Cette femelle jaguar a quitté son enclos à 4 mois dans un marais d'Argentine où l'espèce avait disparu depuis 70 ans : cinq ans plus tard, elle donne naissance au 50e félin à l'état sauvage

Le jaguar avait disparu des marais d'Iberá, en Argentine, depuis 70 ans. Relâchés à partir de 2021, les félins s'y reproduisent : le 50e est né en 2026.

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La scène se passe à la station biologique de San Alonso, au cœur des marais d'Iberá, dans le nord-est de l'Argentine. Une équipe de terrain effectue ses tâches de routine quand une femelle jaguar, Porá, apparaît. Elle avance avec un calme inhabituel, et les soigneurs comprennent qu'elle cherche son petit. Peu après, ils la voient repasser en le portant dans sa gueule.

Ce petit, né en avril 2026, est le 50e jaguar recensé à l'état sauvage dans la province de Corrientes. Début 2021, il n'y en avait encore aucun. L'espèce y avait disparu depuis soixante-dix ans.

Un prédateur effacé de la carte au milieu du XXe siècle

Les esteros del Iberá forment une immense zone humide : 1,3 million d'hectares de marécages, de lagunes et d'îles. Le jaguar, que l'on appelle ici yaguareté, d'un mot guarani, en était le plus grand prédateur. La chasse, la transformation des milieux et la raréfaction de ses proies l'ont fait disparaître de la province au milieu du XXe siècle.

À l'échelle du pays, le tableau n'est guère meilleur. En cent cinquante ans, l'espèce a perdu plus de 95 % de son territoire en Argentine, où il resterait entre 200 et 300 individus, selon les chiffres cités par le média spécialisé Mongabay.

Dix ans de préparation, trois félins pour commencer

Le projet de retour démarre au début des années 2010, porté par Tompkins Conservation puis par la fondation Rewilding Argentina, avec la province de Corrientes et l'administration des parcs nationaux. Sur l'île de San Alonso, un centre de réintroduction est construit pour faire naître des jaguars destinés à vivre libres. Les deux premiers petits y voient le jour en juin 2018. Leur mère, Tania, n'a que trois pattes.

En janvier 2021, un enclos s'ouvre enfin. Mariua, une femelle recueillie orpheline au Brésil, sort la première. Elle revient chercher le lendemain ses deux petits de quatre mois, Karai et Porá. Sebastián Di Martino, directeur de la conservation de Rewilding Argentina, y voit alors l'aboutissement de dix ans de travail.

L'ordre des lâchers est calculé : d'abord les femelles, dont le territoire est plus petit et qui s'éloignent moins, puis un mâle. Fin avril 2021, six jaguars ont déjà été relâchés dans le parc.

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De 16 à 50 en trois ans

Les félins ne tardent pas à s'accoupler en liberté, et des petits naissent hors de tout enclos, une première dans la région depuis sept décennies. En août 2023, Rewilding Argentina compte au moins seize jaguars libres. Corrientes, qui n'en abritait aucun, héberge alors le groupe le plus nombreux de toute la région du Chaco argentin.

Trois ans plus tard, le compteur atteint 50. Début juin 2026, la fondation a annoncé de nouvelles images du petit de Porá, dont on ignore encore le sexe. Elle écrit (propos traduits de l'espagnol) :

Il ne s'agit pas seulement de ramener une espèce. Il s'agit de restaurer des rôles écologiques, de retrouver des processus naturels et de reconstruire des écosystèmes plus complets et plus fonctionnels.

Le jaguar n'est pas revenu seul. Fourmiliers géants, cerfs des pampas, pécaris, aras et loutres géantes ont eux aussi été réintroduits dans les marais. Au sommet de la chaîne alimentaire, le félin retrouve des capybaras restés des décennies sans prédateur. Au Brésil, c'est le tapir qui a fait son retour dans une réserve replantée de 840 000 arbres.

De la place pour une centaine de jaguars

Selon les responsables du projet, le parc peut accueillir une centaine de jaguars. On en est à la moitié. Les animaux commencent d'ailleurs à s'aventurer plus loin : l'un d'eux a été observé sur une route provinciale, entre les localités de Mburucuyá et Santa Rosa. Les spécialistes y voient le signe d'une population qui s'étend naturellement.

Reste à vivre avec. Les éleveurs considéraient autrefois le jaguar comme une menace pour leurs troupeaux, et la fondation a mené un long travail auprès des habitants. Elle assure aujourd'hui que la cohabitation avec la faune sauvage est possible. Dans les villages qui bordent le parc, l'animal est devenu un motif de fierté et un atout pour le tourisme.

Quant à Porá, elle avait quatre mois quand elle a quitté l'enclos derrière sa mère, en janvier 2021. Elle faisait partie des trois premiers jaguars relâchés. C'est elle qui a donné naissance au cinquantième.

Source : Mongabay & Elonce

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Céline Gautier

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Journaliste

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