Il fait fortune dans le poulet frit et réclame le ranch le plus épuisé qu'il puisse trouver au Texas : 50 ans plus tard, des sources coulent là où aucun puits ne donnait une goutte

En 1969, David Bamberger a acheté un ranch texan sans eau pour le restaurer. Des sources y coulent aujourd'hui. Il est mort en janvier 2026, à 97 ans.

Ajoutez-nous à vos sources préférées

En 1969, J. David Bamberger a 40 ans, vit à San Antonio et vient de faire fortune avec Church's Fried Chicken, la première chaîne de restauration rapide texane à s'être étendue à tout le pays. Il cherche un ranch. Les agents immobiliers lui proposent des domaines avec grande maison et piste d'atterrissage. Il n'en veut pas.

Ce qu'il demande à un agent du ministère américain de l'Agriculture, c'est le ranch le plus épuisé de la région. Il achète environ 1 200 hectares près de Johnson City, dans le centre du Texas : de la terre nue, des broussailles, pas un ruisseau. En 2019, pour ses cinquante ans, le domaine comptait plus de deux douzaines d'étangs et de lacs alimentés par des sources. David Bamberger s'y est éteint le 17 janvier 2026, à 97 ans.

Des forages qui ne donnent pas une goutte

La réponse de l'agent, rapportée par le magazine Texas Highways, donne le ton : des terres pareilles, le Texas n'en manque pas, et il espère seulement que son client ne compte pas y élever de bétail. C'est pourtant bien son intention.

Le Hill Country, cette région de collines, n'a pas toujours eu cet aspect. Quand les colons arrivent dans les années 1840, ils trouvent une mer d'herbe et des sources abondantes. En moins de trente ans, vaches, moutons et chèvres ont tout rasé. La mince couche de terre est partie avec les pluies et le genévrier, que les Texans appellent cèdre, a envahi les collines. Cet arbuste se contente de très peu de sol et boit beaucoup d'eau.

Sur son ranch, Bamberger fait creuser une série de puits. Aucun ne produit une goutte.

Un bulldozer d'occasion et des sacs de graines

Il s'entoure de spécialistes formés à l'université Texas A&M, qu'il surnomme ses « Aggies » : un pour les vaches, un pour les arbres, un pour les cerfs, un pour les barrages. Avec un bulldozer d'occasion, l'équipe arrache les genévriers, en apprenant sur le tas à épargner les pentes raides pour ne pas aggraver l'érosion.

Puis elle sème des herbes locales pour retenir le sol. Bamberger, ses fils et ses employés achètent tant de semences aux fournisseurs du coin qu'on les accuse d'accaparer le marché. Lui en plaisantait : c'est un exploit qu'il n'avait jamais réussi avec le poulet frit.

Le mécanisme est simple. Sur un sol nu, la pluie ruisselle et s'en va. Sur un sol couvert d'herbe, elle s'infiltre. Peu à peu, l'eau recharge une nappe peu profonde, juste sous la surface, et les sources réapparaissent.

La suite après cette vidéo

Cinq familles vivent de sources qui n'existaient pas

Agrandi au fil des rachats jusqu'à environ 2 200 hectares, le domaine s'appelle Selah, un mot hébreu que l'on traduit par « s'arrêter et réfléchir ». On y trouve aujourd'hui les premières eaux du Miller Creek, un affluent de la rivière Pedernales. Cinq familles y vivent grâce à une eau qui ne vient pas de forages, mais de sources apparues après l'arrivée de Bamberger.

Longtemps pris pour un illuminé, l'homme a continué de surprendre. Dans les années 1990, il fait construire une grotte artificielle pour attirer les chauves-souris. On la surnomme « la folie de Bamberger ». Des centaines de milliers de chauves-souris y passent désormais l'été.

Né en 1928 dans une famille pauvre de l'Ohio, dans une maison sans eau courante ni électricité, cet ancien vendeur d'aspirateurs au porte-à-porte tenait son idée d'un livre offert par sa mère : le récit d'un fermier qui avait redonné vie à des terres épuisées. Il aimait répéter (propos traduits de l'anglais) :

Il ne faut pas beaucoup d'argent pour bien s'occuper d'une terre, mais il faut du travail et de l'engagement.

Une méthode qui a ses limites

Texas Highways prend soin de le préciser : tout n'est pas transposable. Dans certains secteurs, l'eau souterraine est trop profonde pour ressortir un jour en source. Et les vieux genévriers gardent leur utilité, pour tenir les berges et les pentes raides comme pour abriter des oiseaux menacés.

Reste l'exemple. En 2002, Bamberger a confié le ranch à une fondation à but non lucratif pour qu'il lui survive. Chaque année, plus de 3 000 enfants d'écoles défavorisées y viennent découvrir la nature, et des propriétaires terriens y suivent des formations. Une démarche proche de celle de ce couple brésilien qui a transformé la ferme familiale en réserve.

Celui qu'on traitait de farfelu résumait un demi-siècle de travail en une idée : si on lui en laisse la chance, la nature peut se guérir elle-même.

Source : Texas Highways & Bamberger Ranch Preserve

Suivez-nous sur Google

Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.

À lire aussi