Ils déversent 3 millions de tonnes de terre creusée sous Londres sur une île agricole : moins de dix ans plus tard, ce sont 39 000 oiseaux qui y passent l'hiver

La terre des tunnels de l'Elizabeth line a rehaussé une île de l'Essex avant le retour de la mer en 2015. En décembre 2024, 39 000 oiseaux y ont été comptés.

Ajoutez-nous à vos sources préférées

Plus de 3 millions de tonnes de terre, creusées sous Londres pour une nouvelle ligne ferroviaire, ont fini sur une île agricole de l'Essex. Moins de dix ans après le retour de la mer, l'endroit a battu son record : 39 000 oiseaux y ont été comptés en décembre 2024.

L'île de Wallasea se trouve à l'est de Londres, au bord de la mer du Nord. Pendant des siècles, des digues de terre l'ont coupée de la mer. Le terrain, situé sous le niveau de la mer, servait à l'agriculture. Dans les années 1950, une entreprise l'a racheté, aplani et creusé de fossés de drainage pour l'exploiter de façon intensive.

Une île sous le niveau de la mer

Au milieu des années 2000, la RSPB, la grande association britannique de protection des oiseaux, rachète l'île. Son projet : rendre ces champs à la mer et recréer les vasières et les prés salés qui bordaient autrefois la côte.

Le problème, c'est l'altitude. Ouvrir les digues sur un sol aussi bas aurait noyé l'île sous une masse d'eau trop profonde pour les oiseaux. Selon le magazine de l'ASCE, la société américaine des ingénieurs civils, une brèche non maîtrisée pouvait faire entrer jusqu'à 11 millions de mètres cubes d'eau de mer. Une fois le sol rehaussé, ce volume tombait à 2 millions.

Pour rehausser le sol, il fallait de la terre. Beaucoup de terre.

1 528 cargaisons de terre venues de Londres

Au même moment, Londres creuse les tunnels de Crossrail, devenue l'Elizabeth line. C'est aujourd'hui la ligne ferroviaire la plus fréquentée du Royaume-Uni, selon Transport for London. Le chantier sort environ 7 millions de tonnes de déblais.

Une partie prend la direction de Wallasea, par bateau, par train et par camion. D'après l'ASCE, environ 3,2 millions de tonnes y ont été livrées entre août 2012 et avril 2015, en 1 528 cargaisons. Les bateaux parcouraient environ 120 kilomètres entre le quai de chargement et le ponton de l'île.

Avec cette terre, les ingénieurs ont redessiné une zone de 165 hectares, soit plus de 230 terrains de football. Avec le retour de la mer, des lagunes, des îlots et des prés salés s'y forment. En juillet 2015, trois brèches sont ouvertes dans la digue. La mer revient sur l'île pour la première fois depuis 400 ans. Le nouveau marais prend le nom de Jubilee Marsh.

La suite après cette vidéo

De 12 000 à 39 000 oiseaux

Les oiseaux n'ont pas tardé. Deux ans après l'ouverture des brèches, 12 000 d'entre eux passaient déjà l'hiver sur le site, selon la RSPB. En décembre 2024, le compteur grimpe à 39 000, un record depuis la renaturation.

Parmi eux, près de 800 avocettes, ces échassiers noir et blanc au bec recourbé vers le haut, et plus de 10 000 bécasseaux maubèches. Les spatules viennent se nourrir dans les lagunes salées. Pluviers argentés, barges rousses, bécasseaux variables, courlis et hiboux des marais fréquentent aussi le marais.

Quand j'ai commencé à travailler à Wallasea, on aurait dit un paysage lunaire.

C'est ainsi que Rachel Fancy, responsable du site pour la RSPB, décrit ses débuts sur l'île (propos traduits de l'anglais).

Une digue naturelle contre les tempêtes

Le marais ne sert pas qu'aux oiseaux. Les vasières et les prés salés absorbent une partie des ondes de tempête et de la montée des eaux. Ils jouent le rôle d'une protection naturelle contre les inondations, souligne la RSPB.

Le site fait partie des zones humides de la côte est de l'Angleterre, une étape sur la grande voie de migration qui relie l'Arctique à l'Afrique. Ces zones humides figurent sur la liste indicative du Royaume-Uni pour une inscription au patrimoine mondial de l'Unesco.

La réserve est ouverte au public. Elle propose six sentiers de randonnée et accueille près de 30 000 visiteurs par an.

Source : RSPB & ASCE

Suivez-nous sur Google

Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.

À lire aussi