Ils parachutent 23 chats sur un village envahi par les rats : l'improbable mission de la Royal Air Force

En 1960, l'armée de l'air britannique a largué 23 chats en parachute sur un village de Bornéo. Les rats y pullulaient après une campagne contre le paludisme.

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À la mi-mars 1960, des centaines de Kelabits lèvent les yeux vers le ciel de Bario, un hameau perché dans les hautes terres du Sarawak, sur l'île de Bornéo. Un gros avion de transport de la Royal Air Force survole leurs rizières. Des paniers en osier s'en détachent, accrochés à des parachutes. À l'intérieur, il y a des chats. Vingt-trois au total.

Le village est envahi par les rats, qui ravagent les récoltes de riz. Et selon le récit le plus souvent raconté, tout est parti d'une campagne contre le paludisme.

Des moustiques, des chenilles et des chats empoisonnés

Dans les années 1950, l'Organisation mondiale de la santé mène une vaste offensive contre le paludisme à Bornéo. Des équipes entrent dans les maisons longues, ces grandes habitations au toit de chaume où vivent parfois jusqu'à 100 familles. Elles pulvérisent du DDT sur les murs pour tuer les moustiques porteurs de la maladie.

Les moustiques meurent. Le paludisme recule. Puis les toits commencent à s'effondrer. L'insecticide a aussi frappé une petite guêpe qui pondait ses œufs dans des chenilles. Sans leur prédateur, ces chenilles se multiplient et grignotent le chaume des toitures.

Les chats paient à leur tour. Certains mangent des geckos qui ont avalé des insectes empoisonnés. D'autres se lèchent le pelage après s'être frottés à des surfaces traitées. Ils tombent malades et meurent. Les rats n'ont plus d'ennemi. Un rapport de terrain de l'OMS daté de 1959, cité par le chroniqueur Tom McLaughlin dans le Borneo Post, note que les rats des champs sont plus menaçants que d'habitude, en partie parce que les pulvérisations ont tué beaucoup de chats. La version popularisée depuis évoque même la menace de la peste et du typhus, transmis par les rongeurs.

« Recherche 30 chats volants »

Le 9 mars 1960, le Straits Times de Singapour publie un appel : on recherche 30 chats volants pour mettre les rats en déroute. C'est Kuching, la capitale du Sarawak, qui répond. La ville porte bien son nom, « kuching » signifie « chat » en malais. Ses habitants ne parviennent à réunir que 23 félins.

Bario se trouve à près de 1 400 mètres d'altitude et aucune route n'y mène. Après cinq passages d'essai au-dessus de la zone, l'équipage d'un Blackburn Beverley largue les chats depuis 122 mètres de haut, avec 3 175 kilos de matériel et de vivres. Le registre des opérations de l'escadron, retrouvé par le service historique de la RAF, mentionne aussi des graines de légumes, un rouleau compacteur et quatre cartons de stout destinés à un chef en convalescence.

L'opération dure plus d'une heure. Les paniers tombent en plein milieu de la zone prévue. Peu après, la RAF reçoit un message de Bario (traduit de l'anglais) :

Merci à la RAF et à tous les responsables du largage, ainsi qu'aux donateurs de chats et aux fabricants de paniers. Tous les chats sont sains et saufs et très appréciés.

Un mois plus tard, le 18 avril 1960, les Kelabits écrivent à Kuching. Ils remercient la ville pour les chats : plus aucun problème de rats ni de souris.

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14 000 chats ? Les archives en comptent 23

L'histoire a fait le tour du monde, en grossissant au passage. Plusieurs textes affirment que l'OMS aurait parachuté 14 000 chats sur Bornéo. Les journaux de l'époque et le registre de la RAF parlent d'une vingtaine d'animaux.

Le mécanisme exact reste aussi débattu. Selon certains travaux, les chats seraient surtout morts au contact direct des produits pulvérisés, et non en mangeant des lézards. Un insecticide plus toxique que le DDT aurait aussi été pulvérisé sur les toits pour venir à bout des chenilles.

Bario n'était pas une première. En 1954, la RAF avait déjà testé le parachutage de deux chats, un noir et un blanc, au-dessus d'un aérodrome de Kuala Lumpur. À l'ouverture du conteneur, ils avaient sauté dehors, s'étaient léché les pattes et étaient partis.

Toutes les missions n'ont pas aussi bien tourné. En avril 1965, cinq chats largués sur un poste de soldats australiens, au sud-est de Kuching, ont été tués par des rats énormes et agressifs. Un journal local a alors suggéré une autre solution : des pythons apprivoisés.

Source : BiblioAsia (Bibliothèque nationale de Singapour) & Forces News

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.

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