Ils ont largué du poison par hélicoptère pour chasser les rats d'une île des Galápagos : dix ans plus tard, c'est un gecko connu seulement par ses fossiles qu'on y retrouve en bonne santé

Aux Galápagos, un gecko connu seulement par des fossiles a refait surface après l'élimination des rats. Son ADN révèle une lignée propre à cette île.

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Sur l'île de Rábida, aux Galápagos, les scientifiques ne connaissaient ce petit gecko que par des ossements vieux de 5 700 à 8 540 ans. Après l'élimination des rats qui infestaient l'île, il a refait surface, bien vivant.

L'animal s'appelle Phyllodactylus maresi, un gecko à doigts en forme de feuille d'environ 8 centimètres. Sa présence sur Rábida est confirmée par une étude publiée en juin 2025 dans la revue scientifique PLOS ONE. Elle révèle aussi que cette population ne ressemble à aucune autre.

Du poison largué par hélicoptère

Rábida est une petite île de 499 hectares, à environ 4,5 kilomètres au sud de sa grande voisine, Santiago. Comme beaucoup d'îles de l'archipel, elle a été envahie par les rats bruns, qui s'attaquent aux espèces locales, geckos compris.

En 2011, le parc national des Galápagos et l'ONG Island Conservation, avec la Fondation Charles Darwin et The Raptor Center, lancent une vaste opération. Des hélicoptères répandent des appâts empoisonnés sur Rábida et sur plusieurs autres îles. D'après BBC Wildlife, c'était la première fois qu'une telle méthode était employée en Amérique du Sud. En 2012, l'élimination des rats de Rábida est confirmée.

Avant l'opération, les équipes qui avaient fouillé l'île n'avaient trouvé aucun gecko, ni la moindre trace de leur présence.

Un premier spécimen perdu

Peu après le départ des rats, en 2012, une équipe repère un gecko. Il est photographié et collecté. Le spécimen n'a pourtant jamais rejoint les collections scientifiques : les auteurs de l'étude le considèrent aujourd'hui comme perdu.

Il faut attendre octobre 2019 pour une nouvelle preuve. Les chercheurs capturent neuf geckos, prélèvent un petit bout de leur queue pour l'analyse ADN, puis les relâchent. En août 2021, une nouvelle expédition récolte dix spécimens pour les étudier en détail. Les animaux sont attrapés à la main, la nuit, sur les roches de lave et les troncs d'arbres, jusqu'à 2 mètres de hauteur.

En novembre 2022, dix ans après l'opération, une mission du parc national et d'Island Conservation constate qu'une population en bonne santé occupe l'île.

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Une lignée propre à Rábida

L'ADN a livré une surprise. Les geckos de Rábida appartiennent bien à l'espèce P. maresi, mais ils se distinguent de leurs cousins de Santiago par 19 mutations sur les marqueurs génétiques analysés. C'est assez pour que les chercheurs les classent comme une « unité évolutive significative », une lignée distincte qui devient une priorité de conservation.

Paula Castaño, d'Island Conservation

Pour Paula Castaño, d'Island Conservation, coautrice de l'étude, une petite population a tenu bon pendant toutes ces années avant de rebondir une fois les prédateurs partis. L'étude ne tranche pas ce point, mais estime que les geckos ont profité de l'éradication des rongeurs. La responsable résume :

« Le retour de ce gecko montre l'incroyable capacité de la nature à se guérir elle-même quand on lui en laisse la chance. » (traduit de l'anglais)

Des tortues géantes sur l'île voisine

Rábida n'est pas un cas isolé. Dans les Caraïbes, sur l'île de Redonda, la végétation a explosé après le retrait des rats et des chèvres. Aux Galápagos, l'île de Pinzón, elle aussi débarrassée de ses rats, voit de nouveau des pinsons des cactus, considérés comme localement éteints depuis plus de quarante ans. Selon Island Conservation, les tortues géantes y sont revenues nicher pour la première fois depuis plus de 150 ans, et leur population se reproduit désormais sans intervention humaine.

Source : PLOS ONE & Island Conservation

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.

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