Elle achète cinq maisons à 1 euro en Sicile : une pour elle, une pour sa fille, une pour sa tante et deux pour ouvrir un restaurant et un centre de bien-être

Rubia Daniels a acheté cinq maisons en ruine à 1 euro à Mussomeli, en Sicile. Elle détaille les vrais frais, le coût des travaux et ses projets.

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Au printemps 2019, Rubia Daniels débarque à Mussomeli, une petite ville perchée au cœur de la Sicile, pour vérifier une promesse qui paraît trop belle : des maisons abandonnées vendues 1 euro. Quelques jours plus tard, elle appelle son mari en Californie. Le couple vient de devenir propriétaire de trois bâtisses en ruine, raconte la chaîne américaine CNBC.

L'histoire ne s'est pas arrêtée là. Dans une interview publiée en 2026 par le site immobilier idealista, cette Brésilienne d'origine, installée dans la baie de San Francisco, affirme en posséder aujourd'hui cinq : trois pour elle, une pour sa tante et une pour sa fille. Elle fait partie des acheteurs les plus médiatisés de ce programme qui a essaimé dans plusieurs petites villes italiennes.

1 euro sur l'annonce, 3 301 euros en réalité

Maison sicile

Le prix affiché n'est qu'un point de départ. Pour chaque maison, Rubia Daniels a dû ajouter 500 euros de commission d'agence et 2 800 euros pour l'acte de vente, soit 3 301 euros par bâtiment, selon le détail qu'elle a fourni à CNBC. Auprès d'idealista, elle le reconnaît sans détour : il faut compter les frais d'agence et les frais de clôture habituels, comme pour n'importe quelle transaction immobilière.

Surtout, les murs ne valaient presque rien en l'état. Les maisons étaient complètement délabrées et demandaient une reconstruction totale, explique-t-elle. Devant l'une d'elles, elle confiait en souriant à la télévision australienne ABC qu'elle s'était entièrement effondrée. CNBC décrit un bâtiment rongé par la moisissure, les dégâts des eaux et les termites, avec un toit écroulé.

Elle disposait toutefois d'un sérieux atout : elle travaille dans le bâtiment, et plus précisément dans le solaire et les toitures. De quoi ne pas reculer devant des toits effondrés. L'été suivant l'achat, elle est revenue avec son mari, son beau-frère et cinq valises remplies d'outils, sans oublier un générateur apporté de Californie.

35 000 dollars de travaux pour la première maison

Elle a commencé par sa future maison de vacances. Au programme : une cuisine neuve, des finitions en marbre, des murs de pierre restaurés et une cheminée dans la salle de bains. Elle tablait au départ sur 20 000 dollars. Début 2024, la facture atteignait déjà 35 000 dollars, soit environ 33 000 euros, matériaux, main-d'œuvre et mobilier compris. Elle espérait alors rester sous la barre des 40 000 dollars.

Un budget qui paraît modeste vu de Californie. Elle expliquait à CNBC qu'elle n'aurait jamais pu construire la maison de ses rêves chez elle, où tout coûte beaucoup plus cher. Un Californien venu visiter les maisons avec elle, Alfredo Ramirez, faisait le même calcul : la surface qu'il pouvait obtenir pour 16 000 euros à Mussomeli lui coûterait plus de 330 000 dollars à Petaluma, la ville où il vit.

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Une galerie d'art, un restaurant et un centre de bien-être

Ses trois maisons ne serviront pas seulement à dormir. La première sera son logement, avec un étage transformé en galerie d'art. La deuxième pourrait devenir un restaurant, car son fils envisage d'en ouvrir un. La troisième doit accueillir un centre de bien-être, avec des espaces ouverts pour les arts martiaux, le yoga et la méditation. Une manière, dit-elle à idealista, de rendre quelque chose à une ville qui a accueilli tant de nouveaux venus.

Aux candidats, elle adresse un conseil tiré de l'expérience. Beaucoup arrivent à Mussomeli avec très peu de temps, se perdent entre les annonces et les agences, puis repartent frustrés sans avoir rien choisi. Mieux vaut, selon elle, arriver avec une liste de biens déjà repérés et ses questions prêtes. Il faut aussi accepter que les chantiers avancent au rythme d'un village sicilien, plus lentement qu'en Californie.

La ville qui a vendu presque toutes ses maisons à 1 euro

Mussomeli, à environ deux heures de route de Palerme, comptait autour de 16 000 habitants dans les années 1950. Il en reste environ 9 900, selon l'adjoint au maire Toti Nigrelli, interrogé par CNBC. Pour enrayer l'exode, la commune a lancé en 2017 un site consacré à ses maisons à 1 euro. Des dizaines de milliers de demandes sont arrivées dans la foulée, et la première vente a été conclue en deux semaines avec un visiteur belge.

Début 2024, plus de 100 maisons avaient trouvé preneur à 1 euro, auxquelles s'ajoutaient environ 200 maisons dites « premium », vendues à partir de 5 000 euros environ et nécessitant moins de travaux. Il ne restait qu'une douzaine de biens à 1 euro, selon une agente immobilière locale. L'élu attribue au programme une hausse de 3 000 % de la fréquentation touristique dès la première année. Revers de la médaille : les prix de vente et de location ont augmenté jusqu'à 100 %. Les acheteurs doivent en outre généralement terminer leurs travaux dans un délai fixé, souvent trois ans.

Rubia Daniels partage aujourd'hui son temps entre la Californie et la Sicile, où elle compte passer sa retraite. Ce qui l'a le plus frappée, c'est le rythme de vie et le temps que les habitants prennent pour se parler autour d'un café. Elle le résumait ainsi à CNBC, en anglais :

« Il est beaucoup plus facile d'être heureux ici que chez moi. »

Seule vraie difficulté, glissait-elle en plaisantant : la quantité de glucides que l'on mange en Sicile. D'autres ont eux aussi misé sur une ruine de l'île, comme cette jeune Sicilienne qui a racheté une maison de plage abandonnée depuis 65 ans pour la transformer en villa.

Source : CNBC & idealista

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.

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