Ils plongeaient pour vérifier le tracé d'un gazoduc en mer Baltique : sous la vase, ils sont tombés sur un navire du XVIIe siècle

En 2023, des plongeurs qui inspectaient le tracé d'un gazoduc en Allemagne ont découvert un navire du XVIIe siècle. Le gazoduc a été dévié de 26 mètres.

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Au début du mois de juillet 2023, des plongeurs inspectent le fond de la baie de Greifswald, dans le nord-est de l'Allemagne. Leur mission : vérifier des anomalies magnétiques repérées à environ 3 kilomètres au nord de la station balnéaire de Lubmin, sur le futur tracé d'un gazoduc sous-marin.

Dans cette partie de la Baltique, ces signaux trahissent souvent des munitions non explosées ou de la ferraille. Mais les plongeurs remontent tout autre chose : des morceaux de poulies en bois, des fragments de gréement, des semelles de chaussures en cuir et une grosse ancre.

Le chantier est stoppé et la découverte signalée aux services régionaux du patrimoine. Sous la vase gît un navire en bois construit dans la première moitié du XVIIe siècle. Les premiers résultats de son étude viennent d'être publiés dans l'International Journal of Nautical Archaeology par Michał Grabowski, archéologue sous-marin de l'université de Varsovie.

22 plongées en 12 jours avant l'arrivée des dragues

Le gazoduc en question, long d'environ 50 kilomètres, devait relier le terminal de gaz naturel liquéfié de Mukran, sur l'île de Rügen, au réseau allemand à Lubmin. Il a été mis en service début 2024. À l'été 2023, le calendrier ne laissait donc aucune marge : le dragage de la tranchée devait commencer très vite à cet endroit. Les archéologues ont eu douze jours pour effectuer 22 plongées.

L'épave reposait par 7,5 mètres de fond, presque entièrement enfouie sous une couche de sédiments pouvant atteindre un mètre d'épaisseur. Sur ce fond vaseux, chaque coup de palme trouble l'eau. Les siècles n'ont laissé qu'un pan de coque d'environ 7,5 mètres sur 1, issu de l'arrière du flanc tribord, entouré de planches éparpillées.

Ce fragment suffit pourtant à en dire beaucoup. Le navire était construit pour l'essentiel en chêne, à clin : les planches de la coque se chevauchent comme les tuiles d'un toit. L'analyse des cernes du bois montre que les arbres ont été abattus entre 1626 et 1639. Un échantillon vient du nord-est de l'Allemagne, un autre du sud de la Norvège, grande région exportatrice de bois à l'époque. Impossible, donc, de savoir où le bateau a été construit. Par comparaison avec d'autres navires de la Baltique, il devait mesurer de 19 à 22 mètres de long pour 6 à 7 mètres de large.

La baie de Greifswald n'en est pas à sa première surprise de ce genre. En 2017, avant la pose de Nord Stream 2, deux autres épaves y avaient été fouillées puis retirées. Elles appartenaient à une barrière de navires coulés volontairement par l'armée suédoise en 1715, pendant la Grande guerre du Nord.

Un atelier de charpentier à bord et une brique sans équivalent

Plus de 60 objets ont été remontés. Parmi eux, une pompe de cale de 3,6 mètres taillée dans un tronc de chêne évidé, deux ancres en fer munies de jas en bois, une bouée en pin servant à signaler la position d'une ancre, des poulies de gréement et des tonnelets remplis de clous de rechange d'environ 45 centimètres. Cette bouée ressemble à celle retrouvée sur le Vasa, le célèbre navire de guerre suédois qui a sombré en 1628 lors de son voyage inaugural.

Une meule et un ensemble d'outils de charpentier montrent qu'un atelier bien équipé se trouvait à bord. D'après l'auteur de l'étude, ce type d'installation se rencontre plutôt sur des navires prévus pour de longues traversées, où il faut pouvoir réparer en pleine mer.

L'objet le plus déroutant est un fragment de brique d'argile percé de quatre trous coniques et solidement encastré dans une pièce de chêne. Les chercheurs ne lui connaissent aucun équivalent sur d'autres épaves. Leur hypothèse : un outil improvisé pour affûter des mèches de perceuse ou des ciseaux à bois, sans certitude.

De l'équipage, il ne reste presque rien : deux semelles appartenant à deux paires de chaussures différentes et un morceau de lanière en cuir. Des ossements de porc et de mouton ou de chèvre, probablement des restes de repas, complètent ce maigre inventaire.

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Un naufrage inexpliqué et un gazoduc dévié de 26 mètres

Comment le navire a-t-il coulé ? Personne ne le sait. Certaines pièces de bois portent des traces de feu, ce qui laisse envisager un incendie. Les deux ancres et la bouée retrouvées à proximité suggèrent qu'il était peut-être au mouillage au moment du drame. Le lieu s'y prête : une carte marine du XVIIIe siècle signée du cartographe néerlandais Gerard van Keulen indique un mouillage tout près. L'entrée du détroit de la Peene, principale route entre l'embouchure de l'Oder et la Baltique jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, se trouve à 7 kilomètres à l'est.

Michał Grabowski se garde pourtant de conclure. Selon ses propos rapportés par la presse, il évite de spéculer pour ne pas inventer une histoire qui n'a peut-être jamais eu lieu. L'identité du navire reste inconnue.

Pour l'épave, l'affaire s'est mieux terminée que prévu. Plutôt que de la détruire, le tracé du gazoduc a été décalé de 26 mètres vers le sud-ouest, et les restes du bateau ont été recouverts de sacs de sable. Surtout, la zone située à l'est du site n'a encore jamais été explorée. D'autres morceaux du navire pourraient toujours dormir sous la vase.

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.

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