En janvier 2014, un conteneur rempli de cartouches d'encre passe par-dessus bord, à environ 1 500 kilomètres à l'est de New York. Pendant des années, ces petits blocs de plastique vont s'échouer sur des plages séparées par des milliers de kilomètres, de la Floride jusqu'aux portes du cercle arctique.
Des scientifiques de l'université de Plymouth, au Royaume-Uni, ont reconstitué ce voyage. Leur étude, publiée en avril 2021 dans la revue Environmental Pollution, montre jusqu'où l'Atlantique Nord peut disperser une seule cargaison perdue.
Huit mois pour atteindre les Açores
Le conteneur transportait des milliers de cartouches de la marque HP, selon le magazine américain Popular Science. Le nom du navire n'a pas été rendu public.
Les premières cartouches touchent terre en septembre 2014, aux Açores, à plus de 3 000 kilomètres du lieu de l'accident. D'autres suivent. On en signale aux Canaries, au Cap-Vert, en Floride, puis dans le nord de la Norvège. C'est sur les côtes du Royaume-Uni et de l'Irlande qu'elles arrivent le plus nombreuses.
À partir des dates des premières découvertes, l'équipe a calculé leur vitesse moyenne. Les cartouches ont dérivé à une allure de 6 à 13 centimètres par seconde, soit environ 5 à 11 kilomètres par jour. Une partie a suivi les courants des Açores et des Canaries, qui tournent autour du grand tourbillon de l'Atlantique Nord. Une autre a été poussée vers le nord par la dérive nord-atlantique et le courant de Norvège.
1 467 cartouches repérées grâce à Facebook
Pour suivre cette cargaison, les chercheurs n'ont pas affrété de bateau. Ils ont compté sur les promeneurs. L'équipe d'Andrew Turner, chercheur en sciences de l'environnement, a travaillé avec Tracey Williams, fondatrice du Lost at Sea Project.
L'appel a circulé dans un groupe Facebook international de ramasseurs de plage. Pendant quatre ans, 267 personnes ont signalé leurs trouvailles. Au total, 1 467 cartouches ont été recensées. Selon Andrew Turner, c'est la première étude à sa connaissance qui utilise les réseaux sociaux pour suivre une cargaison perdue en mer.
De l'or et du cuivre dans les déchets
Les cartouches ne sont pas arrivées intactes. Après des mois dans l'eau, leur surface est devenue crayeuse et cassante. Elle s'effrite en microplastiques riches en titane. À l'intérieur, les mousses imprégnées d'encre sont encrassées par des oxydes de fer.
Certaines contiennent aussi une puce électronique, qui renferme du cuivre, de l'or et des composés bromés. Pour les auteurs, ces cartouches relèvent donc des déchets électriques et électroniques. Les règles actuelles sur les cargaisons de plastique perdues en mer ne couvrent pas ce type de déchets.
Des milliers de conteneurs perdus chaque année
« Les pertes de cargaison ne sont pas fréquentes, mais selon les estimations, plusieurs milliers de conteneurs pourraient être perdus en mer chaque année. » Andrew Turner, université de Plymouth (traduit de l'anglais)
Une fois la cargaison à l'eau, il est sans doute trop tard pour nettoyer, estime le chercheur dans Popular Science, surtout quand la perte n'a pas été signalée. Les navires n'ont aucune obligation de déclarer la chute d'un conteneur, sauf si sa cargaison est dangereuse.
Le phénomène ne ralentit pas. Selon un décompte de Bloomberg cité par le magazine, environ 1 000 conteneurs étaient déjà tombés de navires en 2021 au moment de la publication de l'étude. Un pic jamais atteint depuis sept ans.
Source : Université de Plymouth & Popular Science
