Prix du diesel : des automobilistes roulent au gazole non routier pour payer moins cher, mais ce traceur chimique peut les trahir

Face à la flambée du prix du diesel, certains conducteurs remplissent leur réservoir avec du gazole agricole. Une technique illégale lourdement sanctionnée.

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Pour faire baisser la facture, certains automobilistes se tournent vers une alternative illégale : le gazole non routier (GNR), surnommé le « rouge ». Dans un reportage de RTL, un artisan lorrain raconte ainsi alimenter son 4x4 avec ce carburant normalement destiné à d’autres usages.

Mais l’économie recherchée laisse une signature : au-delà de sa couleur, le GNR contient un agent traceur réglementaire. C’est ce marquage chimique, et pas seulement l’aspect du carburant, qui permet d’en identifier le statut fiscal lors d’un contrôle.

Des écarts de prix qui attirent les automobilistes

RTL rapporte un tarif d’environ 1,94 euro le litre au moment de son reportage, soit plus de 40 centimes de moins que le diesel classique. L’artisan interrogé, âgé de 50 ans, affirme économiser entre 250 et 300 euros par mois. Ce montant correspond à son propre témoignage, pas à une économie garantie pour chaque conducteur.

Franceinfo a même repéré ce carburant à 1,72 euro le litre dans une station belge. Dans ce reportage, reproduit par Shango le 29 septembre 2026, le gazole routier de la même station est affiché à 2,35 euros. La différence atteint donc 63 centimes par litre : sur 50 litres, cela représente 31,50 euros, avant les frais éventuels du déplacement.

Les journalistes décrivent un achat en bidon accepté sans demande de pièce d’identité ni de justificatif professionnel. Ce constat concerne cette station, pas l’ensemble des distributeurs belges. Dans la région de Valenciennes, deux automobilistes interrogés expliquent également s’approvisionner de l’autre côté de la frontière. Acheter ce carburant à l’étranger ne rend toutefois pas son utilisation autorisée dans une voiture particulière en France.

Un traceur chimique en plus de la couleur rouge

Le GNR contient un colorant rouge réglementaire. L’arrêté du 10 novembre 2011 prévoit aussi un agent traceur distinct : depuis le 19 janvier 2024, il s’agit d’ACCUTRACE PLUS, contenant du butoxybenzène. Le dispositif ne repose donc pas uniquement sur une teinte que les agents reconnaîtraient à l’œil nu.

La réglementation prend également en compte les concentrations inférieures aux doses normalement incorporées. Son article 5 prévoit qu’un gazole contenant le traceur ou l’un des colorants conserve le statut fiscal correspondant, même lorsque leur concentration est plus faible. Une coloration moins prononcée ne suffit donc pas à faire considérer le produit comme du gazole routier ordinaire.

Une instruction des Douanes décrit le contrôle du carburant présent dans les réservoirs et les cuves. La présence de traces de colorant ou d’agent traceur dans un réservoir alimentant un moteur non autorisé peut permettre de relever un détournement d’usage. Le contrôle ne se limite ainsi pas à l’examen du filtre à gazole et ne nécessite pas de surprendre le conducteur pendant son achat.

Repasser au diesel classique ne garantit donc pas l’absence de traces lors d’un prélèvement ultérieur. En revanche, aucune durée universelle de persistance dans le filtre ne peut être avancée ici. Il serait également excessif de promettre que toute utilisation passée sera forcément découverte par une simple vérification visuelle.

Une interdiction liée à l’usage, pas à l’âge du moteur

Le GNR bénéficie d’une fiscalité allégée par l’État. Mais ses conditions d’utilisation ne se résument pas à travailler dans l’agriculture ou le BTP. La réglementation vise des catégories précises de moteurs et d’engins, notamment les tracteurs agricoles ou forestiers, certains matériels non routiers, ainsi que des usages ferroviaires et de navigation. Une profession ne donne pas, à elle seule, le droit d’en remplir sa voiture personnelle.

Les formalités fiscales sont également plus précises qu’une simple présentation de numéro SIRET. Les Douanes expliquent que le tarif agricole ou forestier réduit peut être appliqué dès la livraison sur présentation d’une attestation d’identification. Ce dispositif ne s’applique pas aux livraisons en station-service : les utilisateurs éligibles qui y paient le tarif de droit commun peuvent demander un remboursement.

Rouler avec ce carburant dans une voiture classique constitue une fraude fiscale. Dans le reportage de franceinfo, un dépanneur de Valenciennes raconte venir récupérer des véhicules saisis et avoir lui-même subi un prélèvement dans son réservoir. Ce témoignage décrit une conséquence concrète des contrôles, sans permettre d’établir un montant d’amende unique pour tous les automobilistes.

Enfin, l’interdiction ne prouve pas que le GNR détruirait nécessairement un moteur récent. L’arrêté relatif à ses caractéristiques impose la norme NF EN 590, ou une qualité équivalente, et renvoie aux spécifications techniques du gazole routier. Présenter une casse irréversible comme une conséquence automatique est donc trompeur. Ces caractéristiques communes ne changent toutefois rien aux restrictions fiscales d’utilisation dans une voiture particulière.

Sources : Légifrance, réglementation du marquage et des usages du GNR et Direction générale des Douanes

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.

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