Il achète 26 euros un petit tableau dans un vide-maison : quelques mois plus tard, il est vendu 1,2 million d'euros aux enchères

Un chineur du Michigan a reconnu une signature presque effacée. Offert à un médecin en 1952, le tableau a pulvérisé le record de son autrice.

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Il était venu chercher des vinyles. En juillet, dans une vente de succession au Michigan, un chineur américain a payé 26 euros pour un petit tableau de coquillages accroché dans le couloir qui menait au garage. Le 1er octobre, à New York, la maison de ventes Freeman's l'a vendu 1,2 million d'euros, frais compris.

Le prix final représente plus de 45 000 fois sa mise de départ. C'est aussi un record mondial pour son autrice, la peintre américaine Gertrude Abercrombie.

Une signature presque effacée

Le tableau ne paie pas de mine. Peint à l'huile sur un panneau de masonite, il mesure 20,3 cm sur 27,9 et représente dix coquillages. Selon CNN, l'acheteur a remarqué une signature discrète, « Abercrombie, 51 », et a décidé de tenter sa chance. Il souhaite rester anonyme.

Il a ensuite mené l'enquête. D'après le Chicago Sun-Times, il a modifié les vacances de sa famille pour visiter la rétrospective consacrée à l'artiste au Milwaukee Art Museum. Dans le catalogue de l'exposition, il est tombé sur un article du Chicago Tribune de 1952 où son tableau apparaissait en photo, à côté des vrais coquillages qui lui avaient servi de modèle.

Susan Weininger, professeure émérite d'histoire de l'art à l'université Roosevelt et spécialiste de la peintre, a confirmé l'authenticité de l'œuvre. Elle s'intitule « Alderman Merriam's Shells » et n'avait plus été exposée depuis 1953.

Un tableau offert en échange d'une opération

La fiche du catalogue de Freeman's retrace son parcours. Gertrude Abercrombie achève le tableau fin 1951. Les coquillages appartiennent à Robert Merriam, conseiller municipal du 5e arrondissement de Chicago de 1947 à 1955, d'où le titre.

Au début de l'année 1952, l'artiste offre l'œuvre au docteur John T. Reynolds, un médecin de Kalamazoo, pour le payer d'une opération. Le tableau voyage encore un peu. Il est montré à New York, Chicago, Milwaukee et Evanston, puis une dernière fois au Design Center de Chicago en 1953. Sur le cadre, une étiquette d'exposition désigne le médecin comme prêteur. Au dos, une inscription indique « From John T. Reynolds ».

Ensuite, plus rien pendant plus de 70 ans. Selon CBS Chicago, la vente de succession où le chineur l'a déniché était celle du docteur Reynolds lui-même, à Kalamazoo. D'après le Chicago Sun-Times, l'œuvre était restée dans sa collection jusqu'à cette vente.

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Un record battu de 33 %

Avant la vente, le tableau a été restauré par un atelier de Chicago, Baumgartner Fine Art Restoration. Freeman's l'estimait entre 133 000 et 222 000 euros. Le marteau est tombé à 940 000 euros, avant l'ajout des frais d'acheteur. L'identité du nouveau propriétaire n'a pas été révélée.

D'après HENI, un cabinet d'analyse du marché de l'art, le précédent record de l'artiste datait de novembre 2025. Il avait été établi chez Sotheby's par « Message for Mercy », un tableau de 1950. Le nouveau prix le dépasse de 33 %.

Née au Texas en 1909, fille de chanteurs d'opéra, Gertrude Abercrombie a passé l'essentiel de sa vie à Chicago, où elle est morte en 1977. Peu connue de son vivant hors de la ville, elle est aujourd'hui rattachée au surréalisme. Selon CBS Chicago, « Alderman Merriam's Shells » est le premier tableau où apparaît le motif du coquillage brisé, qu'elle a repris par la suite.

Ses œuvres ont longtemps été bradées. Jusqu'au début des années 2000, on en trouvait encore dans des boutiques d'occasion, selon le Chicago Sun-Times.

Source : Freeman's & Chicago Sun-Times

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.

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