« On préfère vendre à un coût moindre que de tout mettre en perte » : chez Grand Frais, les produits frais passent à moitié prix dès 18h

Pour éviter le gaspillage, les magasins Grand Frais bradent leurs denrées périssables à -50 % dès 18h grâce à une opération baptisée le cassé-frais.

Ajoutez-nous à vos sources préférées

Dans les allées du magasin Grand Frais de Sainte-Foy-lès-Lyon, dans le Rhône, le chef de rayon fruits et légumes jette un œil inquiet à sa montre. L'horloge affiche 16 h 37.

Les étals débordent encore de denrées fragiles qui ne supporteront pas une nuit de plus en réserve. Pour limiter la casse financière avant la fermeture, une mécanique commerciale bien huilée se met en place sous le regard des caméras de l'émission Capital sur M6 : l'opération du « cassé-frais ».

L'angoisse des invendus en fin d'après-midi

Chez Grand Frais, la mise en scène repose sur des montagnes de produits cueillis à maturité et impeccablement taillés. Ce positionnement haut de gamme implique une contrainte impitoyable : les fruits et légumes mûrs s'abîment très vite. En fin d'après-midi, le responsable de rayon Abdel dresse un inventaire sous tension. Sur les étagères, 200 euros de champignons attendent preneur. La situation devient encore plus critique en réserve, où dorment huit colis de fraises, soit 200 barquettes valorisées à plus de 1 000 euros au total.

C’est un produit qui est fragile. Il faut que je fasse écouler mon stock. Ils seront invendables demain.

Pour le point de vente, laisser ces fruits passer la nuit reviendrait à enregistrer une perte sèche dès le lendemain matin. Le chef de rayon doit réagir avant que les clients ne désertent les caisses.

Dès 18h, la ruée sur les étiquettes jaunes à -50 %

Pour vider les stocks encombrants, le magasin active la procédure du cassé-frais. Le principe consiste à appliquer une décote de 50 % sur les articles dont la date limite de consommation ou la fraîcheur maximale expire le jour même. La barquette de 500 grammes de fraises bascule instantanément de 6 à 3 euros. Les champignons, les cerises et les myrtilles suivent la même trajectoire tarifaire.

On va enclencher dès maintenant une baisse de prix. On préfère vendre à un coût moindre que de tout mettre en perte.

Cette décision attire un public d'habitués parfaitement au fait du calendrier interne de l'enseigne. Dès 18 heures, des acheteurs ciblent expressément les étiquettes jaunes pour remplir leur chariot de produits nobles pour une fraction de leur tarif habituel. L'astuce se partage régulièrement sur les réseaux sociaux, où des clients dévoilent des paniers complets bradés à moitié prix, une pratique qui s'applique également aux rayons de la crèmerie et de la poissonnerie.

Une facture fiscale allégée et zéro déchet à la benne

À 20 heures, le rideau métallique descend pour marquer le début de la remballe. Malgré le rabais agressif de la fin de journée, une cinquantaine de barquettes de fraises et plusieurs salades n'ont pas trouvé preneur. Le bilan de la journée reste pourtant sous contrôle : le magasin enregistre un taux de perte de 2,5 % des volumes entrés le matin. Ce résultat est deux fois inférieur à la moyenne de 5 % couramment constatée dans les rayons frais de la grande distribution traditionnelle.

Les barquettes restantes ne finissent pas au compacteur à déchets. Dès le lendemain matin, une équipe de bénévoles des Restos du Cœur se présente aux portes de la réserve pour charger les invendus de la veille. Ce jour-là, l'association caritative emporte 100 kilos de fruits et légumes, soigneusement pesés et inscrits sur un bordereau officiel de don alimentaire. Cette cession solidaire ouvre un avantage comptable concret pour l'enseigne : sur l'année écoulée, le magasin de Sainte-Foy-lès-Lyon a obtenu une réduction d'impôt de 20 000 euros grâce à la valorisation fiscale de ces denrées redistribuées.

Source : Capital - M6 

Suivez-nous sur Google

Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.

À lire aussi