Elle commande deux spritz, un toast et un croissant à Venise : l'addition grimpe à 72 euros, dont 7 euros pour l'orchestre qui jouait en terrasse

À Venise, une touriste a partagé le ticket de sa pause au Caffè Florian : 72 euros pour deux, dont un supplément de 7 euros pour l'orchestre.

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Un toast, un croissant garni et deux Aperol Spritz. La commande n'avait rien d'extravagant, mais le décor, lui, l'était : la terrasse du Caffè Florian, sur la place Saint-Marc, à Venise. Au moment de payer, une professionnelle originaire de Lucca, en Toscane, a découvert une addition de 72 euros. Et, tout en bas du ticket, une ligne qui l'a fait réagir bien plus que les autres : «supplemento musica», 7 euros.

La scène s'est déroulée un mardi de septembre. La touriste, venue avec un accompagnateur, a partagé la photo de son ticket sur les réseaux sociaux, puis a raconté l'épisode au Corriere Fiorentino. Le reçu a rapidement fait le tour du web italien et relancé un débat bien connu à Venise : que paie-t-on vraiment en s'asseyant dans l'un des cafés les plus célèbres du monde ?

65 euros de consommations, 7 euros pour l'orchestre

Le détail du ticket, publié par le quotidien toscan et repris par de nombreux médias italiens, ne laisse pas de place au doute. Le toast classique est facturé 15 euros. Le croissant salé à la tomate et à la mozzarella coûte 16 euros. Les deux Aperol Spritz sont comptés 17 euros chacun, soit 34 euros. Ces consommations totalisent 65 euros.

Les 7 euros restants correspondent au supplément musique. Ce jour-là, un petit ensemble de trois musiciens jouait devant les tables du café. La cliente ne s'est pas dite scandalisée par les prix, qu'elle savait élevés à cet endroit. C'est surtout cette ligne qui l'a amusée :

«Nous savions qu'en nous asseyant aux tables de ce café si réputé, et justement sur la place Saint-Marc, le prix serait salé, mais quand j'ai lu cette ligne sur le ticket, j'avoue que je n'ai pas pu m'empêcher de rire.»

Ces propos, traduits de l'italien, ont été recueillis par le Corriere Fiorentino. La touriste a ajouté, avec une pointe d'ironie, que les voyageurs japonais assis autour d'elle lui semblaient nettement plus perplexes.

Un supplément annoncé avant même de commander

Contrairement à ce que laisse penser l'emballement en ligne, ce supplément n'avait rien de caché. D'après le récit de la cliente, un dépliant posé sur la table prévenait de cette possible majoration liée à la musique. Le site spécialisé Il Fatto Alimentare, qui a comparé le ticket aux tarifs du café, souligne aussi que les prix pratiqués, supplément compris, figuraient sur la carte consultable avant de commander. Le même menu affiche d'ailleurs un petit-déjeuner à 60 euros et une bouteille d'eau minérale à 11 euros.

Plusieurs médias italiens rappellent que la pratique est légale. Un établissement peut facturer un supplément pour de la musique jouée en direct, à condition de l'avoir annoncé clairement et à l'avance, par exemple sur la carte, sur un panneau ou sur un document laissé à table. Ce qui devient contestable, c'est un supplément que le client ne découvre qu'au moment de payer.

Le Florian n'est pas un cas isolé. D'autres établissements italiens facturent aussi la musique : récemment, lors d'une soirée d'été à Ischia, un couple avait trouvé sur sa note une ligne «supplément musique» de 2 euros par personne, pour un piano-bar.

Un café ouvert en 1720 et un orchestre depuis plus d'un siècle

Pour comprendre ce supplément, il faut revenir à l'histoire du lieu. Le Caffè Florian a ouvert ses portes en 1720 sous les arcades de la place Saint-Marc, d'abord sous le nom «Alla Venezia Trionfante», avant de prendre celui de son fondateur, Floriano Francesconi. Goldoni, Casanova, Lord Byron ou encore Charles Dickens figurent parmi les clients célèbres qui ont forgé sa légende.

L'orchestre est arrivé au début du XXe siècle. Sur son site, le café explique avoir alors adopté la tradition européenne du café-concert, avec un orchestre permanent. Pendant la belle saison, d'avril à octobre, ses musiciens passent des romances aux airs d'opéra, de la musique classique aux succès plus récents. C'est ce concert en plein air, audible depuis une bonne partie de la place, que le café fait apparaître sur l'addition de ses clients attablés.

«On paie l'histoire» : les internautes divisés

Sur les réseaux sociaux, les réactions se sont vite partagées en deux camps. D'un côté, ceux qui jugent ces tarifs déconnectés de la réalité et y voient le symbole d'une ville d'art devenue inaccessible. De l'autre, ceux qui rappellent qu'une table face à la basilique, dans l'un des plus anciens cafés d'Europe, n'a rien d'une terrasse ordinaire. Certains commentateurs, cités par Leggo, estiment qu'au Florian on paie aussi l'histoire, et que des centaines de petits bars moins chers existent ailleurs dans la ville.

D'autres relèvent le paradoxe : pourquoi les 7 euros de musique font-ils davantage réagir que les 17 euros demandés pour un seul spritz ? Et plusieurs prennent la défense des musiciens, en rappelant qu'un orchestre qui joue en direct n'a pas vocation à être gratuit.

À Venise, le coût d'une visite ne se limite d'ailleurs plus à l'addition. Certains jours de forte affluence, la ville fait aussi payer une taxe d'accès aux visiteurs qui ne restent qu'une journée, fixée entre 5 et 10 euros en 2026. Pour ceux qui rêvent d'un spritz en musique place Saint-Marc, le petit dépliant posé sur la table mérite donc d'être lu avant la première gorgée.

Source : Caffè Florian et Open

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.

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