En remuant des feuilles mortes ou en entretenant votre jardin, vous pourriez découvrir un petit groupe d’œufs blanchâtres. S’il s’agit d’œufs de serpent, mieux vaut interrompre votre nettoyage à cet endroit : leur destruction ou leur enlèvement sont interdits en France métropolitaine, où les espèces sauvages de serpents sont protégées.
Une atteinte à ces espèces peut exposer son auteur à trois ans de prison et à 150 000 euros d’amende. Mais attention à ne pas tirer de conclusions trop vite : des petites boules blanches ne suffisent pas à identifier une ponte, et ce montant n’est pas une amende automatiquement appliquée à chaque découverte ou maladresse.
Reconnaître une ponte sans la manipuler
Les œufs de serpent sont généralement allongés ou ovales, plutôt que parfaitement ronds. Leur couleur peut être blanche ou crème, et leur enveloppe souple, un peu caoutchouteuse, diffère de la coquille dure des œufs d’oiseaux. Ils peuvent être regroupés. Ces caractéristiques constituent des indices, mais ne permettent pas, à elles seules, de reconnaître précisément l’espèce concernée.
N’essayez donc pas de tester leur souplesse en les pressant ou de les séparer pour mieux les examiner. Si vous avez un doute, laissez la découverte en place et demandez conseil avant de reprendre vos travaux. Une photographie prise sans déplacer les œufs permet de montrer ce que vous avez trouvé, tout en préservant les lieux.
Une ponte de serpent peut notamment appartenir à certaines couleuvres. Toutes ne se reproduisent toutefois pas de cette manière : la LPO rappelle que la coronelle lisse met au monde des petits déjà formés, après un développement dans le corps de la femelle. La présence de serpents dans un jardin ne signifie donc pas nécessairement que vous y trouverez des œufs.
Jusqu’à 150 000 euros d’amende, sous quelles conditions ?
Les tas de végétaux constituent des lieux de ponte possibles. La LPO cite notamment la couleuvre helvétique, qui apprécie le compost : la fermentation des matières végétales produit une chaleur favorable au développement de ses œufs. Un tas destiné au jardinage peut ainsi devenir un site de reproduction qu’il faut préserver.
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L’arrêté du 8 janvier 2021 interdit, sur tout le territoire métropolitain et en tout temps, la destruction ou l’enlèvement des œufs et des nids des serpents concernés. La protection ne se limite donc ni aux animaux adultes ni aux espaces naturels spécialement protégés. Le fait de découvrir une ponte sur son propre terrain ne permet pas de la supprimer ou de l’emporter.
Selon l’article L. 415-3 du Code de l’environnement, une atteinte à la conservation d’espèces animales protégées, commise intentionnellement ou par négligence grave en violation des interdictions applicables, peut être punie de trois ans d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende. Ce sont les peines maximales encourues pour ce délit, et non un tarif forfaitaire pour tout œuf accidentellement endommagé.
La distinction entre une simple maladresse et une négligence grave compte donc dans l’appréciation des faits. Autre précision importante : le plafond de l’amende est doublé lorsque les infractions concernées sont commises dans le cœur d’un parc national ou dans une réserve naturelle, et non dans n’importe quelle partie d’un parc national.
Que faire si vous trouvez des œufs dans votre jardin ?
Le premier réflexe consiste à laisser la ponte tranquille. Évitez de creuser, de retourner la terre ou de remuer le compost à cet emplacement. Ne transportez pas les œufs dans une boîte pour les faire éclore chez vous : la protection des spécimens concerne aussi leur détention et leur transport, pas seulement leur destruction.
Si vous découvrez également un serpent dans votre jardin, observez-le à distance sans chercher à l’attraper. La Société herpétologique de France recommande de le photographier, même de loin, pour permettre une identification et obtenir des conseils adaptés. Évitez de considérer tout serpent comme inoffensif : une manipulation peut provoquer une morsure, même si l’animal cherche habituellement à fuir.
En cas d’inquiétude ou de travaux prévus à proximité, contactez une association spécialisée ou un médiateur du réseau SOS serpents. La SHF explique que ces interlocuteurs, bénévoles ou salariés de structures partenaires, accompagnent les particuliers pour trouver une solution. Leur rôle ne se résume pas à venir enlever les animaux : le conseil peut permettre de préserver la ponte sur place.
Un éventuel déplacement doit respecter le cadre des dérogations à la protection des espèces. L’article L. 411-2 prévoit notamment l’absence d’autre solution satisfaisante et le maintien des populations dans un état de conservation favorable. Faire appel à un professionnel ne dispense donc pas des autorisations nécessaires : demandez d’abord quelle intervention est possible et légalement encadrée.
Sources : Code de l’environnement, article L. 415-3 et Société herpétologique de France
