Il y a quarante ans, un médecin nord-américain lui a donné un conseil. María Luisa López Grigera ne l'a jamais oublié. Aujourd'hui centenaire, cette philologue née en Espagne, considérée comme la plus grande autorité mondiale sur l'écrivain Quevedo, lui attribue une bonne part de sa longévité. Avec, en prime, un petit verre de vin blanc de Galice.
Née en 1926 à La Corogne, elle vient de fêter ses 100 ans dans son appartement du centre de Séville. C'est au quotidien ABC Sevilla qu'elle a livré ses secrets, des propos traduits de l'espagnol et relayés en France par L'Internaute.
« Il faut maintenir le cerveau bien organisé »
Le conseil tient en une phrase. Elle le raconte ainsi à ABC Sevilla.
« Le secret, c'est un médecin nord-américain qui me l'a dit il y a quarante ans. Il m'a dit que pour vivre de nombreuses années, il faut maintenir le cerveau bien organisé, et c'est ce que j'ai essayé de faire tout le temps avec mon travail et avec ma vie. »
Son travail, justement, n'a rien d'ordinaire. Partie enfant en Argentine avec sa famille, elle se forme à Buenos Aires, puis soutient à Madrid, en 1965, une thèse sur Quevedo. Viennent ensuite l'université de Deusto, à Bilbao, et celle du Michigan, aux États-Unis, où elle enseigne de 1975 jusqu'à sa retraite en 1999. Elle a dirigé au moins 22 thèses et signé une centaine de publications, selon l'université de Jaén, qui l'a faite docteure honoris causa en 2017.
À la rentrée 1971, à Deusto, elle prononce aussi la leçon inaugurale de l'année universitaire. Ce serait la première fois qu'une femme le faisait en Espagne, une première que l'université de Jaén juge très plausible sans pouvoir la garantir. Selon L'Internaute, on lui aurait même proposé de devenir la première femme membre de l'Académie royale espagnole. Elle aurait décliné, estimant que deux autres femmes le méritaient davantage.
Un verre d'Albariño pour les grandes occasions
À table, elle a toujours privilégié les aliments naturels et fui les plats transformés et trop assaisonnés. Elle mange de tout, mais en petites quantités, surtout des protéines animales et végétales.
Et puis il y a ce petit plaisir galicien. Pendant des années, elle s'est accordé un verre d'Albariño, un vin blanc bien connu dans sa région natale. Elle boit désormais surtout de l'eau et réserve ce vin aux grandes occasions, comme son centième anniversaire. Elle reste persuadée qu'il l'a aidée à arriver jusque-là.
« Le mérite revient aux gènes »
Pas question pour autant de se donner le beau rôle. Elle ne voit dans son âge aucun exploit personnel. Le mérite, dit-elle, revient aux gènes qu'elle a reçus et à la liberté de pensée que ses parents ont encouragée chez elle. Une lecture bien plus sobre que celle d'Agnes Fenton, cette Américaine qui attribuait sa longévité à la bière et au whisky.
Elle n'a jamais été très sportive, même si elle adorait marcher. Elle a beaucoup lu, beaucoup écrit, et parle chaque jour avec sa nièce, qui vit à Madrid. À son âge, les relations sociales comptent énormément, assure-t-elle.
Les livres ne l'ont jamais quittée. De son immense bibliothèque, il ne reste que quelques ouvrages, mais elle sait où se trouve chacun d'eux et s'y replonge souvent. En mars 2024, à plus de 97 ans, elle publiait encore chez l'éditeur madrilène Arco Libros une édition critique de La vie de Lazarillo de Tormes, le grand roman picaresque espagnol. Un chantier qui avançait, disait-elle dès 2017, « au rythme lent d'un travail galicien ».
Elle reconnaît aujourd'hui des problèmes de mobilité. Mais elle ne demande rien de plus au temps.
« Je n'aspire pas à vivre cent ans de plus ! »
Source : Université de Jaén
