Le bruit, la pollution, les prix qui grimpent : Ibon Berasategui a fini par tourner le dos à tout cela. À 32 ans, cet Espagnol a quitté Saint-Sébastien, au Pays basque, pour un hameau des Asturies qui ne compte que 18 habitants.
Là-bas, il a acheté une ancienne étable qu’il transforme en maison. Et il découvre des factures qui n’ont plus rien à voir avec celles de la ville. Il raconte cette nouvelle vie sur sa chaîne YouTube, Crónicas Berasategui, et son témoignage a été relayé en juillet par le quotidien espagnol El Español.
Une ancienne étable pour réaliser un rêve d’enfant
Ce départ ne doit rien au hasard. Depuis ses 8 ans, Ibon a en tête la maison de ses rêves : une bâtisse au milieu d’un pré, avec des poules, des arbres fruitiers et un potager.
Pour s’en approcher, il a choisi une voie peu commune. Il a acheté une étable, obtenu son changement d’usage pour qu’elle devienne officiellement un logement, puis lancé les travaux. Il ne dit pas combien lui a coûté le bâtiment. En revanche, il chiffre la seule démarche administrative : entre 10 000 et 15 000 euros.
L’écart avec la ville qu’il a quittée reste énorme. D’après les chiffres de l’Institut national de la statistique espagnol cités par El Español, le mètre carré atteignait 5 317 euros à Saint-Sébastien en 2024. Entre une grande ville et une commune de moins de 10 000 habitants, la différence peut approcher 4 000 euros par mètre carré. Dans les zones purement rurales, le ministère espagnol du Logement situe même les prix entre 300 et 450 euros.
Ibon cite aussi l’exemple d’un voisin, qui s’est fait construire une maison d’environ 100 mètres carrés pour 140 000 euros. Dans l’Espagne rurale, certaines communes vont encore plus loin pour attirer du monde, comme ce village de 40 habitants qui proposait une maison gratuite et un CDI.
5 euros d’eau par an, 18 euros d’électricité chez son voisin
Mais ce sont les petites dépenses du quotidien qui étonnent le plus le trentenaire. Dans l’une de ses vidéos, il s’en amuse lui-même (propos traduits de l’espagnol) :
« C’est ridicule, mais ici on paie 5 euros par an pour l’eau, je trouve ça incroyable. »
Pour l’électricité, le chiffre qui circule mérite une précision. Il ne s’agit pas de sa propre facture, mais de celle d’un voisin, qui paierait entre 17 et 18 euros par mois. « Ça ne vaut même pas le coup qu’il installe un panneau solaire, il ne paie rien », plaisante Ibon.
Comment expliquer de tels montants ? Le jeune homme n’a pas montré de facture et le hameau n’est pas nommé. Selon le site espagnol Finantres Noticias, qui a épluché ses vidéos, le village dispose d’une source toute proche, ce qui expliquerait le prix de l’eau. Le média rappelle aussi qu’une facture d’électricité dépend de la puissance souscrite et de la consommation de chaque foyer. Autrement dit, ces chiffres valent pour ce hameau, pas pour toutes les campagnes espagnoles.
En attendant la fin du chantier, Ibon ne vit pas encore dans son étable. Il loue une maison dans le village avec Axel, un ami nomade numérique. Toujours selon Finantres Noticias, le loyer s’élèverait à 150 euros par mois pour la maison entière. Quant aux services, ils se trouveraient à 10 ou 15 minutes, assure-t-il.
« Tu vas être seul » : la peur qui l’a longtemps retenu
Sur le papier, tout semblait simple. Pourtant, Ibon a mis du temps à partir. Ce qui le freinait, c’était la solitude. « Je me disais toujours : je vais être plus seul que jamais », reconnaît-il.
Son entourage n’a rien arrangé. Le jeune homme se souvient des phrases qu’il entendait à l’époque :
« C’étaient des croyances que les gens m’avaient mises dans la tête : “tu vas être seul”, “tu ne trouveras personne”, “tu es trop jeune pour déménager”. Alors je repoussais sans cesse. »
C’est justement Axel qui l’a encouragé à sauter le pas et à s’éloigner de Saint-Sébastien. Ibon a fini par se rendre compte qu’il appréciait la solitude et que rien ne l’empêchait vraiment de partir.
D’autres vont chercher cette vie moins chère beaucoup plus loin, à l’image de cette famille britannique partie vivre en Thaïlande dans une villa avec piscine à 815 euros par mois. Ibon, lui, n’a parcouru que quelques centaines de kilomètres.
Sa maison au milieu d’un pré, celle qu’il imaginait à 8 ans, est encore en chantier. Mais il en possède déjà les murs.
Source : El Español
