Quatre étudiants en master à l'Université de Lausanne ont mené une expérience scientifique inédite à près de 3 000 mètres d'altitude. Maxime Galley, Elliot Gaffiot, Jose Bastidas et Léonard Duloube ont déployé 200 mètres carrés de laine de mouton directement sur la glace du massif de Tsanfleuron, aux Diablerets. Leur objectif consistait à tester la capacité d'isolation de ce matériau naturel face aux fortes chaleurs estivales.
Le projet, baptisé « Keep It Wool », s'appuie sur des institutions de recherche reconnues pour valider les résultats. L'ONG Summit Foundation a coordonné l'opération en s'associant au Centre interdisciplinaire de recherche sur la montagne (CIRM) de l'Université de Lausanne. Les experts de GLAMOS, le réseau de relevés glaciologiques suisse, ont assuré le suivi rigoureux de l'opération. Trois mois après l'installation, les premières constatations confirment l'intuition de départ. La toison animale a ralenti la fonte des glaces de plus de 50 %, démontrant une efficacité comparable à celle des bâches industrielles.
Remplacer le plastique par une ressource locale gaspillée
Depuis une vingtaine d'années, les grandes stations de montagne recouvrent certaines parties de leurs glaciers avec de vastes toiles synthétiques. Ces revêtements en polyester ou en polypropylène réfléchissent les rayons du soleil et limitent la fonte. Le dispositif pose un problème environnemental majeur à long terme. Le vent froid, les passages et les intempéries dégradent progressivement ces géotextiles. Ils finissent par libérer des milliers de fibres de microplastiques directement dans la neige. Ces particules polluantes fondent, ruissellent et s'infiltrent dans les cours d'eau alpins pour rejoindre la chaîne alimentaire.

L'équipe universitaire cherchait une solution propre pour remplacer ces installations artificielles. Ils ont ciblé une ressource locale abondante et largement ignorée. Les éleveurs de moutons suisses produisent principalement du lait et de la viande, sans trouver de débouchés commerciaux pour la toison de leurs animaux. Près de 70 % de la laine tondue dans le pays finit simplement détruite ou brûlée chaque année. L'expérience glaciaire offre un usage très concret à cette matière première délaissée, tout en évitant la pollution des écosystèmes fragiles.
Des mesures rigoureuses face au réchauffement climatique
Pour mener le test grandeur nature, l'entreprise locale Fisolan a fabriqué deux épaisses toiles biodégradables de 100 mètres carrés chacune. Fin juin, l'équipe a installé ce dispositif sur le site de Glacier 3000, juste à côté d'un géotextile synthétique classique afin de comparer les données dans des conditions identiques. Des sacs de malt recyclés remplis de gravier fixaient l'installation au sol pour résister aux bourrasques.
Les glaciologues ont planté des piquets de mesure au centre des différentes zones couvertes pour enregistrer la perte de volume de glace semaine après semaine. Les données récoltées à la fin de l'été par les scientifiques démontrent que la matière animale offre une protection isolante équivalente à celle du plastique. La laine a résisté aux intempéries de la haute montagne sans se détériorer prématurément.

Cette approche innovante ne réglera pas la crise climatique globale. Les glaciers suisses continuent de reculer massivement. Environ mille petites formations glaciaires ont totalement disparu depuis 1970. Les toiles artificielles actuelles ne couvrent que 0,02 % de la surface glaciaire nationale. Ce pansement permet de sauver environ 300 000 mètres cubes de neige par an, un volume dérisoire face au milliard de mètres cubes de glace perdu annuellement à l'échelle du pays. Le remplacement du plastique par la laine bénéficiera principalement à la préservation locale des pistes de ski estivales, sans contaminer les réserves d'eau douce.
