Il achète un terrain abandonné dans les montagnes pour 38 000 euros : ses légumes finissent dans des restaurants étoilés Michelin, et il refuse 700 000 euros

Cristian Gonzalez a refusé une offre de 700 000 euros pour le rachat de son terrain afin de poursuivre son projet d'agriculture éco-responsable

Ajoutez-nous sur Google Commentaires

En Espagne, Cristian Gonzalez, un agriculteur âgé de 46 ans, aurait pu toucher un beau pactole en revendant sa ferme, qui produit des légumes demandés dans les restaurants étoilés.

Direction Bustarviejo, dans la Sierra Norte, près de Madrid, à 1 300 mètres d’altitude. Niché dans les montagnes, un ingénieur technique agricole cultive un hectare de terre qui n’avait plus été exploitée depuis vingt ans au moment de son installation.

Cristian González a acheté ce terrain abandonné en 2014 pour la modique somme de 38 000 euros. Il y a alors développé son exploitation éco-responsable baptisée La Huerta de Abril. À l’époque, la parcelle était loin de ressembler à l’exploitation actuelle. Il a fallu la remettre en état et composer avec l’agriculture de montagne.

Des investissements conséquents pour bâtir

Derrière le prix d’acquisition modeste, les dépenses se sont rapidement accumulées. La clôture du terrain a représenté près de 18 000 euros, tandis qu’une pergola destinée à la vente sur place lui en a coûté 20 000. Il a aussi déboursé 7 000 euros pour une citerne et, certaines années, entre 4 000 et 5 000 euros pour les plants et les semences.

À cela s’ajoutent l’arrosage, les filets de protection et d’autres équipements. L’investissement réel dépasse donc largement les 38 000 euros de départ. Cependant, Cristian González aurait pu faire le choix de toucher un retour intéressant sur son investissement, lorsqu’un proche lui a proposé de racheter son terrain pour la somme de 700 000 euros.

Aujourd'hui, sa ferme emploie sept personnes et fonctionne selon les principes de l’agriculture biologique. Son laboratoire botanique abrite une banque de semences impressionnante qui dépasse les 3 000 variétés traditionnelles et locales. Il s'attache à faire vivre plus de 210 variétés de légumes pour la consommation humaine, dont 40 types de tomates qui restent son produit phare.

Ses récoltes sont vendues directement à la propriété, mais elles intéressent aussi des professionnels de la restauration. Une partie des légumes prend notamment la direction de cuisines distinguées par le guide Michelin, dont celle du restaurant Pabú, situé à Madrid.

Il refuse une offre de 700 000 euros

C’est dans ce contexte de succès d'estime que l’offre est arrivée sur la table mais l’agriculteur a préféré refuser les 700 000 euros, et ce malgré l’imprévisibilité du métier, toujours dépendant du climat qui peut être capricieux. Par exemple, gérer les cultures et la récolte commence dès 6 heures du matin en été pour éviter le soleil de plomb en milieu de journée.

En six ans, deux violents épisodes de grêle ont frappé l’exploitation. L’un d’eux a failli provoquer sa fermeture. Pour poursuivre l’activité, Cristian et son équipe ont dû solliciter le soutien du public, en proposant à l’avance des produits et des expériences à réserver pour la saison suivante.

Le risque fait partie du métier, comme la difficulté de rémunérer le travail fourni. À La Huerta de Abril, les tomates se vendent généralement entre 5 et 6,50 euros le kilo. Un tarif que Cristian justifie par les frais engagés, la qualité recherchée et le soin apporté aux cultures.

La suite après cette vidéo

Un héritage à léguer plus qu’une opération commerciale

Son terrain ne produit pas à l’échelle des grandes exploitations industrielles. Ici, les quantités restent limitées et chaque récolte dépend des conditions météorologiques. La réputation acquise auprès des restaurateurs ne transforme donc pas automatiquement cette activité en affaire très rentable.

Si Cristian a refusé cette offre, c’est tout simplement pour continuer son projet agricole qu'il estime plus important que lui. En effet, sa connaissance qui voulait racheter l’exploitation voulait utiliser les lieux pour organiser des événements. Pour lui, la ferme représente aussi un lieu de travail, une manière de produire autrement et un projet auquel il tient personnellement.

L’agriculteur espère même que l’aventure lui survivra, espérant que l’une de ses filles reprenne le flambeau, tout en sachant qu’une telle décision ne dépend pas de lui.

« Je sais que c’est difficile, mais oui, j’aimerais bien. Ce que je fais, en réalité, c’est pour laisser un héritage à ma famille et à l’humanité »

Une conviction qui pèse, à ses yeux, davantage que les 700 000 euros proposés. Cependant, cette histoire d’offre refusée a apporté de la lumière sur son projet agricole sur le plan médiatique.

En plus de la vente directe et de la restauration, la ferme s'est transformée en un véritable laboratoire naturel qui abrite des milliers de semences traditionnelles. Elle accueille le public le week-end, permettant notamment aux familles de venir cueillir elles-mêmes des fruits rouges (fraises, mûres, groseilles). Un aspect qui permet de renforcer la présence ludique de l'exploitation agricole au sein de la communauté environnante de la région.

Suivez-nous sur Google

Jérémy Birien

Au sujet de l'auteur :

Journaliste et expert des médias digitaux avec plus de 15 ans d'expérience, Jeremy Birien collabore avec la rédaction de Demotivateur depuis plus de 10 ans. Diplômé de l'ISFJ avec un Master en Journalisme (Bac +5), il a forgé son expertise au sein de médias leaders tels que Melty et Jellysmack. Spécialiste des nouveaux formats d’information et ambassadeur voyage, il apporte son regard acéré et sa rigueur éditoriale pour décrypter l'actualité, les tendances de société et l'évasion. Son parcours académique et sa maîtrise historique de la ligne éditoriale de Demotivateur.

À lire aussi