En mars 2018, une tempête arrache 76 conteneurs du cargo Maersk Shanghai au large des États-Unis. Dans les mois qui suivent, des baskets et des tongs commencent à s'échouer de l'autre côté de l'Atlantique, des Açores à l'Irlande, jusqu'à Brest.
76 conteneurs à la mer
Le porte-conteneurs de 324 mètres faisait route de Norfolk, en Virginie, vers Charleston, en Caroline du Sud. Le 4 mars 2018, il signale aux garde-côtes américains la perte d'une partie de sa cargaison, à environ 27 kilomètres d'Oregon Inlet, en Caroline du Nord. La tempête qui balaie alors la côte souffle en rafales de force ouragan et soulève des creux de 12 mètres.
Les premières estimations parlent de 70 conteneurs. Le bilan monte ensuite à 76. L'un d'eux transportait près de 2,7 tonnes d'acide sulfurique. Il n'a jamais été retrouvé. Selon les autorités, l'eau de mer devait neutraliser l'acide.
Ce genre d'accident reste rare. D'après le World Shipping Council, cité par la BBC, sur environ 218 millions de conteneurs transportés chaque année, un peu plus de 1 000 passent par-dessus bord.
Des Açores à la Bretagne
Les premières chaussures apparaissent en septembre 2018 aux Açores, six mois après la tempête. Sur l'île de Flores, le ramasseur Gui Ribeiro en collecte une soixantaine en quelques mois, des Nike et d'autres marques.
Fin mars 2019, Liam MacNamara trouve une tong à Fanore, dans le comté de Clare, sur la côte ouest de l'Irlande. Puis des dizaines d'autres chaussures. Il en ramasse plus d'une centaine. Aucune n'est portable, et certaines portent des traces de morsures. Il a résumé sa collecte au Post and Courier (propos traduits de l'anglais) :
La plupart portent la marque Nike.
Grâce à un réseau de ramasseurs, il recense d'autres échouages à Valentia, dans le Donegal, dans le Connemara, en Cornouailles, à Jersey, en Espagne et en France, à Brest et ailleurs en Bretagne. La BBC en a aussi signalé aux Bermudes, aux Bahamas et jusqu'aux Orcades, en Écosse.
Un parc aquatique américain confirme
Le lien avec le Maersk Shanghai vient d'abord des ramasseurs. Certaines tongs portent l'inscription « Outer Banks », le nom du cordon d'îles de Caroline du Nord. Beaucoup affichent le logo de Great Wolf Lodge, une chaîne d'hôtels américaine dotée de parcs aquatiques couverts.
Interrogées par la BBC, Great Wolf Lodge et la marque Triangle ont confirmé que leurs produits se trouvaient à bord. Nike, dont les modèles dominent les découvertes, a refusé de commenter. Contactée par le Clare Echo, la marque a assuré ne pas avoir connaissance de conteneurs perdus.
Liam MacNamara connaît ce genre de marée. Quatre ans plus tôt, des cartouches d'encre avaient commencé à arriver aux Açores puis dans le nord du comté de Clare, par centaines de milliers. Selon lui, Hewlett Packard avait alors reconnu sa responsabilité. Cette fois, il doute qu'une entreprise fasse de même.
Le pied gauche et le pied droit ne voyagent pas ensemble
Pour traverser l'océan, les chaussures ont suivi le Gulf Stream, puis le grand courant circulaire de l'Atlantique Nord, qui tourne dans le sens des aiguilles d'une montre. Comme les millions de Lego tombés d'un cargo que la mer rend encore des décennies plus tard, elles peuvent dériver très longtemps.
L'océanographe américain Curtis Ebbesmeyer, qui a travaillé avec Nike au début des années 1990, estime qu'un seul conteneur peut contenir environ 10 000 baskets. Il a relevé un détail étonnant : une chaussure gauche et une chaussure droite n'offrent pas la même prise au vent. Elles dérivent différemment et finissent souvent sur des plages différentes.
Les semelles posent le vrai problème. Elles sont en plastique et ne disparaissent jamais complètement, souligne Liam MacNamara. Selon la Marine Conservation Society, elles se fragmenteront en microplastiques. Le voyage n'est peut-être pas terminé : d'après Curtis Ebbesmeyer, une boucle complète de l'Atlantique Nord prend environ trois ans.
Source : Island Free Press & Clare Echo
