Quelques euros de plus sur les charges, chaque mois, pendant douze ans. Pour Sabah Libert, propriétaire à la Cotonne 2, l'addition atteindra 607 euros au total, soit entre 4 et 5 euros par mois, rapporte Le Progrès, qui a révélé l'affaire le 6 octobre 2026. Ce qu'elle finance n'a jamais chauffé le moindre radiateur : une chaufferie au bois qui devait alimenter son quartier de Saint-Étienne et qui n'est jamais sortie de terre.
Mise bout à bout, la dette représente aujourd'hui 696 312 euros. Elle est répartie entre les propriétaires membres de l'association syndicale libre (ASL) de la Cotonne, la structure qui gère le réseau de chauffage commun du quartier. Environ 1 000 logements sont concernés, ce qui représente un peu moins de 700 euros par logement en moyenne.
Un chantier lancé à l'été 2014, arrêté quelques semaines plus tard
Le projet date de 2014. L'ASL veut alors doter la Cotonne d'une chaufferie au bois, avec Dalkia, filiale du groupe EDF, comme gestionnaire de l'installation. Fin juillet, les pelleteuses attaquent la première phase : creuser le réseau qui doit relier la future chaufferie à celle au gaz de la tour Cassin, racontait à l'époque l'hebdomadaire L'Essor Loire. La construction du bâtiment devait suivre dans la foulée, pour une mise en service à l'hiver 2015-2016.
Elle ne commencera jamais. Une partie des habitants rejette le projet, en particulier des copropriétaires des Terrasses du Midi, dont les logements se trouvent à quelques dizaines de mètres de l'emplacement choisi. L'un des habitants du quartier dépose un recours devant le tribunal administratif.
Ce n'est pas le recours qui a stoppé les pelleteuses, mais une clause du prêt
Le détail a son importance. Ce recours, à lui seul, n'obligeait pas à tout arrêter. C'est le financement qui a lâché, comme l'expliquait en octobre 2014 Jean-Michel Lionard, alors conseiller municipal référent du quartier :
Dans le prêt bancaire contracté, il existe une clause suspensive en cas de contestation.
Autrement dit, une simple procédure suffisait à geler l'argent. La Ville de Saint-Étienne annonce alors des négociations avec la banque pour débloquer la situation. Le chantier ne reprendra pourtant pas : le financement reste bloqué et le projet est finalement abandonné, indique Le Progrès.
Entre-temps, des travaux ont bel et bien été réalisés, et ils doivent être payés. Des trous ont été creusés, des canalisations posées et raccordées. Tout cela pour une chaufferie qui ne verra jamais le jour.
Une dette datée de 2015, apparue dans les charges fin 2024
La suite ressemble à une bombe à retardement. Une reconnaissance de dette envers Dalkia existe dès 2015. Pourtant, la somme n'est intégrée aux charges des propriétaires qu'à la fin de l'année 2024, au moment où le contrat du réseau de chaleur du quartier est renouvelé et attribué à l'entreprise. Un appel d'offres avait été publié pour ce contrat en juin 2024 au Bulletin officiel des annonces des marchés publics.
Le temps a un prix. D'après le quotidien régional, la dette de départ s'élevait à 558 000 euros. Avec les intérêts, elle approche désormais les 700 000 euros, à rembourser sur douze ans.
Ils ont acheté après 2014 et sont concernés quand même
C'est ce qui passe le plus mal dans le quartier. Certains propriétaires n'habitaient pas là au moment du chantier. Fabienne Neveu, par exemple, a acheté son appartement à la Cotonne 3 en novembre 2020, six ans après les premiers coups de pelleteuse. Elle fait pourtant partie des propriétaires à qui la facture est présentée.
Une règle générale aide à comprendre pourquoi. Pour les associations syndicales de propriétaires, une ordonnance de 2004 prévoit que les droits et obligations sont attachés aux immeubles et les suivent « en quelque main qu'ils passent ». Ils ne s'arrêtent donc pas le jour d'une vente : celui qui achète un logement dans le périmètre de l'association hérite aussi de ses engagements.
Plusieurs propriétaires se sont depuis regroupés en collectif pour dénoncer la situation. La chaufferie au bois devait entrer en service pour l'hiver 2015-2016. Elle n'a jamais produit de chaleur, seulement une ligne de plus sur les appels de charges.
Source : Le Progrès & L'Essor Loire
