Un plongeur descend six heures par jour dans le noir total sous une cathédrale qui s'enfonce dans la terre : il y posera environ 26 000 sacs de béton

En 1906, la cathédrale de Winchester s'enfonce. Le scaphandrier William Walker plonge six heures par jour dans le noir total pour consolider ses fondations.

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Au début du XXe siècle, la cathédrale de Winchester menace de s'effondrer. Cet édifice massif, construit plusieurs siècles auparavant en Angleterre, repose sur un sol inadapté. Ses bâtisseurs l'ont érigé sur une couche de tourbe instable, dans un terrain où la nappe phréatique est particulièrement haute. En 1906, les murs présentent des fissures béantes. Des blocs de pierre se détachent et s'écrasent au sol. Le bâtiment s'enfonce littéralement dans la terre.

Pour consolider ses fondations, un scaphandrier va travailler sous ses murs, dans des excavations inondées. Il s'appelle William Walker. Selon les archives du Hampshire, son intervention commence en avril 1906 et s'achève en septembre 1911 : cinq ans et demi à préparer, sous l'eau, les appuis nécessaires au sauvetage de l'édifice.

Pourquoi il faut consolider avant de pomper

Les architectes appellent en urgence des ingénieurs pour sauver la structure. La solution classique consiste à creuser sous les fondations, à pomper l'eau et à couler du béton. Le problème s'avère bien plus complexe. Lorsque les ouvriers traversent la tourbe, l'eau envahit leurs excavations et le pompage risque d'aggraver l'affaissement.

William Walker

Il faut trouver un moyen de consolider la base sous l'eau, avant même de commencer à pomper. L'objectif est d'atteindre le lit de gravier solide situé sous la tourbe, puis de construire des appuis jusqu'aux fondations existantes. C'est sur cette couche résistante, et non sur le terrain compressible qui la recouvre, que les nouvelles maçonneries doivent reposer.

L'ingénieur Francis Fox propose de faire intervenir un plongeur dans un rapport du 30 mars 1906, conservé dans les archives de la cathédrale. Il fait appel à l'entreprise spécialisée Siebe Gorman, qui envoie William Walker, formé au chantier naval de Portsmouth, et un collègue nommé Rayfield. Les deux hommes se partagent d'abord les interventions ; après la première année, Walker poursuit seul le travail de plongée.

Un travail au toucher dans une obscurité totale

William Walker arrive sur le chantier avec son équipement lourd. Il porte un scaphandre traditionnel pesant près de 90 kilos, équipé de bottes en plomb et d'un imposant casque en cuivre relié à la surface par un tuyau d'air. Sa mission consiste à descendre dans les fosses inondées creusées sous les murs de la cathédrale, à déblayer la tourbe restante et à la remplacer par du béton.

Une fois sous la surface, les conditions de travail sont effroyables. L'eau boueuse bloque instantanément la moindre source de lumière. Le scaphandrier évolue dans un noir absolu. Il ne voit ni ses mains, ni les murs qu'il est censé soutenir, ni les tranchées qu'il dégage. Il doit s'orienter et travailler uniquement grâce à son sens du toucher.

Dans un entretien accordé à Hampshire HistBites, Gary Wallace-Potter, membre fondateur de la Historical Diving Society, explique que l'eau pouvait s'éclaircir pendant la nuit, lorsque les sédiments se déposaient. Mais dès que les bottes du plongeur touchaient le fond, ces particules se remettaient en suspension. Walker travaillait alors sans visibilité, dans des passages étroits accessibles par une échelle.

Il retire les matériaux qui encombrent le fond, prépare l'espace et réceptionne les matériaux que les équipes lui font descendre. Il tapisse le fond des tranchées avec des sacs en toile remplis de béton sec. Au contact de l'eau, le béton durcit et forme une couche étanche et solide. Walker répète ces gestes lents et épuisants dans une eau glaciale, entouré par des milliers de tonnes de pierres qui pèsent au-dessus de sa tête.

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26 000 sacs de béton, puis le relais des maçons

L'ampleur de la tâche défie l'imagination. Pendant cinq ans et demi, William Walker enfile son scaphandre presque tous les jours de travail. Il passe en moyenne six heures par jour immergé dans l'obscurité des fondations de la cathédrale. Au fil des mois, il dépose environ 26 000 sacs de béton sous l'édifice.

Ce chantier de l'ombre s'inscrit dans une vaste opération collective. Pendant que Walker maçonne à l'aveugle dans les tranchées inondées, environ 150 personnes s'activent au grand jour. Les ouvriers de surface préparent le béton, gèrent l'approvisionnement en air du scaphandrier, remontent la boue extraite et descendent les matériaux.

Le relais avec les maçons s'organise progressivement. Selon Gary Wallace-Potter, Walker dispose plusieurs couches de sacs au fond d'une excavation ; une fois cette base durcie, l'eau peut être pompée pour permettre aux ouvriers de bâtir au sec jusqu'aux anciennes fondations. Le sauvetage ne dépend donc pas d'une unique dalle achevée sous toute la cathédrale, mais d'interventions successives sous ses murs.

En septembre 1911, le travail de plongée de Walker prend fin. La restauration se poursuit jusqu'en 1912. Sous l'édifice, les nouveaux appuis transmettent désormais les charges au gravier : le béton posé dans l'obscurité a permis aux maçons de reconstruire une assise solide.

Source : Hampshire Archives and Local Studies

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.

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