Le samedi 5 septembre 2026, une promeneuse de 66 ans traverse un pré entre Kirchroth et Oberzeitldorn, près des rives du Danube, en Basse-Bavière. Dans l'herbe, un serpent d'environ deux mètres, au moins aussi épais qu'un bras, se chauffe tranquillement au soleil.
Ce n'est pas une couleuvre. C'est un anaconda, l'un des plus grands serpents du monde, dont l'habitat naturel se trouve à des milliers de kilomètres de là, dans les zones humides d'Amérique du Sud.
« Plus long que ceux d'ici »
La sexagénaire alerte la police et prévient aussi son fils. Aux agents, elle explique simplement que l'animal est bien plus long que les serpents qu'on croise d'habitude dans le secteur. En Bavière, les promeneurs rencontrent surtout la couleuvre à collier et la couleuvre d'Esculape, deux espèces inoffensives. La plus grande des deux, la couleuvre d'Esculape, peut approcher les deux mètres, mais elle reste bien plus fine qu'un anaconda.
Une patrouille de la police autoroutière, dont le poste est tout proche, arrive rapidement sur place. Avant de s'approcher, les agents font appel à une spécialiste des reptiles. Son verdict ne laisse aucun doute : il s'agit bien d'un anaconda, un serpent constricteur originaire d'Amérique du Sud. Les pompiers volontaires de Kirchroth sont appelés en renfort.
Un bac à linge, une raclette et des gants de pompier
Problème : dans cette commune rurale de moins de 4 000 habitants, ni la police ni les pompiers ne disposent de matériel pour capturer un serpent de cette taille. Selon le rapport d'intervention des pompiers, cité par le quotidien allemand Bild, l'équipe improvise. Un bac polyvalent normalement destiné au linge devient un terrarium de fortune, une raclette à eau fait office de crochet à serpent et d'épais gants en cuir, prévus pour les interventions sous appareil respiratoire, remplacent les gants spéciaux.
La spécialiste avait prévenu : les anacondas ont la réputation de mordre facilement et peuvent se montrer agressifs. Celui-ci n'a opposé aucune résistance. C'est finalement un policier, sans aucune expérience de la capture de serpents, qui l'a attrapé.
Le serpent s'est montré complètement détendu et s'est laissé attraper de manière sûre et adroite par le collègue de la police, bien que lui non plus ne soit pas un attrapeur de serpents expérimenté.
Ces mots sont extraits du rapport des pompiers de Kirchroth, cité par Bild (traduction de l'allemand).
Plutôt évadé qu'abandonné
Ce calme a une explication probable : selon toute vraisemblance, l'animal vivait en captivité depuis un certain temps. Après un passage au poste de la police autoroutière, il a été confié à la station d'accueil pour reptiles de Munich, une structure qui recueille régulièrement des animaux exotiques trouvés, abandonnés ou saisis par les autorités. Il y passe les examens de quarantaine habituels.
Son état de santé a orienté les soupçons de l'équipe. D'après Bild, les soigneurs le jugent plutôt en forme et penchent davantage pour une évasion que pour un abandon volontaire.
Un propriétaire qui risque d'être difficile à retrouver
La police de Straubing a lancé un appel pour identifier le propriétaire. La station munichoise se montre pourtant peu optimiste : les anacondas étant considérés comme potentiellement dangereux, leur détention n'est autorisée en Bavière que dans de rares cas, ce qui pourrait compliquer la recherche de la personne qui gardait celui-ci.
La loi bavaroise classe en effet les grands serpents constricteurs parmi les « animaux dangereux d'une espèce sauvage ». Pour en garder un chez soi, il faut obtenir une autorisation de sa commune, accordée uniquement si le demandeur justifie d'un intérêt légitime, si sa fiabilité ne soulève aucun doute et si l'animal ne menace ni la vie, ni la santé, ni les biens d'autrui. Une simple passion pour les reptiles ne suffit pas : dans une réponse écrite au Parlement régional, le gouvernement bavarois a précisé que le loisir ne constitue pas un intérêt légitime. Détenir un tel animal sans autorisation expose à une amende pouvant atteindre 10 000 euros.
Avec ses deux mètres, le fugitif de Kirchroth reste pourtant un spécimen modeste. L'anaconda vert, le plus massif de la famille, est considéré comme le serpent le plus lourd du monde. Selon le Muséum d'histoire naturelle de Londres, il dépasse rarement 6,25 mètres, même si les récits lui prêtent souvent des tailles bien supérieures. Les jeunes anacondas se nourrissent surtout d'oiseaux. En grandissant, les femelles s'attaquent à des proies bien plus grosses, comme des capybaras, de jeunes cerfs ou des caïmans, qu'elles étouffent avant de les avaler entières.
Comment un serpent d'Amérique du Sud a-t-il fini par lézarder dans un pré bavarois, à quelques pas du Danube ? Selon les dernières informations publiées, la question reste sans réponse.
Source : Euronews et BayernPortal
