Ils lâchent une trentaine de mangoustes sur une île pour chasser les vipères : elles deviennent 10 000, et 45 ans plus tard le Japon annonce enfin leur éradication

En 1979, une trentaine de mangoustes sont lâchées sur une île japonaise pour chasser les vipères. Il a fallu plus de 30 000 pièges pour s'en débarrasser.

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Sur le papier, le plan semblait imparable. En 1979, une trentaine de mangoustes sont relâchées sur Amami-Oshima, une île subtropicale du sud du Japon. Leur mission : s'attaquer aux habus, des vipères dont la morsure peut être mortelle pour l'homme.

Il a fallu attendre le 3 septembre 2024 pour que le ministère japonais de l'Environnement déclare l'île enfin débarrassée de ces mangoustes. Entre-temps, elles étaient devenues environ 10 000.

Les serpents sortent la nuit, les mangoustes dorment

Les petites mangoustes indiennes arrivent d'Okinawa. On les lâche près de Naze, une ville aujourd'hui intégrée à la commune d'Amami. Très vite, le calcul se révèle faux.

Les habus sont surtout actifs la nuit, au moment où les mangoustes préfèrent dormir. Les deux animaux ne se croisent presque jamais, a expliqué un responsable local à l'AFP. Les mangoustes se rabattent sur des proies bien plus faciles : grenouilles, rats endémiques et surtout le lapin noir d'Amami.

Ce lapin ne vit que sur Amami-Oshima et sur l'île voisine de Tokunoshima. Il est classé en danger par l'Union internationale pour la conservation de la nature. Les mangoustes, elles, se reproduisent dès l'âge d'un an et gagnent du terrain. Vers 2000, elles sont environ 10 000.

Plus de 30 000 pièges et des « Mongoose Busters »

Les communes commencent à les capturer en 1993, car elles ravagent aussi les cultures et les élevages. En 2000, l'État lance un programme d'éradication, avec une prime à chaque capture. Ça ne suffit pas. Les mangoustes vivent sur de petits territoires, et les pièges posés le long des routes ne touchent pas celles qui vivent en forêt.

En 2005, le ministère crée une équipe dédiée, baptisée « Amami Mongoose Busters ». Ses membres quadrillent presque toute l'île, forêts escarpées comprises. Ils installent plus de 30 000 pièges, jusqu'à 35 000 au plus fort de l'opération, et plus de 300 caméras automatiques. Des chiens détecteurs sont dressés pour débusquer les derniers individus, ceux qui ne se laissent pas piéger.

Une partie des scientifiques n'y croit pas. Shintaro Abe, vétérinaire au ministère de l'Environnement, suit le projet depuis ses débuts. Il s'en souvient auprès du site japonais Science Portal (propos traduits du japonais) :

« Ça ne sert à rien, vous feriez mieux d'arrêter vite. » Ce genre de réaction, c'est un fait, on l'a eu. Je l'ai entendu vraiment de nombreuses fois, de la bouche de nombreux écologues.
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Six ans sans une seule mangouste

La dernière mangouste d'Amami-Oshima est prise dans un piège en avril 2018. Personne ne crie victoire. Pendant six ans, les pièges, les caméras et les chiens continuent de tourner. Une fois par an, les chiens sont même emmenés à Okinawa, où l'espèce est toujours présente, pour garder leur motivation.

Prouver qu'il ne reste plus un seul animal est presque impossible. Les chercheurs calculent donc une probabilité d'éradication avec deux modèles différents. Résultat : 99,7 % et 98,9 %. Le 3 septembre 2024, le ministère déclare officiellement l'île libérée.

Avant Amami-Oshima, les mangoustes n'avaient été éradiquées que sur neuf îles dans le monde, toutes bien plus petites. Koichi Shiota, gouverneur de la préfecture de Kagoshima, a salué la nouvelle dans un communiqué cité par l'AFP (propos traduits de l'anglais) :

C'est une vraie bonne nouvelle pour notre préfecture et pour la conservation du précieux écosystème d'Amami, site du patrimoine mondial naturel.

Les lapins reviennent, jusque sur les routes

La nature n'a pas attendu la déclaration officielle. À mesure que les mangoustes reculaient, les lapins d'Amami, plusieurs grenouilles endémiques et deux espèces de rats ont commencé à remonter. La grive et la bécasse d'Amami ont étendu leur territoire. Un retour spontané qui rappelle celui de l'île caribéenne de Redonda après le départ des rats et des chèvres.

Ce retour crée de nouveaux soucis. Shintaro Abe constate que les espèces locales sont de plus en plus souvent victimes d'accidents de la route. Les lapins d'Amami ont l'habitude de faire leurs besoins sur les routes dégagées, d'où ils voient venir leurs prédateurs. Chaque année, en septembre et en octobre, une campagne demande aux automobilistes de l'île de rouler lentement.

Source : Ministère japonais de l'Environnement & AFP (The Peninsula)

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.

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