Ils immergent 25 000 pneus au large de la Côte d'Azur pour attirer les poissons : près de 40 ans plus tard, ce sont des scaphandriers qui doivent les repêcher

En l’espace de 10 ans, des milliers de pneus ont été immergés dans un espace naturel marin au large de la Côte d’Azur. Le hic ? Ils ont dû être retirés car ils polluaient trop.

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Sur le papier, le projet semblait être une bonne (fausse) idée : plonger des pneus dans la zone Natura 2000 de Vallauris Golfe-Juan, dans les Alpes-Maritimes, pour créer un récif artificiel.

Mais cette initiative a pris une tournure catastrophique lorsque ces objets en caoutchouc ont commencé à se dégrader. Résultat : une opération de nettoyage de grande envergure a été mise en place.

25 000 pneus immergés dans la Méditerranée pour créer des récifs

Entre 1980 et 1989, 25 000 pneus de camion (soit 8 141 m³) ont été immergés dans cette zone maritime protégée située dans le golfe Juan.

La raison ? Ces pneumatiques étaient censés constituer des récifs pour attirer les poissons et faciliter leur reproduction, rapporte le magazine spécialisé Futura. Le but était donc de soutenir la pêche professionnelle.

À l’époque, les pneus ont été dispersés « sur deux secteurs de la zone », a précisé en 2018 la ville de Golfe-Juan dans un communiqué. Ils formaient alors des paquets ou des barrières de 12 mètres de haut installés à 30 mètres de profondeur.

Mais ce qui devait être un refuge pour les poissons s’est peu à peu transformé en décharge sous-marine polluante.

Les pneus deviennent toxiques pour la faune et la flore marines

Cette situation est devenue problématique lorsque les pneus ont commencé à se détériorer en raison de l’eau de mer et de la houle, après la rupture des filins (cordages marins) qui les reliaient entre eux.

Emportés par les courants, les pneumatiques se sont dispersés sur les fonds marins. En se désagrégeant, ils ont fini par libérer des métaux lourds, indique à l’AFP Jacky Bonnemain, porte-parole de l’association écologiste Robin des Bois.

Un plongeur en train de ramasser les pneus Crédit Photo : Greg Lecoeur / Agence française pour la biodiversité

Ces substances toxiques ont hélas contribué à polluer l’eau et à menacer les organismes marins, dont les herbiers de posidonie.

Vous l’ignorez peut-être, mais ces écosystèmes endémiques de Méditerranée occupent entre 20 et 50 % des fonds côtiers, selon l'Office français de la biodiversité (OFB). Ces herbiers remplissent plusieurs fonctions indispensables, comme le stockage de carbone, l’oxygénation de l’eau ou encore la production de matière organique.

Les pneus abîmés menaçaient cette végétation sous-marine indispensable. Les pneus peuvent aussi piéger directement les animaux, comme ce crocodile coincé dans un pneu pour lequel une récompense avait été proposée en Indonésie.

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Plusieurs opérations pour les retirer

Pour mettre fin à ce désastre écologique, le Conseil départemental des Alpes-Maritimes a décidé de retirer l’ensemble des pneus.

Cette mission gargantuesque a été confiée à l’Agence française pour la biodiversité (AFB). Le coût des opérations ? Plus d’un million d’euros.

Une première intervention a eu lieu en 2015. Au total, 2 500 pneus avaient été ramassés par des plongeurs professionnels, qui les avaient enfilés sur des filins pour former des amas. Ces derniers avaient ensuite été hissés à bord d’un bateau à l’aide d’une grue.

Des pneus remontés à bordCrédit Photo : Greg Lecoeur / Agence française pour la biodiversité

La deuxième opération s’est déroulée à l’automne 2018. Celle-ci a mobilisé une équipe de six à huit scaphandriers avec l’objectif de retirer 10 000 pneus endommagés. Enfin, une troisième campagne devait permettre d’extraire les 12 500 pneus restants. Ces restes en caoutchouc devaient être transformés en granulats pour fabriquer de nouveaux objets ou valorisés énergétiquement.

Depuis, une question se pose : les 25 000 pneus ont-ils été retirés ? La réponse est non. C’est en tout cas ce qu’affirme le bilan de Life Marha, un programme européen consacré à la préservation des habitats marins.

Celui-ci indique en 2024 que « 17 901 pneus ont été retirés (9 308 en 2018 et 8 593 en 2019), représentant près de 156 tonnes de déchets ».

Selon l’organisme, « seuls quelques pneus épars ou complètement sédimentés sont encore présents ». Enfin, selon le suivi environnemental, le chantier n’a pas eu d’incidences significatives sur la qualité du milieu marin.

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Jenna Barabinot

Au sujet de l'auteur :

Formée à l’EFJ, école de journalisme, Jenna Barabinot publie pour Demotivateur depuis 2020. Rédactrice généraliste, elle traite l’actualité, les faits de société et les histoires de vie. Ses articles abordent également les animaux, le cinéma et les séries.

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