« Juste parmi les nations », ce diplomate japonais a sauvé 40 000 juifs de l'Holocauste en désobéissant à son pays

683partages

Son nom vous est certainement inconnu et pourtant Chiune Sugihara est l’un des nombreux héros anonymes de la Seconde Guerre mondiale, reconnu « juste parmi les nations » pour avoir sauvé des dizaines de milliers de juifs durant le conflit le plus meurtrier qu’ait connu l’humanité.

Au péril de sa vie, ce diplomate japonais a ainsi permis à environ 40 000 personnes de confession juive d’échapper à la déportation vers les camps de la mort, en leur délivrant des visas salvateurs durant la Seconde Guerre Mondiale.

Son histoire, encore méconnue et trop peu relayée par le devoir de mémoire, est un exemple de bravoure au service du bien.

Crédit photo : Wikimedia Commons

Chiune Sugihara, un « juste parmi les nations » qui a sauvé plus de 40 000 juifs

Né en 1900 à Yaotsu près de Nagoya (Japon), Chiune Sugihara est déjà un diplomate aguerri et à la carrière sans fausse note lorsqu’il s’installe en Lituanie en 1939, où l’attend une promotion de vice-consul du Japon dans ce petit pays balte, coincé entre la Pologne et l’URSS.

Il est envoyé dans la capitale temporaire de Kaunas par le gouvernement japonais afin d’obtenir des informations sur les mouvements militaires de la Wehrmacht et de l’armée rouge, à une époque où le conflit mondial n’a pas encore officiellement démarré en dépit de signes précurseurs toujours plus inquiétants.

Ancien ministre des Affaires étrangères en Mandchourie - que les Japonais ont envahie en 1931, Chiune Sugihara parle couramment le russe, langue utilisée en Lituanie pour tout ce qui relève du politique et de l’administratif. Il est donc tout désigné pour cette mission.

Lorsque l’Allemagne nazie envahit la Pologne le 1er septembre 1939, la guerre est déclenchée en Europe et plus rien ne peut alors empêcher l’irrésistible ascension de Hitler.

D’abord épargnée par le conflit, la Lituanie va très vite devenir une terre d’accueil pour les juifs polonais qui fuient les persécutions nazies, sous les yeux de Chiune Sugihara, lequel commence à pressentir le danger.

Il faut dire qu'avant même l'avancée allemande, les troupes de l’armée rouge occupaient déjà la Lituanie, depuis la signature du pacte germano-soviétique de non-agression en août 1939. Une occupation qui s'avère terrible avec notamment la suppression des libertés fondamentales.

Au milieu de ce marasme et alors que la situation s’envenime de jour en jour, les réfugiés juifs mais aussi les juifs lituaniens - pris en tenaille entre les nazis et les communistes - n’ont alors d’autres choix que de fuir pour se mettre à l’abri, loin du tumulte de la guerre.

Mais sans visa de voyage, cela s’avère dangereux voire impossible !

Ne pouvant se résoudre à laisser ces pauvres gens abandonnés à leur triste sort, Chiune Sugihara - qui a refusé de quitter la capitale malgré l’ordre intimé par les communistes - décide alors de mettre à profit son influente position pour tenter de sauver un maximum de personnes.

Avec son homologue néerlandais Jan Zwatendijk - le seul autre diplomate étranger à être resté à Kaunas -, il met ainsi sur pied un système qu’il pense infaillible pour permettre aux juifs de fuir.

Son idée ? Délivrer des visas de transit pour permettre aux réfugiés de voyager sans encombres à travers l’URSS jusqu’au Japon, où ils se verront accorder, grâce à Zwartendijk, des permis d’entrée pour les colonies néerlandaises des Caraïbes.

Hélas, le gouvernement japonais refuse les nombreuses requêtes de Sugihara et le désavoue publiquement.

Chiune Sugihara, « le Schindler japonais »

Ce dernier fait alors le choix de désobéir - une hérésie au Japon – en menant son projet à bien, malgré la menace que cela représente pour sa carrière et surtout sa famille.

Du 18 juillet au 28 août 1940, il émet des visas de transit de 10 jours vers le Japon - contre l’avis de son gouvernement - pour des juifs qu’il réussit à faire exfiltrer vers le Japon. Il y parvient non sans avoir usé de ses relations pour convaincre des fonctionnaires soviétiques de laisser voyager les réfugiés via le Transsibérien.

Il continuera de rédiger des visas sans relâche, à raison de 300 par jour, avec l’aide de son épouse et ce jusqu’au 4 septembre, date à laquelle il est prié de quitter le pays sur-le-champ.

Avant son départ depuis la gare de Kaunas, il prend soin de confier le tampon officiel du consulat à l’un des réfugiés juifs, afin que ce dernier délivre encore plus de visas.

Lorsque le train quittera le quai, Chiune Sugihara jettera même des centaines de visa vierges par la fenêtre en guise d'ultime geste de bravoure, dans l’espoir que ces derniers puissent être récupérés et utilisés à bon escient.

Exclu du corps diplomatique japonais en 1947, il abandonnera par la suite sa carrière de diplomate, enchaînant les petits jobs pour subvenir aux besoins de sa famille.

Pendant longtemps, Chiune Sugihara gardera cette histoire secrète et il faudra attendre les années 60 pour que les premiers témoignages de juifs, sauvés grâce à son action, soient entendus.

Celui que l’on surnomme « le Schindler japonais » - en référence à Oskar Schindler qui sauva lui aussi de nombreux juifs d'une mort certaine - recevra le titre de « Juste parmi les nations » en 1985.

On estime aujourd’hui que Chiune Sugihara a permis de sauver plus de 40 000 personnes durant la Seconde guerre mondiale.