La Turquie songerait à mettre en place la « castration chimique » pour les pédophiles

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En Turquie, le gouvernement parle de castration chimique afin de lutter contre le nombre toujours croissant d'abus sexuels. Le pays, indigné depuis le viol d'un enfant de 4 ans et demi par un jeune de 20 ans lors d'un mariage assure vouloir prendre des décisions drastiques pour évier la récidive. Bonne ou mauvaise idée ? 

Crédit image : Twitter de Recep Tayyip Erdogan @RT_Erdogan

La question du sort des pédophiles est épineuse. Des peines que beaucoup ne considèrent pas assez lourdes avec la peur de récidive dans les cas où il existerait une remise de peine. Les pédophiles, criminels avant tout, sont le plus souvent dominés par des pulsions qui émanent d'importantes déviances. Pour la justice turque, tourmentée par le viol d'un enfant de 4 ans et demi lors d'un mariage par un jeune homme de 20 ans, il est l'heure de changer les choses et passer à des peines alternatives. En débat ? La castration chimique. Un procédé qui aspire à réduire voire supprimer l'appétit sexuel d'un pédophile.

Ce mardi, le ministre turc de la justice a annoncé son souhait et celui des autorités d'avoir recours à la castration chimique pour tous les auteurs de sévices sexuels sur mineurs. À l’inverse de la castration physique, la castration chimique est considérée comme une sorte de « traitement » et n'est pas irréversible. Autrement dit, tant que le traitement est pris, l'appétence sexuelle est réduite « grâce » à des substances hormonales. Par voie orale ou par injection, il apparaît que le terme « castration » est « abusif » puisqu'il n'existe pas réellement de stérilisation.

La « castration chimique », un retour en arrière assuré

Outre son effet non stérilisant, il n'en reste pas moins une proposition à la limite du fascisme, qui s'apparente à la mort des hormones, donc une espèce de peine de mort, à l'instar des nazis qui par un procédé de stérilisation forcée, ôtaient toute forme d'humanisme chez les handicapés. En fin de compte, laisser en vie un individu en lui ôtant tout ce qu'il lui reste d'humain. « Les tribunaux décideront de la mise en œuvre et de la durée de la castration chimique pour supprimer ou réduire le désir sexuel. Nous mettrons cela en place à nouveau d'ici quelques jours » déclarait Abdülhamit Gül, le ministre de la justice, le 20 février.

Pour le ministre de la justice, dont les propos ont été rapportés par l'AFP, « toutes les options, toutes les mesures qui doivent être prises pour résoudre le problème seront sur la table ». Déjà introduite en 2016, la castration chimique avait fait l'objet de quelques confusions au Conseil d'État qui avait déclaré que » la définition du traitement et ses limites étaient vagues ", empêchant donc sa mise en place. De son côté, Recep Tayyip Erdogan, le président turc, a de nouveau évoqué la possible mise en place d'une pénalisation de l'adultère. Un désir qui en dit long sur la politique du président et qui avait été très critiqué en 2004 lorsqu'il avait voulu faire de ce désir de mesure une réforme du Code pénal. Une réforme qui avait été empêchée par l'Union européenne.

Un procédé qui tend à normaliser la torture et qui va à l'encontre des Droits de l'Homme

Pendant très longtemps, la torture a été infligée à des accusés afin que sous le coup des menaces et des sévices corporels et psychologiques, ils répondent de leurs actes. On le sait et ce n'est pas nouveau, de nombreux cas d'aveux se sont avérés faux. Pourquoi ? Dans le simple but d'en finir avec les sévices infligés. Avouer alors que l'on n'a rien fait pour ne plus souffrir. En France, par exemple, la torture est absolument prohibée pour des raisons morales qui impliquent notamment la dignité humaine.

En ce sens, l'ONG « Les Assemblée des Femmes » a dénoncé cette prise de décision qui est une « punition pas en phase avec les lois modernes ». En effet, la castration chimique s'apparente comme contraire à l'article 3 de la convention européenne des Droits de l'Homme qui interdit toute forme de torture ou d'imposer à un individu relevant de sa juridiction des traitements ou châtiments dégradants et qui tend à la déshumanisation. Article 3 - interdiction de la torture - : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. » Pour cette ONG, le problème est pris à l'envers et « la solution [serait] d'arrêter d'infliger des peines réduites dans les affaires d'abus contre les enfants ».

Les abus sexuels à leur apogée en Turquie

En Turquie, le nombre d'agressions sexuelles s'est accru de manière considérable. Selon les chiffres du ministère de la Justice, le nombre d'affaires d'abus sexuels est passé de 3.778 en 2006 à 21.189 en 2016. Un nombre alarmant qui a été la cause d'une telle prise de décision.

Avec une telle pratique, la question qui reste à poser est, est-ce que l'on préfère « résoudre » un problème pathologique par une simple administration médicamenteuse qui aura pour effet de couper tout appétit sexuel plutôt que de tenter de soigner une pathologie en tentant d'en comprendre les tenants et les aboutissants ? Est-ce que ce n'est pas la porte ouverte à d'autres formes de déviances ? Ainsi, Charles Casanova, psychologue et criminologue, expliquait lors d'une interview sa façon de penser la castration chimique. « Ce serait lui faire croire que la solution elle est chez nous et pas chez lui, que c'est nous qui avons la solution qui va le rendre inoffensif, qui va le guérir, toujours le fantasme de la guérison. Ce serait aussi lui faire croire que tout n'est que sexualité organique. Alors on oublie complètement ce qu'est le fantasme, la pulsion, l'agressivité, l'objectalisation de l'autre et la domination de l'autre.» Et de poser le problème qui est de savoir  « qu'est ce que vous faites si après avoir castré chimiquement un criminel, les fantasmes et les pulsions massifs qui sont à l'œuvre, n'ont pas du tout été traités et qu'il va violer quelqu'un en utilisant un objet, passer au meurtre ou passer à n’importe quelle autre forme d'agression à l'autre ? »

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