Des vaches noires striées de peinture blanche broutant paisiblement dans un pré. L'image prête à sourire au premier abord. Elle cache une piste agronomique prometteuse : dans une expérience japonaise, les bovins rayés portaient environ deux fois moins de mouches piqueuses que les animaux témoins.
Au Japon, des chercheurs ont eu l'idée de reproduire le pelage des zèbres sur des bovins pour lutter contre un fléau tenace et douloureux : les mouches piqueuses. Publiée le 3 octobre 2019 dans PLOS ONE, leur étude porte sur six vaches. Cette méthode sans insecticide offre une piste pour limiter les attaques, mais son efficacité à grande échelle reste à établir.
Des insectes qui pèsent sur le bien-être du bétail
Les taons et les mouches d'étable représentent une source de stress majeure pour le bétail à travers le monde. Harcelées par ces insectes, les vaches peuvent passer moins de temps à brouter, à manger et à rester couchées. Les comportements de défense et les regroupements provoqués par les mouches peuvent aussi affecter leur prise de poids et la production laitière.
L'étude cite une estimation antérieure de 2,211 milliards de dollars de pertes annuelles pour la production bovine américaine. Les insecticides constituent un moyen de lutte courant, mais les résistances développées par certains insectes compliquent leur utilisation. D'où l'intérêt de tester une protection fondée sur l'apparence de l'animal plutôt que sur l'action d'un produit insecticide.
Une expérience sur six vaches, avec trois traitements
Les scientifiques de l'Aichi Agricultural Research Center et de l'Université de Kyoto se sont inspirés de la nature pour trouver une alternative aux insecticides. Leurs essais se sont déroulés en août et septembre 2017, puis en octobre 2018, dans un pâturage de Nagakute, au Japon.
Pourquoi des rayures ? Des recherches présentées par l'université de Bristol en février 2019 montrent que les taons peuvent approcher les zèbres sans réussir à ralentir suffisamment pour se poser. En 2023, d'autres essais sur des chevaux portant des couvertures à motifs ont souligné l'importance des contrastes forts et des petites surfaces sombres. Ils apportaient en revanche peu d'éléments en faveur d'une explication par la polarisation de la lumière.

Les chercheurs japonais ont testé cette approche sur six vaches gestantes de race Japanese Black. Ils ont utilisé de la peinture à l'eau pour tracer des bandes blanches de quatre à cinq centimètres de large sur le pelage sombre des animaux. L'opération prenait environ cinq minutes par vache. Pour garantir la rigueur scientifique de l'expérience, ils ont également peint des vaches avec des rayures noires.
Chaque vache a connu successivement les trois situations : rayures blanches, rayures noires et absence de peinture. Cette alternance permettait de comparer les traitements sur les mêmes animaux. Les bandes noires servaient notamment à tester un éventuel effet de l'odeur de la peinture, sans créer le contraste blanc sur noir.
La peinture était appliquée le matin de chaque journée d'observation. Les chercheurs attendaient ensuite trente minutes avant de commencer, afin de laisser son odeur se dissiper. Les animaux étaient observés deux fois par jour, pendant des séances de trente minutes.
Moitié moins de mouches posées, mais une protection encore temporaire
L'équipe a photographié le côté droit de chaque vache après les séances d'observation. Les scientifiques ont compté le nombre de mouches posées sur les pattes et le corps des vaches. Ils ont aussi relevé les mouvements de tête, les battements d'oreilles, les coups de pied, les contractions de la peau et les mouvements de queue.
Les vaches déguisées en zèbres portaient environ deux fois moins de mouches que les vaches non peintes ou peintes en noir. Aucune différence significative n'apparaissait entre ces deux derniers traitements, ce qui va à l'encontre d'un effet répulsif dû à la seule odeur de peinture. Les comportements défensifs totalisaient en moyenne 39,8 occurrences par demi-heure, contre 53 sans peinture, soit une baisse d'environ 25 %.
Tous les gestes ne diminuaient cependant pas : les contractions de la peau étaient plus fréquentes chez les vaches rayées. L'essai mesurait les mouches présentes et les réactions des animaux, pas une amélioration de leur production de lait ou de leur croissance.
La peinture à l'eau s'estompe au bout de quelques jours en conditions réelles. Dans leur publication, les chercheurs identifiaient donc un obstacle pratique : faire tenir les rayures pendant les trois à quatre mois de la saison des mouches piqueuses. Une condition importante pour éviter de repeindre quotidiennement les animaux.
Source : PLOS ONE
