Environ 100 euros par mois pour une maison de deux chambres avec jardin. C'est le loyer que paie aujourd'hui Ibon Berasategui, 32 ans, depuis qu'il a quitté Saint-Sébastien, au Pays basque espagnol, pour un minuscule hameau des Asturies. Selon le quotidien El Español, le village ne compte que 18 habitants.
Le jeune homme raconte sa nouvelle vie sur sa chaîne YouTube, Crónicas Berasategui, où il détaille ses dépenses sans rien cacher. Son témoignage a été repris cet été par plusieurs médias espagnols, dont El Español et la radio COPE. Le nom du hameau, lui, n'a pas été rendu public.
Un rêve d'enfant et une ancienne étable
Le bruit, la pollution, les prix qui s'envolent, la gentrification : c'est de tout cela qu'Ibon dit avoir voulu s'éloigner. Mais son projet remonte bien plus loin. D'après El Español, il imagine depuis l'âge de 8 ans la maison de ses rêves : une bâtisse au milieu d'un pré, entourée de poules, d'arbres fruitiers et d'un potager.
Pour s'en rapprocher, il a acheté une ancienne étable, qu'il a fait requalifier en habitation avant d'en commencer la rénovation. Il ne dévoile pas le prix du bâtiment, mais précise que le seul changement d'usage lui a coûté entre 10 000 et 15 000 euros. Pour comparer, il cite un voisin qui s'est fait construire une maison d'environ 100 mètres carrés pour 140 000 euros.
Le chantier n'est pas terminé. En attendant de pouvoir emménager dans son étable, Ibon vit en location dans le hameau. Il lui a fallu environ deux mois pour trouver ce logement, indique COPE. La maison compte deux chambres, un salon, une cuisine, un jardin et un rez-de-chaussée qu'il utilise comme grenier et salle de sport.
Loyer, eau, électricité : le détail de ses dépenses
Ce sont surtout les factures qui ont fait réagir. Dans une vidéo, Ibon s'étonne du prix de l'eau : « C'est ridicule, mais ici on paie 5 euros par an pour l'eau », rapporte El Español (traduit de l'espagnol).
Tous les foyers ne paient pourtant pas la même chose. Un autre habitant lui a expliqué que sa facture d'eau représentait un montant fixe de 50 à 60 euros par an, soit environ 5 euros par mois. Les sommes varient donc d'une maison à l'autre, mais restent très loin de ce que l'on paie en ville.
Même constat pour l'électricité. Un voisin débourse entre 17 et 18 euros par mois, si peu qu'installer des panneaux solaires ne vaudrait pas la peine, selon lui. Axel, l'ami d'Ibon, affirme payer environ 12 euros par mois pour recharger son ordinateur et son téléphone, plus 16 euros pour une bouteille de gaz qui lui dure environ un mois et demi. Kiko, un autre habitant mieux équipé en électroménager, paie plutôt autour de 60 euros.
Côté alimentation, Ibon estime dépenser entre 100 et 120 euros par mois pour lui et sa chienne, en privilégiant les produits frais. D'après COPE, il paie le poulet 3 euros le kilo, contre environ 8 euros à Saint-Sébastien. En additionnant loyer, courses, eau, électricité et gaz, il arrive à environ 250 euros par mois, hors téléphone et internet.
Ce n'est pas gratuit de vivre ici, mais c'est moins cher.
La phrase d'Ibon, citée par COPE (traduite de l'espagnol), résume bien son discours : il ne présente pas son hameau comme un endroit où l'on ne paie plus rien.
Pourquoi l'immobilier y coûte si peu
L'écart est encore plus frappant pour l'achat d'un logement. El Español s'appuie sur les indicateurs urbains de l'Institut national de la statistique espagnol : en 2024, le mètre carré atteignait 5 317 euros à Saint-Sébastien, la ville qu'Ibon a quittée. Dans les zones purement rurales, le ministère espagnol du Logement l'estime entre 300 et 450 euros, car le manque d'acheteurs ramène les prix au coût de la construction.
Ces tarifs ont une contrepartie : l'offre est rare. Ibon a dû chercher deux mois avant de trouver sa location, et il insiste dans ses vidéos sur le fait qu'il veut montrer à quoi ressemble la vie rurale, pas jouer les agents immobiliers. Son conseil à ceux qui hésitent tient en une idée : s'il a trouvé, d'autres peuvent sans doute trouver aussi.
Il n'est pas le seul à avoir tenté ce pari dans la région. Estrella, ancienne aide-soignante à Barcelone, a acheté trois maisons centenaires pour 34 000 euros dans un hameau des Asturies.
« Tu vas être seul » : la peur qui l'a longtemps retenu
Si Ibon a mis autant de temps à partir, ce n'est pas pour une question d'argent. C'est la solitude qui lui faisait peur. Il admet s'être longtemps répété qu'il serait complètement seul dans un endroit aussi isolé. Autour de lui, les avertissements ne manquaient pas.
C'étaient des idées que les gens me mettaient dans la tête : « tu vas être seul », « tu ne trouveras personne », « tu es trop jeune pour partir ». Alors je repoussais toujours.
Ces mots, rapportés par El Español (traduits de l'espagnol), montrent à quel point le regard des autres a pesé. C'est finalement Axel, un ami nomade numérique qui travaille à distance, qui l'a poussé à franchir le pas et à s'installer loin de Saint-Sébastien. Une fois sur place, Ibon s'est rendu compte qu'il appréciait la solitude et qu'aucun obstacle réel ne l'empêchait de partir. Ne restait plus qu'à terminer l'étable.
Source : El Español
