Bec-en-sabot : chez cet oiseau africain qui mange des bébés crocodiles, l'aîné élimine souvent le plus jeune, en Zambie des soigneurs ont trouvé la parade

En Zambie, des soigneurs sauvent le poussin cadet du bec-en-sabot, souvent éliminé par son aîné, en le nourrissant avec une marionnette d'oiseau.

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Chez le bec-en-sabot, un échassier africain qui peut atteindre 1,50 mètre, la femelle pond jusqu'à trois œufs, mais un seul poussin survit en général. L'aîné, éclos quelques jours plus tôt, accapare la nourriture ou s'en prend directement à son cadet. En Zambie, une équipe a décidé d'intervenir : elle prend le deuxième œuf des nids et élève le poussin à la main, derrière une marionnette d'oiseau.

Un poussin « de secours »

Le bec-en-sabot (Balaeniceps rex) ne ressemble à aucun autre oiseau. Son bec en forme de sabot mesure jusqu'à 24 centimètres de long et 9 de large, avec des bords tranchants. Il guette sans bouger dans les marais, puis se jette sur sa proie et l'avale entière. Selon une étude de 2015 citée par Live Science, les poissons-chats représentent environ 71 % de ses repas. Il mange aussi des anguilles, des serpents et des bébés crocodiles.

Dans le nid, le deuxième poussin sert de réserve, au cas où l'aîné ne survivrait pas. Si tout va bien pour le premier, le cadet est condamné. Pour African Parks, l'ONG qui gère les marais de Bangweulu, ces petits « de rechange » ont la même valeur génétique que leurs aînés. C'est sur eux que mise le programme.

Des marionnettes signées par un ancien des Muppets

En mai 2022, African Parks a ouvert au cœur des marais de Bangweulu, dans le nord-est de la Zambie, un centre d'élevage et de réhabilitation présenté comme le premier du genre au monde. Jusque-là, seuls deux élevages de becs-en-sabot à la main étaient connus, l'un en Belgique, l'autre en Floride.

Les œufs traversent les marais dans un incubateur portable. Au centre, ils sont couvés une trentaine de jours et retournés à la main trois fois par jour. Les poussins passent ensuite par une salle chaude et humide, puis par des nichoirs entourés de nattes de papyrus, pour voir le moins possible les humains.

Un oisillon élevé par l'homme risque de s'attacher à lui et a peu de chances de se débrouiller seul. Les soigneurs le nourrissent donc avec des marionnettes en forme de bec-en-sabot, fabriquées par Bill Diamond, un marionnettiste américain qui a travaillé pour Jim Henson, le créateur des Muppets. Pendant les repas, des enregistrements de cris de bec-en-sabot sont diffusés. La chercheuse Maggie Hirschauer s'habille même d'une abaya sombre pour que les poussins ne s'habituent pas aux humains, rapporte le magazine Africa Geographic.

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Sam et Bwalya, les premiers à pêcher seuls

Le programme prévoit de relâcher les jeunes entre janvier et mars, une fois qu'ils savent voler et attraper des poissons, avec une balise GPS pour suivre leurs déplacements. En 2024, Sam et Bwalya, deux becs-en-sabot élevés au centre, ont été libérés en douceur. D'après African Parks, ils sont restés près du site de lâcher et se sont mis à pêcher. Trois autres, Bona, Malaika et Happy, ont rejoint des enclos de préparation au bord de la rivière Lumbatwa. Happy y a attrapé et mangé un serpent.

Sur le terrain, des pêcheurs de la région sont payés pour surveiller les nids jour et nuit, de juin à novembre. En 2024, 16 des 21 nids recensés ont été gardés. L'ONG reconnaît que le centre a accueilli cette année-là moins de poussins que prévu. Le pillage des nids pour le trafic d'oiseaux reste la première cause de déclin dans les zones non protégées, selon le groupe de spécialistes des cigognes, ibis et spatules de l'UICN.

Il resterait entre 3 300 et 5 300 becs-en-sabot adultes à l'état sauvage, et leur nombre baisse, selon BirdLife International, qui classe l'espèce comme vulnérable. À Bangweulu, extrémité sud de son aire de répartition, il n'en vit que quelques centaines.

Source : African Parks & BirdLife International

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.

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