’ont jamais vécu ensemble.

Tous deux médecins, ils habitaient dans deux villes différentes. À la faveur de la mutation de l’un d’eux, ils ont enfin eu la possibilité de rêver leur maison familiale. Leur idée de départ était de faire bâtir en ville – à Rennes – une grande maison d’environ 300 m². Ils ont jeté leur dévolu sur un terrain dont la situation leur convenait, mais déjà occupé par une maison ancienne, en pierre de La Bouëxière, typique de la région.

Leur intention était de la raser pour reconstruire, mais après avoir consulté plusieurs architectes, ils ont adhéré pleinement au projet de Mickaël Tanguy, un professionnel pragmatique qui place le budget de ses clients au centre de la démarche architecturale.

En façade, la vaste bâtisse familiale de 275 m² se présente comme un ancien corps de bâtiment auquel a été accolée une grande extension aux lignes cubiques bardée de bois. « Ce qui est cher dans la construction d’une maison, c’est le clos et le couvert, c’est-à-dire murs et toit. En conservant la maison d’origine, en la surélevant et en l’étendant, nous avons pu faire entrer dans le budget des propriétaires tous leurs désirs », explique d’emblée Mickaël Tanguy.

La démarche de cet architecte n’est pas courante car au lieu de dessiner en amont le projet absolu de cette famille « une construction neuve, contemporaine, avec un très grand salon, sept chambres et un toboggan », il leur a annoncé dès le premier rendez-vous que ce ne serait pas possible pour leur budget pourtant confortable de 550 000 euros.

« Je préfère être clair dès le début, me baser sur le chiffrage plutôt que de partir d’une vision éthérée, d’un trait artistique et que le projet se retrouve tronqué et défiguré à la réalisation. Dessiner de belles courbes pour qu’elles finissent en droites par manque de budget ne m’intéresse pas. Je connais les budgets de chaque poste et ce sont eux qui orientent le projet. »


L’architecte a ainsi mixé dans la partie neuve de cette maison l’ossature bois en façade et le parpaing pour le mur latéral enduit en blanc. « Le parpaing est ce qui coûte le moins cher pour des murs aveugles. Dès qu’il faut percer et ajouter du béton pour faire les encadrements, il est plus rentable d’utiliser l’ossature bois. Il m’arrive donc fréquemment de mixer les techniques de construction afin d’arriver au meilleur coût », explique-t-il.

Autre constat de l’architecte : « Construire est soumis à une TVA de 20 %, mais rénover un bâtiment en lui donnant les performances thermiques requises par la loi n’est imposé qu’à 5,5 %. Dès lors, on comprend pourquoi il était financièrement intéressant de garder le bâtiment ancien, en pierres qui plus est. » Et c’est justement cette démarche pragmatique qui a séduit les propriétaires et incités à poursuivre avec Mickaël Tanguy l’aventure de cette construction dédiée à leur vie de famille.

« Le toboggan et leur volonté d’un très grand salon n’entraient pas dans le budget d’une construction neuve, mais en gardant une partie de l’existant, tout est finalement rentré ! », résume l’architecte.

On pénètre dans la maison sur la partie contemporaine de la façade bardée de bois. L’entrée se présente tel un vaste corridor ponctué par l’escalier qui monte aux chambres. Elle a été travaillée de sorte à flouter les limites entre l’extérieur et l’intérieur. L’ancienne façade en pierres de La Bouëxière, nettoyées et vernies, est devenue un mur intérieur. Pour y faire écho, le même bardage en zinc que celui employé sur le toit de la maison, a servi à faire une cloison de chambre en haut de l’escalier.

« Dessiner de belles courbes pour qu’elles finissent en droites par manque de budget ne m’intéresse pas »


Les propriétaires souhaitaient dès le départ que le bâtiment soit contemporain avec des accents industriels. L’escalier a donc été choisi à dessein pour rappeler un loft new-yorkais. Il a été fabriqué sur mesure par un métallier de la région, en tôle pliée pour les marches et en métal déployé pour le garde-corps. « C’est un matériau à la structure métallique ajourée en forme de losanges, détourné du monde industriel où il sert à faire des grilles d’aération », détaille l’architecte.

Sous l’escalier ainsi que sur la rampe, des bandeaux LED ont été placés pour créer un chaleureux éclairage d’ambiance indirect.

