Un ouragan ouvre une brèche dans un barrage centenaire et la ville décide de la laisser : deux ans plus tard, deux espèces de poissons réapparaissent pour la première fois depuis plus d'un siècle

Après l'ouragan Helene, Asheville a laissé son barrage percé. Les biologistes y ont trouvé deux poissons jamais vus en amont depuis sa construction.

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Fin septembre 2024, l'ouragan Helene a ouvert une brèche dans le barrage de Lake Craig, un ouvrage de plus de cent ans qui coupe la rivière Swannanoa à Asheville, en Caroline du Nord. La ville a décidé de ne pas le réparer. Deux ans plus tard, les biologistes ont trouvé au-dessus du barrage deux espèces de poissons qui n'y avaient jamais été observées depuis sa construction.

La découverte a été faite lors des relevés de suivi menés par la Commission des ressources fauniques de Caroline du Nord (NCWRC), l'organisme public chargé de la faune, avec des membres du Warren Wilson College. Les deux nouveaux venus sont le black-bass à petite bouche, un poisson prisé des pêcheurs, et le russet darter (Percina evides), un petit poisson de la famille des perches, connu pour sa sensibilité à la pollution.

Un mur qui bloquait au moins six espèces

Pendant plus d'un siècle, le barrage a fait obstacle à au moins six espèces de poissons suivies par la NCWRC. Les archives du comté de Buncombe conservent une photo de la crue de 1940 : l'eau y dévale ses déversoirs près du pont de Recreation Park, sous une enseigne qui présente le site comme le « terrain de jeu d'Asheville ».

barrage de Lake Craig

La brèche ouverte par Helene a changé la donne. Pour la première fois depuis des décennies, les poissons pouvaient franchir l'ouvrage. En renonçant aux réparations, la ville a laissé ce passage ouvert.

Le scénario rappelle celui de la Sélune, dans la Manche, où la destruction de deux barrages a permis aux saumons de se reproduire à nouveau en amont. Ici, aucune démolition : une brèche a suffi.

Les biologistes comptaient les réintroduire eux-mêmes

Avant la tempête, la NCWRC prévoyait de réintroduire ces poissons artificiellement. Elle l'a déjà fait dans ce même secteur avec un proche cousin, le tangerine darter (Percina aurantiaca), qui s'y porte toujours bien. Cette fois, la rivière a fait le travail toute seule. L'organisme y voit un résultat encore meilleur que prévu.

« C'est une réussite. Quand on laisse une rivière être une rivière, elle peut guérir d'elle-même. »

Ce sont les mots de Luke Etchison, biologiste de la conservation à la NCWRC (propos traduits de l'anglais). Le retour du black-bass compte aussi pour les moules d'eau douce, qui dépendent de lui. Le biologiste les compare au foie des cours d'eau, parce qu'elles filtrent l'eau des rivières, des lacs et des ruisseaux.

Poisson

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Une rivière qui a dépassé 32 °C

L'ouragan a aussi laissé des cicatrices. En arrachant les arbres et la végétation des berges, Helene a privé la Swannanoa de son ombre. Selon la NCWRC, la température de l'eau a dépassé 32 °C. Le black-bass tolère cette chaleur. L'omble de fontaine, un poisson d'eau froide, peine en revanche à s'y maintenir.

Pour redonner de l'ombre à la rivière, le Warren Wilson College, une université installée sur ses berges, a lancé des plantations. Au printemps 2025, ses équipes ont planté plus de 19 000 boutures en trois semaines.

La suite est déjà prévue. La NCWRC et l'université veulent réintroduire d'autres espèces au-dessus du barrage, en commençant par les poissons communs qui manquent encore, avant de passer aux plus fragiles et aux plus rares.

Source : N.C. Wildlife Resources Commission via Mountain Xpress & WLOS

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.

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