Ils éliminent 40 000 rats de cet atoll : cinq ans plus tard, les jeunes pousses d'arbres augmentent de 5 000 %

En 2011, 40 000 rats ont été éradiqués de l'atoll de Palmyra. Cinq ans après, les pousses d'arbres indigènes ont connu une croissance record de 5 000 %.

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En 2011, une coalition d'organisations environnementales a pris une décision radicale pour sauver l'atoll de Palmyra, situé dans l'océan Pacifique à environ 1 600 kilomètres au sud d'Hawaï. Ce refuge national de la faune sauvage abritait une population estimée à 40 000 rats noirs. Ces rongeurs, introduits accidentellement sur l'île par les navires militaires pendant la Seconde Guerre mondiale, détruisaient méthodiquement l'écosystème local.

Le US Fish and Wildlife Service, The Nature Conservancy et Island Conservation ont mené une vaste opération pour éliminer l'intégralité de cette population de rats. L'objectif premier consistait à protéger les colonies d'oiseaux marins et à préserver les espèces végétales indigènes.

Cinq ans plus tard, une équipe composée de chercheurs de l'Université de Californie à Santa Barbara (UCSB) et de l'Institut d'études géologiques des États-Unis (USGS) est retournée sur place pour mesurer l'impact de cette éradication. Leurs conclusions, publiées dans la revue scientifique PLOS One en 2018, révèlent une transformation d'une ampleur inédite.

Une croissance de 5 000 % pour les arbres indigènes

Avant l'intervention de 2011, la présence massive des rats modifiait complètement la structure de la forêt. Les rongeurs dévoraient la quasi-totalité des graines et des jeunes pousses d'arbres endémiques. Seuls les cocotiers parvenaient à se reproduire efficacement, leurs noix épaisses résistant mieux aux attaques des animaux.

La disparition des 40 000 rats a débloqué ce frein écologique. Les relevés menés par la chercheuse Hillary Young et son équipe montrent une augmentation vertigineuse de plus de 5 000 % des jeunes pousses d'arbres indigènes, aussi appelés semis.

Des essences rares et cruciales pour la nidification des oiseaux marins, comme le Pisonia grandis ou le veloutier (Tournefortia argentea), ont immédiatement recolonisé l'espace. Les scientifiques ont découvert de nouvelles pousses florissantes dans des zones entières où le sol restait totalement nu depuis des décennies. La forêt locale a retrouvé sa composition d'origine, offrant à nouveau un habitat naturel florissant.

Le moustique tigre éradiqué par manque de sang

La régénération fulgurante de la flore constituait la conséquence espérée par les instigateurs du projet. Les chercheurs ont relevé un second phénomène, totalement inattendu. La suppression des rats a provoqué l'extinction locale d'une autre espèce invasive : le moustique tigre asiatique (Aedes albopictus).

Cet insecte redouté pour la transmission de maladies graves avait colonisé l'atoll de Palmyra au fil du temps. Sur cette bande de terre isolée, les femelles moustiques se nourrissaient presque exclusivement du sang des rats pour assurer le développement de leurs œufs.

L'éradication des rongeurs a privé la colonie de sa principale ressource alimentaire. Les scientifiques ont constaté que les oiseaux marins, les crabes terrestres ou le personnel de la station de recherche de l'île ne suffisaient pas à maintenir les insectes en vie. Le moustique tigre a fini par s'éteindre de faim.

Kevin Lafferty, écologiste pour l'USGS, précise qu'une seconde espèce de moustique, le Culex quinquefasciatus, a subi très exactement le même sort.

Un effet domino sur l'ensemble de l'écosystème

Les crabes terrestres, souvent pris au piège par les rats lorsqu'ils étaient à l'état juvénile, ont vu leur population augmenter de manière significative au cours de ces cinq années d'observation post-éradication.

Les chercheurs soulignent que cette double victoire ouvre de nouvelles perspectives pour la conservation des îles à travers le monde. Les opérations d'éradication ciblent habituellement la protection d'une espèce ou d'un écosystème précis. Le cas de l'atoll de Palmyra prouve qu'une seule intervention déclenche des réactions en chaîne positives massives.

Alex Wegmann, scientifique rattaché à l'organisation Island Conservation, rappelle que les îles abritent une part disproportionnée de la biodiversité mondiale. Elles concentrent également la majorité des extinctions d'espèces enregistrées ces derniers siècles. Les rongeurs envahissants figurent parmi les premiers responsables de ces disparitions.

Aujourd'hui, les relevés photographiques et les comptages botaniques de l'atoll de Palmyra confirment le retour durable des plantes d'origine. Les graines tombées au sol germent à nouveau sans être interceptées. L'élimination minutieuse d'un seul mammifère prédateur a débarrassé ce territoire du Pacifique de deux insectes nuisibles simultanément, tout en garantissant la survie des prochaines générations d'oiseaux marins.

Source : Université de Californie à Santa Barbara

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.

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