Vingt-neuf parcelles d'environ 200 mètres carrés, un site réservé aux piétons, un parking relégué à l'entrée et des petites maisons en bois. À Grand-Champ, commune de près de 6 000 habitants située à 15 kilomètres de Vannes, dans le Morbihan, l'ancien camping municipal est devenu un quartier où l'on vit toute l'année en tiny house, en toute légalité.
Dix de ces maisons ont une particularité : ce sont des logements sociaux, loués entre 250 et 300 euros par mois par le bailleur du département. Les dix-neuf autres parcelles sont louées 150 euros par mois à des habitants qui viennent avec leur propre maison. Une précision compte : le terrain n'a rien de privé. Il appartient à la commune.
Des prix en hausse de plus de 30 % et des actifs sans solution
Le camping avait fermé au début des années 2000, faute de fréquentation. Une partie du site est devenue une aire de camping-cars en 2019. Restaient 8 000 mètres carrés.
Dans le même temps, l'immobilier s'est emballé. Dans son appel à candidatures de 2024, la mairie chiffre la hausse des prix à 30 à 35 % en trois ans et constate que ses actifs sont repoussés toujours plus loin de Vannes. Yves Bleunven, maire de 2014 à 2023, le résumait ainsi auprès du réseau de collectivités Bruded :
« Nous ne sommes pas en train d'arriver dans le mur, nous y sommes. »
L'idée de transformer le camping en quartier d'habitat léger émerge fin 2022, lors d'un colloque sur le logement des jeunes actifs organisé par la mairie. Elle a été menée à son terme par Dominique Le Meur, qui lui a succédé et a été réélue en mars 2026. Les premières maisons sont arrivées à l'été 2024.
Des tiny houses HLM, obtenues grâce à une dérogation
Dix parcelles ont été confiées à Morbihan Habitat, le bailleur social du département, qui y a installé dix petites maisons meublées à ossature bois, achetées 420 000 euros au total. Le bailleur parle d'une première en France, et le parcours a été long.
Une tiny house pouvait servir de domicile, mais elle n'entrait pas dans les cases du logement social : surface minimale, loyer plafonné au mètre carré, caractère mobile de l'habitat... Il a fallu garantir plus de 14 mètres carrés par logement, s'assurer que la CAF verserait bien les aides au logement, puis obtenir une dérogation de la préfecture. L'agrément est arrivé le 28 janvier 2025, environ un mois avant l'entrée des locataires.
La demande, elle, était là : plus de 80 dossiers ont été examinés pour attribuer les dix logements, en mars 2025. Gérard Liegard, directeur général adjoint de Morbihan Habitat, tempérait pourtant auprès de la Banque des Territoires :
« Le logement social en Tiny restera l'exception. »
Une exception que le bailleur se dit prêt à reproduire là où la tension est forte, et qu'il n'aurait pas pu équilibrer sans la mise à disposition gratuite du terrain par la mairie.
Un plan d'urbanisme modifié pour autoriser la vie à l'année
Encore fallait-il que ces maisons aient le droit de rester là. En France, une tiny house sur roues est le plus souvent traitée comme une caravane. Or, au-delà de trois mois par an sur un terrain, une caravane doit faire l'objet d'une déclaration en mairie, rappelle le site officiel Service Public. Tout dépend ensuite de ce que le plan local d'urbanisme (PLU) de la commune autorise. La loi Alur de 2014 a bien reconnu les « résidences démontables constituant l'habitat permanent de leurs utilisateurs », mais il faut qu'une mairie leur ouvre une zone.
Grand-Champ l'a fait. Le camping était classé en zone de loisirs. Une modification du PLU, applicable depuis octobre 2024, y a créé un secteur baptisé « Ubr », dédié à l'habitat léger réversible, où ces résidences démontables sont autorisées comme logement permanent. Un permis d'aménager, obtenu en mai 2024, a permis de réaliser les accès et les réseaux. Chaque installation fait ensuite l'objet d'une déclaration préalable.
Le choix du site compte aussi : le village réutilise un terrain déjà aménagé, avec des maisons conçues pour pouvoir être déplacées. Un atout au moment où les communes doivent limiter l'artificialisation des sols, objectif fixé par la loi Climat et résilience de 2021.
150 euros par mois pour poser sa maison, cinq ans maximum
Pour les particuliers, le principe est simple : la commune fournit la parcelle raccordée à l'eau, à l'électricité et à l'assainissement, l'habitant apporte sa tiny house. La redevance a été fixée à 150 euros par mois en 2024, hors charges (30 à 60 euros de provision).
La charte du village pose trois conditions : compter au moins un actif dans le foyer, y habiter en résidence principale et adhérer à l'association des habitants. Reste à financer la maison elle-même : l'une des premières habitantes, dont nous avions raconté l'installation fin 2024, avait payé la sienne 46 000 euros.
Le dispositif a aussi sa limite, écrite noir sur blanc : la convention d'occupation dure un an et ne peut être renouvelée que dans la limite de cinq ans.
Pour la commune, ces loyers n'ont rien de symbolique. L'aménagement du site a coûté environ 500 000 euros, dont 294 000 euros de subventions venues de l'État, de la région, du département et de l'agglomération de Vannes. Les 206 000 euros restants doivent être remboursés par les redevances, soit 34 000 euros de recettes par an.
Au printemps 2025, la mairie comme le bailleur disaient avoir été très sollicités par leurs homologues de toute la France. À Grand-Champ, on se gardait pourtant de crier victoire : pour la maire, le pari ne serait gagné que si ce lotissement d'un nouveau genre devenait un quartier de la commune comme les autres. Passer par un camping pour loger des tiny houses n'est d'ailleurs pas propre à la Bretagne : au Texas, une retraitée a fait enregistrer son terrain comme parc pour camping-cars pour y créer son village.
Source : Banque des Territoires & Bruded
