Mercredi 30 septembre, un peu avant 17 heures, un client se présente au guichet de Pat's King of Steaks, dans le sud de Philadelphie. Il se promène avec un téléphone fixé au bout d'une perche et commande un cheesesteak, le sandwich emblématique de la ville, garni de fines lamelles de bœuf et de fromage fondu. Derrière la vitre, le gérant, Tom Francano, prépare la commande. Il travaille ici depuis 47 ans et il a tout de suite repéré la caméra.
Les caméras de surveillance du restaurant ont enregistré la suite. L'homme s'assoit à une table dehors, ouvre son sandwich et le met en pièces à la main, sans le manger. Puis il retourne au guichet, échange quelques mots avec le gérant, lui lance le cheesesteak au visage et part en courant.
Le lendemain, le propriétaire promettait 5 000 dollars à quiconque aiderait à le retrouver. Dans la même journée, l'homme s'est rendu à la police.
Un sandwich mis en pièces, puis lancé à travers le guichet
Tom Francano a raconté la scène à la chaîne locale NBC10. Selon lui, le client a rapporté son sandwich en affirmant qu'il était très mauvais. Le gérant lui a répondu qu'il ne l'avait pas servi dans cet état et qu'il l'avait vu le triturer. Il a ensuite demandé aux autres clients ce qu'ils pensaient du leur. Personne n'avait rien à redire. C'est à ce moment-là, dit-il, que l'homme s'est énervé et que le cheesesteak a volé.
Sur les images, on voit Tom Francano renvoyer des morceaux du sandwich en direction du fuyard. Il n'a pas été blessé, a précisé la police, et il était de retour à son poste dès le jeudi.
L'adresse n'est pas n'importe laquelle. Pat's King of Steaks a été fondé en 1930 par les frères Pat et Harry Olivieri, à qui l'on attribue l'invention du cheesesteak. Frank Olivieri, l'actuel propriétaire, assure que son équipe a un réflexe quand quelqu'un arrive avec une caméra : soigner tout particulièrement le sandwich, pour qu'il n'y ait rien à lui reprocher. En 96 ans, dit-il, des clients ont déjà jeté des boissons, des frites ou des pièces de monnaie par le guichet. Mais personne n'était encore venu avec une caméra pour le faire.
5 000 dollars pour éviter que le geste ne fasse école
Frank Olivieri a signalé les faits à la police comme une agression. Il pense que le client a payé en liquide, ce qui empêchait de l'identifier grâce à un ticket de caisse. Le jeudi, il a donc annoncé une récompense de 5 000 dollars pour toute information menant à son arrestation et à sa condamnation. Au micro de NBC10, il a prévenu (propos traduits de l'anglais) :
5 000 dollars le feront sortir de sous son rocher, quel que soit celui où il se cache.
Le restaurateur ne cache pas ce qui l'inquiète. Pour lui, la scène a été préparée à l'avance pour faire des vues, et si elle reste sans conséquence, d'autres viendront la rejouer chez lui ou chez ses confrères. La police, elle, n'a pas confirmé ce mobile.
Il publie lui-même les images
La suite lui a en partie donné raison. Des images tournées du point de vue du client sont apparues sur YouTube et Instagram. Présentée comme une critique culinaire, la vidéo annonçait dès son titre qu'un cheesesteak avait fini au visage de quelqu'un. Elle situait toutefois la scène chez Geno's Steaks, le grand rival de Pat's, installé de l'autre côté du carrefour. Selon la chaîne Fox 29, son auteur y décrit son principe : tester des plats et les renvoyer à l'envoyeur quand il les juge mauvais.
D'après Frank Olivieri, son équipe informatique est partie d'une photo de l'homme et a retrouvé en ligne des comptes mêlant canulars, musique et scènes de rue à Philadelphie. L'un d'eux, sur Instagram, comptait environ 10 500 abonnés. Vendredi matin, la vidéo n'était plus visible et YouTube indiquait avoir supprimé le compte qui l'hébergeait, rapporte le Philadelphia Inquirer, dont les messages aux comptes concernés sont restés sans réponse.
Le propriétaire, lui, s'étonne encore qu'on puisse publier soi-même la preuve de son geste :
Il voulait être célèbre. Il a eu exactement ce qu'il demandait.
La récompense a trouvé preneur. Frank Olivieri dit l'avoir attribuée à une personne qui l'a contacté avec des informations. La police n'a pas précisé ce qui a poussé l'homme à se présenter de lui-même, ni fait de lien avec ce signalement.
Poursuivi pour harcèlement, et non pour agression
Vendredi 2 octobre, la police de Philadelphie a annoncé que l'homme était poursuivi pour harcèlement, une infraction mineure. Elle a choisi de ne pas révéler son identité. Les enquêteurs avaient pourtant d'abord traité l'affaire comme une agression.
Frank Olivieri s'est dit déçu et doute que cela suffise à dissuader les imitateurs. Si la justice opte pour des travaux d'intérêt général, il a déjà une suggestion : que l'intéressé vienne balayer le trottoir devant le restaurant. Le précédent existe aux États-Unis. En 2023, dans l'Ohio, une cliente qui avait jeté son plat au visage d'une employée de fast-food avait été condamnée à travailler deux mois dans la restauration rapide.
Tom Francano, lui, a accepté de rejouer la scène, mais dans l'autre sens. Dans une vidéo publiée sur Instagram, Justin Camardo, copropriétaire de la pizzeria Dough Head Pizza, de l'autre côté du carrefour, traverse la rue et lui tend une part de pizza. Le gérant la lui écrase aussitôt sur le visage.
Source : The Philadelphia Inquirer & NBC10 Philadelphia
