Ils sèment plus de 70 millions de graines dans des baies où plus rien ne poussait depuis les années 1930 : vingt ans plus tard, une prairie sous-marine a repoussé, et elle n'est pas revenue seule

Au large de la Virginie, des chercheurs ont semé de la zostère dans des baies vides depuis les années 1930. L'herbier couvre 18 fois la surface semée.

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Plus de 70 millions de graines, semées dans quatre baies où plus rien ne poussait depuis les années 1930. Vingt ans plus tard, une prairie sous-marine de 3 612 hectares recouvre le fond de l'eau au large de la Virginie, sur la côte est des États-Unis.

Le chantier a démarré en 1999. Il est mené par l'Institut des sciences marines de Virginie (VIMS) et l'ONG The Nature Conservancy. Son bilan a été publié en octobre 2020 dans la revue scientifique Science Advances, sous la direction du biologiste Robert J. Orth. Les chercheurs y décrivent le plus grand herbier de zostère entre la Caroline du Nord et le détroit de Long Island.

Un herbier rayé de la carte

Ces lagunes peu profondes, abritées derrière une chaîne d'îles sur la côte atlantique, étaient autrefois tapissées de zostère marine. Cette plante à fleurs ressemble à une longue herbe verte et pousse entièrement sous l'eau.

Au début des années 1930, une maladie puis un violent ouragan l'ont fait disparaître. Pendant près de soixante-dix ans, le fond des baies est resté nu. L'eau, elle, restait assez claire pour que la lumière atteigne le sable. L'équipe de Robert Orth a donc décidé d'apporter elle-même les graines.

536 parcelles et des milliers d'heures de travail

Environ 10 millions de graines ont été ramassées directement dans les baies de la région. Plus de 60 millions d'autres ont été extraites de pousses récoltées par l'équipe. Chaque printemps depuis 2008, des bénévoles participent à la récolte. Au total, chercheurs et volontaires y ont consacré plus de 3 500 heures.

Les graines ont été dispersées sur 536 parcelles couvrant environ 200 hectares. L'herbier s'est ensuite étendu de lui-même, bien au-delà des zones semées. En 2020, il occupait 3 612 hectares, soit environ dix-huit fois la surface ensemencée.

Selon l'étude, les prairies restaurées stockent environ 3 000 tonnes de carbone et plus de 600 tonnes d'azote par an. Les parcelles âgées d'au moins neuf ans retiennent 1,3 fois plus de carbone et 2,2 fois plus d'azote que les plus jeunes. En moins de vingt ans, elles ont atteint les mêmes rythmes de stockage que des herbiers naturels.

Le chantier a aussi résisté à une vague de chaleur qui a abîmé une partie de la prairie. Il a fallu environ trois ans à cette zone pour retrouver sa pleine densité. L'écologue Carlos Duarte, cité par Science News, y voit un projet qui change la donne. À titre de comparaison, le plus grand chantier du même type en Australie vise à restaurer 10 hectares.

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Raies, hippocampes et pétoncles

La faune est revenue avec la plante. Karen McGlathery, chercheuse à l'université de Virginie et coautrice de l'étude, a décrit à Science News ce qu'elle voit lorsqu'elle plonge dans les baies (propos traduits de l'anglais) :

Aujourd'hui, aussi loin que je peux nager, je vois des prairies luxuriantes, des raies, parfois un hippocampe.

Le retour de l'herbier a permis de lancer un second projet, consacré aux pétoncles de baie, de petits coquillages qui vivent dans la zostère. Le programme a démarré en 2008. En mai 2017, 12,3 millions de larves ont été relâchées dans South Bay. Des pétoncles ont depuis été retrouvés à plus de 30 kilomètres des cages de ponte, même si leur population ne représente encore qu'une fraction de son niveau historique.

L'herbier, lui, a continué de grandir après la publication de l'étude. Selon la dernière mise à jour de The Nature Conservancy, en avril 2024, plus de 72 millions de graines ont désormais été semées. La zostère couvre plus de 3 800 hectares dans les baies de South Bay, Spider Crab, Hog Island et Cobb Island.

Source : Science News & The Nature Conservancy

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.

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