En Tasmanie, Rainer Oberle a posé sa petite maison au centre d'une serre commerciale de 300 mètres carrés. Autour de sa chambre et de sa cuisine poussent des légumes, des herbes aromatiques et des cultures de saison, dont une partie part chaque semaine vers la cuisine d'un restaurant.
Vivre sous verre, au milieu de ses plantes : l'idée paraît farfelue, elle a pourtant mûri pendant plus de quarante ans. Horticulteur d'origine allemande, Rainer Oberle travaillait aux Pays-Bas au début des années 1980 lorsqu'il a entendu parler d'un homme qui habitait dans une serre. L'image ne l'a plus jamais quitté.
Aujourd'hui, c'est lui qui vit ainsi, sur un petit terrain de Saltwater River, dans le sud-est de l'île australienne. Son quotidien a été présenté au printemps 2026 par la chaîne YouTube Living Big in a Tiny House, spécialisée dans les mini-maisons. Et la visite réserve plus d'une surprise.
Une serre arrivée des Pays-Bas dans un conteneur

Le parcours de Rainer Oberle commence dans le pays qu'il considère comme la capitale mondiale de l'horticulture. C'est au contact des serres néerlandaises, parmi les plus avancées au monde, qu'il découvre ce concept de vie au milieu des cultures, selon le journal local Tasmanian Country.
Sa carrière le mène ensuite dans plusieurs pays. À la fin des années 1990, un séjour de quatre semaines en Tasmanie le convainc de s'y installer. L'immigration n'est pas simple, mais son expertise lui ouvre les portes : en 2007, il vit sur l'île, où il enseigne l'horticulture et travaille comme guide touristique.
En 2021, il se lance enfin. Il fait venir une serre commerciale des Pays-Bas, livrée en pièces détachées dans un conteneur, puis l'assemble sur place. Il faudra environ deux ans de planification et de travaux pour que la structure de plus de 300 mètres carrés soit terminée. Elle est aujourd'hui équipée de capteurs qui mesurent la température ou la vitesse du vent, et l'horticulteur peut ajuster ses réglages depuis son smartphone.
C'était une expérience au départ, mais le résultat a dépassé tout ce que j'imaginais.
Cette phrase, confiée au Tasmanian Country en 2024 et traduite de l'anglais, résume bien l'état d'esprit du projet.
Une maison pensée pour résister à l'humidité
Habiter dans une serre pose un problème évident : l'humidité. Pour éviter que la condensation ne s'accumule dans les murs, la tiny house a été très fortement isolée, avec une attention particulière portée à la gestion de la température et de la vapeur d'eau.
En contrepartie, la serre offre un confort que peu de maisons connaissent. Même par temps froid ou pluvieux, Rainer Oberle peut s'asseoir au sec, entouré de verdure, dans un environnement stable. Il n'a pas besoin de sortir pour aller au jardin : il y vit déjà. Des plantes grimpantes recouvrent peu à peu les façades extérieures de la maison, ce qui lui apporte de l'ombre et aide à réguler la chaleur.
À l'intérieur, tout est pratique et souvent fait main. Une grande partie du mobilier a été fabriquée à partir de matériaux de récupération, et plusieurs éléments sont montés sur roulettes pour modifier l'agencement selon les besoins. La douche est simple et ouverte, et les toilettes sont installées à l'écart de la maison.
Le détail le plus étonnant concerne la cuisine : le four est lui aussi sur roulettes. En été, l'horticulteur peut le faire rouler dehors pour cuisiner sans surchauffer sa petite maison.
Des légumes pour un restaurant et un budget réduit au minimum
Cette serre n'est pas qu'un lieu de vie : c'est aussi l'outil de travail de Rainer Oberle. Sous le nom de Planet Bee, il gère seul une exploitation de légumes, d'herbes et de produits de saison, et fournit un restaurant de la région. En 2024, il livrait notamment Marla Singer, une table de Hobart, dont les commandes hebdomadaires se faisaient souvent à l'aveugle : le chef prenait ce que la serre avait de meilleur cette semaine-là.
L'horticulteur est convaincu qu'un petit espace très productif peut rapporter davantage, au mètre carré, qu'une exploitation de plusieurs dizaines d'hectares. Il reconnaît toutefois que les légumes seuls ne dégagent pas de gros bénéfices. Pour limiter les coûts, il évite au maximum les produits chimiques : face à l'aleurode, un petit insecte ravageur des serres, il a par exemple commandé 30 000 acariens prédateurs qui se nourrissent de ses œufs. Des oies entretiennent l'herbe autour de la serre.
Le vrai secret de son mode de vie tient surtout à ses dépenses. Ses infrastructures étant en grande partie payées, il peut vivre avec des revenus modestes. Il produit une bonne partie de sa nourriture, la complète par la pêche et la chasse, et pratique le troc quand il en a besoin.
Et le projet continue de grandir. Fin 2024, plus de 160 arbres fruitiers avaient déjà été plantés sur le terrain, avec l'ambition d'en faire un jour une véritable forêt fruitière : poires, pommes, feijoas, cerises, mûres et petits fruits. Passionné par les variétés anciennes, Rainer Oberle greffe les pommiers rares qu'il déniche pour les préserver. Une autre façon, pour lui, de vivre au milieu de ce qu'il cultive.
Ce n'est pas la première fois qu'une serre devient une maison : en Belgique, une architecte avait bâti son habitation sous une grande verrière pour ne plus payer ses factures. Retrouvez d'autres projets de mini-maisons dans notre dossier consacré aux tiny houses.
Source : Tasmanian Country & Living Big in a Tiny House
