Pablo Escobar avait fait venir 4 hippopotames dans son zoo privé : 45 ans plus tard, ils sont 200 et l'État colombien renonce à les abattre

Les descendants des quatre hippopotames de Pablo Escobar sont environ 200. La Colombie voulait en euthanasier 80, le nouveau ministre promet de les épargner.

Ajoutez-nous sur Google Commentaires

En 1981, Pablo Escobar fait venir quatre hippopotames, un mâle et trois femelles, pour le zoo privé de son domaine de l'Hacienda Nápoles, en Colombie. Quarante-cinq ans plus tard, l'Institut Humboldt estime leurs descendants à environ 200, en liberté dans la vallée du fleuve Magdalena.

Au printemps 2026, le gouvernement de Gustavo Petro avait tranché : au moins 80 de ces animaux devaient être euthanasiés avant la fin de l'année. Trois mois plus tard, le futur ministre de l'Environnement a promis exactement l'inverse.

Quatre animaux restés sur place

Escobar est abattu par la police en décembre 1993. L'État saisit ses propriétés, dont l'Hacienda Nápoles, devenue depuis un parc à thème. Les hippopotames, eux, ne quittent pas la région. Le domaine se trouve à moins de 15 kilomètres du Magdalena, et les animaux finissent par gagner le fleuve et ses marais.

En 2022, un recensement officiel en dénombre 169. Ils occupent alors une aire estimée à 43 342 kilomètres carrés, une zone plus vaste que la Bretagne. Le gros du troupeau vit encore autour de Nápoles, avec 114 individus, mais un autre groupe de 31 animaux s'est installé à Cocorná.

Jusqu'à 1 000 hippopotames en 2035

La population est jeune. Selon l'Institut Humboldt, 37 % des animaux sont des petits ou des juvéniles, ce qui promet une croissance rapide. Sans intervention, ils dépasseraient 500 en 2030 et atteindraient 1 000 en 2035. Le ministère colombien de l'Environnement va plus loin : ses projections tablent sur 1 278 à 1 307 individus entre 2037 et 2060.

Chaque adulte avale environ 50 kilos d'herbe par jour. Les hippopotames érodent les berges, enrichissent l'eau en matière organique et entrent en concurrence avec des espèces locales comme le lamantin, la loutre ou le capybara. Ils peuvent transmettre la brucellose ou la tuberculose. En 2022, l'Institut Humboldt a recensé 15 attaques directes contre des personnes.

La suite après cette vidéo

80 euthanasies prévues, puis un revirement

La Colombie cherche une solution depuis plus de quinze ans. En 2009, des chasseurs autorisés par les autorités abattent Pepe, l'un des hippopotames, et la photo de l'animal mort provoque un tollé. La chasse est interdite par un juge en 2012. Depuis 2010, plus d'une trentaine d'animaux ont été stérilisés chirurgicalement, une opération coûteuse. Le Mexique, l'Inde et les Philippines se sont dits prêts à en accueillir jusqu'à 85, sans qu'aucun transfert de grande ampleur n'aboutisse.

Le 13 avril 2026, la ministre Irene Vélez publie donc un protocole d'euthanasie : sédation puis surdose d'analgésique, ou balle dans la tête en dernier recours. Au moins 80 animaux sont visés au second semestre. Le milliardaire indien Anant Ambani propose aussitôt de les recueillir dans son refuge en Inde.

L'élection présidentielle rebat les cartes. Début juillet, Fabio Arjona, choisi comme ministre de l'Environnement par le président élu Abelardo de la Espriella, se prononce dans un entretien au quotidien El Espectador (propos traduits de l'espagnol) :

Ce que je peux vous garantir et annoncer dès maintenant, c'est qu'il n'y aura pas de contrôle létal.

Il s'est fixé moins d'un an de gouvernement pour trouver une solution. Aucune des sources consultées ne fait état d'une euthanasie réalisée.

Un comité de bioéthique et une application

Fin septembre, son ministère a signé un accord avec l'Institut Humboldt et quatre autorités environnementales régionales. Il prévoit un comité consultatif de bioéthique pour les décisions les plus délicates et une table de travail permanente pilotée par Cornare, l'autorité environnementale régionale. Une application mobile doit aussi permettre aux habitants et aux autorités de signaler chaque hippopotame aperçu.

Source : Ministère colombien de l'Environnement & Infobae

Suivez-nous sur Google

Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.

À lire aussi