Elle vendait sur eBay des lingots d'or venus d'une épave coulée en Bretagne en 1746 : cinq personnes risquent un procès

Pillé au large de Belle-Île, l'or du Prince de Conty a refait surface aux États-Unis, où une romancière en a vendu une partie, notamment sur eBay.

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En 1999, une Française se présente dans l'émission américaine Antiques Roadshow avec des lingots d'or. Elle raconte les avoir trouvés par hasard en plongée, au large du Cap-Vert. Pour les enquêteurs français, cet or n'a jamais vu l'Afrique. Il sortait d'une épave coulée en Bretagne en 1746 et pillée pendant des décennies.

Le navire s'appelle le Prince de Conty. Ce bâtiment de la Compagnie des Indes rentrait de Chine quand il a sombré le 3 décembre 1746, pris dans une tempête et le brouillard au large de Belle-Île-en-Mer, dans le Morbihan. Il n'était plus qu'à quelques jours de Lorient.

Une épave oubliée pendant plus de 200 ans

Ses trésors se dispersent par plus de dix mètres de fond. Une campagne de fouilles est lancée en 1747. On récupère du matériel, mais pas l'or. Puis l'épave tombe dans l'oubli.

En 1974, une étude d'archives permet de la retrouver, entre 10 et 15 mètres de profondeur. L'année suivante, un lingot d'or remonte lors d'un repérage, et les pilleurs affluent. En 1983, cinq personnes sont condamnées pour détournement et recel. Les archéologues remontent ensuite de la porcelaine chinoise, des restes de caisses de thé et trois lingots. En 1985, une violente tempête disperse les vestiges et met fin aux fouilles officielles.

Cinq lingots repérés dans une vente aux enchères

L'affaire ressurgit en décembre 2017, aux États-Unis. Cinq lingots d'or apparaissent dans une vente aux enchères en Californie, sur un site internet. Michel L'Hour, à la tête du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM), repère l'annonce. Elle fait même référence au passage d'Annette Pesty à la télévision en 1999.

La vendeuse s'appelle Eleonor « Gay » Courter. Romancière, elle vit en Floride avec son mari Philip. En juillet 2025, elle avait 80 ans et lui 82. Le couple assure que l'or lui a été confié par des amis français, Annette May Pesty et son compagnon Gérard, décédé depuis.

Une information judiciaire est ouverte le 12 février 2018. Selon les enquêteurs, le couple a détenu au moins 23 lingots et en a vendu 18 pour environ 150 000 euros, en partie sur eBay.

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Quarante plongées et seize lingots

La piste mène à Yves Gladu, photographe sous-marin et beau-frère d'Annette Pesty. Il avait multiplié les plongées sur l'épave à la fin des années 1970. Soupçonné à l'époque, il avait été relaxé. Cette fois, la perquisition de son domicile permet de retrouver des transactions de vente de lingots avec le couple américain, selon la Gendarmerie nationale.

Placé en garde à vue en mai 2022, il avoue avoir remonté 16 lingots au cours d'une quarantaine de plongées, entre 1976 et 1999. Il affirme les avoir tous vendus en 2006 à un militaire retraité installé en Suisse et nie en avoir donné aux Courter. Il connaît le couple depuis les années 1980. Ils ont partagé des vacances en catamaran en Grèce, dans les Caraïbes et en Polynésie française.

Les cinq lingots saisis portent les marques de leurs fabricants, sous la dynastie Qing. Les autorités américaines les ont rendus à la France lors d'une cérémonie à Washington, le 2 mars 2022, avant leur remise officielle au DRASSM le 27 mai. D'autres lingots de l'épave ont été retrouvés en Angleterre et en Suisse. Aucun historien ne sait combien le navire en transportait.

Un procès requis à Brest

En juillet 2025, le parquet de Brest a demandé le renvoi devant le tribunal correctionnel de cinq personnes : Yves Gladu, son épouse Brigitte, Annette Pesty et le couple Courter. Il leur reproche une association de malfaiteurs, et à certains du blanchiment ou du recel. Un juge d'instruction doit trancher. Tous sont présumés innocents.

Les Courter disent avoir ignoré l'origine de l'or et n'avoir tiré aucun profit des ventes. Leur avocat, Gregory Levy, a défendu ses clients auprès de l'AFP.

« Les Courter ont accepté parce que ce sont des gens profondément gentils. » (traduit de l'anglais)

Il souligne qu'aux États-Unis, les règles sur l'or n'ont rien à voir avec celles de la France. Ici, tout objet découvert en mer appartient à l'État. En juillet 2025, le parquet jugeait un procès probable à l'automne 2026.

Source : Gendarmerie nationale & The Local (AFP)

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.

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