Sur le papier, la maison faisait 230 m². Les plans étaient prêts. Sophie Di Domizio, 29 ans, comptait la bâtir de ses mains. Elle a finalement construit 18 m² sur roues, pour 10 500 euros. Et pour protéger sa façade, elle a fait griller des planches de palettes dans son barbecue.
L'histoire remonte à 2016, dans le Val-d'Oise. Sophie bloque alors depuis un moment sur un détail technique de son grand projet : la composition des murs. Un jour, en y réfléchissant devant son ordinateur, elle tombe sur un reportage télévisé consacré aux tiny houses, ces mini-maisons posées sur une remorque. Le déclic est immédiat.
Une remorque à 6 000 euros, et plus de marche arrière
Tout s'enchaîne. Sophie dessine les plans en deux jours. Elle achète dans la foulée la remorque qui servira de socle à sa maison, elle qui réfléchit d'ordinaire des mois avant le moindre achat. Elle l'a raconté à 18h39 :
« Une fois qu'elle était dans le jardin, j'étais obligée de construire. »
Cette remorque reste sa plus grosse dépense : 6 000 euros, soit plus de la moitié du budget. La jeune femme ne part pas de zéro. Elle a passé sept ans comme technico-commerciale dans la rénovation de l'habitat, avec un passage au rayon cuisine de Castorama. La théorie, elle la maîtrise. Il lui reste à passer aux outils.

De la récup' à tous les étages
Pour le reste, elle traque les bonnes affaires. Elle passe trois jours au salon Mondial du Bâtiment et convainc des entreprises de lui fournir des matériaux. L'ossature est montée avec du bois de charpente récupéré auprès d'une société d'aménagement de combles.
Dans la cuisine, aucune porte de meuble n'a la même couleur. Ce sont des modèles retirés des rayons, bradés. Au plafond, un planisphère. Une méthode qui rappelle celle de ce garçon de 13 ans qui a bâti sa maison de 8 m² avec des matériaux récupérés.
Le bardage, souvent l'un des postes les plus chers d'une tiny house, ne lui coûte rien. Sophie le fabrique en bois de palettes. Seul souci : ce bois très résineux boit le vernis et la lasure, et réclame couche après couche pour être protégé.
Des planches carbonisées au barbecue
La solution vient du Japon. La technique du bois brûlé consiste à carboniser la surface des planches pour protéger durablement les façades. On utilise habituellement un chalumeau. Sophie, elle, allume son barbecue. Elle teste plusieurs temps de chauffe dans les flammes pour trouver celui qui tiendra le mieux dans le temps. Résultat : une façade noire et texturée qui, selon 18h39, rendait sa maison unique en France à l'époque.
Le toit lui donne plus de fil à retordre. La première version, en contreplaqué de 5 mm, ne survit pas à une averse tombée avant la pose du revêtement. Elle recommence tout, cette fois en lambris, avec l'aide de son père, charpentier-couvreur. Avec toutes ces reprises, elle estime avoir construit l'équivalent de deux tiny houses. Des passionnés viennent aussi lui prêter main-forte lors de chantiers participatifs.
18 m² et six placards encore vides
Un an après le lancement du chantier, la maison est installée sur son terrain d'Eaubonne. Sophie l'a baptisée Rosalie, en clin d'œil à la chanson de Carlos. Ses 18 m², mezzanine comprise, accueillent un salon, une kitchenette, des toilettes sèches et, à l'étage, la chambre et la salle de bain, décrit le site européen Cafébabel, qui l'a rencontrée en 2018.
En mars 2017, un mois après son emménagement, au moins six placards étaient encore vides. Le projet de 230 m² était mis de côté. Sophie prévoyait de rester un an sur place avant de prendre la route avec Rosalie. En attendant, elle la louait de temps en temps aux curieux tentés par la vie en petit.