Face à l’escalier, on descend dans le salon de 53 m² qui occupe tout le bas de l’ancienne bâtisse. « Celle-ci présentait deux niveaux et un demi-sous-sol. Nous avons enlevé tous les planchers bois. Cet espace salon a pris place dans l’ancienne buanderie et nous avons monté deux niveaux supplémentaires en surélevant la maison », détaille l’architecte.

Côté cuisine-salle à manger, madame, qui a un penchant marqué pour le design, a souhaité des carreaux de ciment au sol. « Je n’interviens pas dans les choix déco, je valide seulement si cela peut entrer ou non dans le budget. Quand un propriétaire insiste pour avoir un élément trop onéreux par rapport à l’enveloppe, on rogne des mètres carrés au projet par ailleurs, tout simplement », ajoute l’architecte.

Et justement, cette famille avait un élément onéreux en tête sur lequel il n’était pas question de faire l’impasse : le toboggan. Les cinq enfants, dont quatre en bas âge, ont largement plébiscité cet équipement un peu loufoque mais ludique. Et les parents ont apprécié l’idée de cette solution imparable pour les faire descendre en moins de deux quand ils les appellent pour déjeuner.

« Même quand je leur ai annoncé qu’il y en aurait pour 8 000 euros, les parents n’ont pas renoncé. Comme ce toboggan faisait partie du projet de base de la famille, nous avons facilement pu le budgéter », explique Mickaël Tanguy. Le toboggan a été fabriqué sur-mesure par le même métallier que l’escalier, tout comme le piétement industriel de la table de la salle à manger. La cuisine noire, qui forme un angle dans cette vaste pièce, a été réalisée par un cuisiniste.

« Le toboggan n’entrait pas au départ dans le budget d’une construction neuve. Mais… »


Le vélo de madame – qui l’utilise au quotidien – a naturellement trouvé sa place sous le toboggan. À gauche, on distingue la seule chambre du rez-de-chaussée, celle de l’aînée de la famille.

Le premier étage est réservé aux quatre plus jeunes. On distingue ici le couloir qui mène aux cinq chambres situées à ce niveau. L’une d’elles, inoccupée, sert de chambre d’amis. Parmi les quatre autres, deux sont actuellement réunies en une seule très grande, car les deux petits de la famille sont des jumeaux inséparables.

Sur ce cliché, on aperçoit également la mezzanine des enfants, aménagée en bibliothèque. Le deuxième étage, lui, est dédié aux parents, qui y ont aménagé une suite.

Voici le palier d’où s’élancent les enfants, très pressés à l’heure des repas. On suppose qu’ils empruntent plutôt l’escalier lorsqu’ils doivent aller faire leurs devoirs sur la grande table de famille…

De retour au rez-de-chaussée, nous sortons dans le jardin depuis la grande pièce de vie au moyen d’une baie coulissante. « Nous avons retenu des modèles de chez Kawneer, car ils ont de très beaux montants en alu noir anodisés. Ce traitement permet un rendu velouté et non plastique comme le thermolaquage », explique Mickaël Tanguy. « Sur la façade avant de la maison, nous avons même opté pour des montants bicolores : une face noire, une face or, pour récupérer la lumière du sud. »

L’arrière de la maison est complètement connecté au jardin grâce à sa baie vitrée. À gauche, le rectangle blanc qui s’avance dans le terrain correspond à la chambre du fils aîné, aménagée en studio indépendant. On distingue au niveau du toit la surélévation en bardage zinc. La fenêtre en bandeau correspond à la cuisine.

Le jardin est situé au nord, une exposition délicate pour les végétaux. Afin de l’aménager au mieux, les propriétaires ont fait appel à l’atelier MaDe, des paysagistes locaux qui ont mixé terrasse bois, carrés potagers, gazon et parties gravillonnées comme dans les jardins minéraux japonais.

Le jardin a été conçu pour demander peu d’entretien, à l’instar du bardage bois de la maison, en red cedar, qui grisera au fil du temps.

En définitive, ne croyez pas que l’architecte Mickaël Tanguy ne se souvient de ce projet qu’à l’aune d’un tableau Excel : « Cela m’a particulièrement touché. J’ai aimé contribuer à ce beau projet de vie, à faire la première maison de famille de ce couple », confie-t-il. Si des propriétaires aux idées ludiques peuvent préférer faire confiance à un professionnel pragmatique, un architecte proche de son budget n’en perd pour autant pas sa sensibilité !


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