Un point blanc éclatant au milieu de la toundra brune. Fin juin 2026, depuis un petit avion qui survolait le nord de l'Alaska, une biologiste a photographié un bébé caribou albinos, une observation dont le dernier précédent connu des autorités remonte à 1976.
Jordan Pruszenski travaille pour le département de la Pêche et de la Chasse de l'Alaska. Ce jour-là, elle participait à un comptage aérien au nord de Fairbanks, pour savoir combien de faons avaient survécu à leur premier mois. C'est le pilote qui a repéré l'animal et a viré pour s'en approcher. La biologiste a raconté la scène à la radio locale KOTZ (propos traduits de l'anglais).
« Je me disais juste : "Mais qu'est-ce qui se passe ?" »
Des yeux rouges et des sabots roses
Le faon n'avait que quelques semaines. Pendant que l'avion tournait au-dessus de lui, Jordan Pruszenski a pris une dizaine de photos. Elles montrent ce qui distingue un vrai albinos d'un animal simplement clair : des yeux rouges, qu'elle décrit comme « incroyables », et des sabots roses. Chez un caribou, ils sont d'ordinaire foncés. Ici, ils sont dépourvus de pigment.
En 1976, neuf témoins et pas une seule photo
Selon le département de la Pêche et de la Chasse, la dernière trace d'un caribou albinos en Alaska date de 1976. Un faon du troupeau de la Porcupine avait alors été observé à la longue-vue pendant environ deux minutes. Personne n'avait pu le photographier.
Le récit détaillé de cette observation existe toujours. Le biologiste James Curatolo l'a publié en 1979 dans la revue scientifique Arctic. La scène s'est déroulée le 2 juillet 1976, près de la rivière Kongakut, dans le nord-est de l'Alaska. Le faon, au pelage blanc comme la neige et aux yeux roses, se trouvait à 300 mètres. Neuf personnes l'ont vu à travers une longue-vue grossissant 45 fois. C'était le seul albinos d'un groupe estimé entre 15 000 et 20 000 caribous.
Le même article passe en revue les mentions de caribous albinos en Amérique du Nord depuis 1886. Seules trois observations pouvaient être confirmées avec certitude, celle de 1976 comprise. Beaucoup d'animaux dits « albinos » étaient simplement très clairs, ou avaient été vus de trop loin pour distinguer la couleur de leurs yeux.
Un faon dont on ignore le sort

Personne ne sait si le petit caribou est encore en vie. Il ne porte pas de collier émetteur. Son pelage le rend visible de loin pour les prédateurs, et sa santé pourrait être fragile. Camilla Lieske, vétérinaire du même département, explique que les rennes albinos présentent souvent des problèmes de santé, comme une mâchoire raccourcie et une tête plus ronde. Elle résume ainsi leur sort (propos traduits de l'anglais).
« Ils ont de graves problèmes immunitaires et ils ne survivent pas. »
Sans mélanine, le pigment qui protège des ultraviolets, ces animaux sont aussi plus exposés aux cancers et aux troubles oculaires. L'albinisme est un caractère récessif : d'autres membres du troupeau peuvent porter le gène sans être blancs. Pour la vétérinaire, le phénomène pourrait être plus fréquent qu'on ne le croit : les faons touchés ne vivent peut-être pas assez longtemps pour être recensés.
Le faon a tout de même un allié : la neige. Avec l'arrivée de l'hiver dans le Grand Nord, son pelage pourrait l'aider à se cacher des prédateurs, espère Jordan Pruszenski.
Pour le protéger, le département garde secret le nom de son troupeau, afin que personne ne parte à sa recherche. La biologiste demande à ceux qui le croiseraient de signaler l'observation sans le déranger. Les biologistes comptent décrire ce faon dans une revue scientifique, comme James Curatolo l'avait fait pour celui de 1976.
