Après 13 vols sans jamais boucler un tour de la Terre, la plus grande fusée du monde tente ce lundi d'en faire six

Aucun des 13 vols de Starship n'a bouclé un tour complet de la Terre. Ce lundi, SpaceX vise six orbites et le largage de 26 satellites Starlink.

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Treize vols d'essai, trois ans de tirs, des explosions spectaculaires et un premier amerrissage en douceur en juillet. Mais pas un seul tour complet de la Terre. Ce lundi 28 septembre, SpaceX veut combler ce manque d'un coup : sa mégafusée Starship doit décoller à 14h15 heure de Paris depuis Starbase, au Texas, se placer en orbite, larguer 26 satellites Starlink et tourner environ six fois autour de la planète avant de retomber dans le Pacifique.

La fenêtre de tir dure 75 minutes. L'autorité américaine de l'aviation, la FAA, a délivré la licence de lancement le 26 septembre, et des dates de repli sont prévues les 29 et 30 septembre en cas de météo défavorable ou de souci technique. Le vol, le quatorzième du programme, avait d'abord été annoncé pour le 22 septembre.

Pourquoi l'orbite change tout

Jusqu'ici, SpaceX a volontairement cantonné Starship à des trajectoires suborbitales : le vaisseau monte dans l'espace, décrit un grand arc et retombe dans l'océan avant d'avoir fait le tour du globe. Une précaution de sécurité. Si un moteur refuse de se rallumer, l'engin revient de toute façon au-dessus de l'eau.

Ce lundi, la fusée partira encore sur ce type de trajectoire. Puis, si tous les voyants sont au vert, l'étage supérieur rallumera l'un de ses moteurs Raptor environ 25 minutes après le décollage pour s'installer sur une orbite circulaire à quelque 275 kilomètres d'altitude. Il lui faudra pour cela atteindre environ 28 000 km/h.

C'est la partie la plus difficile.

Interrogée par l'AFP, Kathleen Curlee, analyste spatiale à l'université Georgetown, explique que cette étape implique davantage de force et des calculs plus complexes, la fusée devant enchaîner des manœuvres sous des niveaux de gravité différents. Elle rappelle aussi qu'un simple décollage sans encombre serait déjà, du point de vue de l'ingénierie, une réussite.

26 satellites trop gros pour n'importe quelle autre fusée de SpaceX

La soute du vaisseau, baptisé Ship 41, ne sera pas vide. Elle transporte 26 satellites Starlink de troisième génération, dits V3. Chacun pèse environ deux tonnes et doit offrir, selon Starlink, une capacité de téléchargement d'un térabit par seconde, soit environ dix fois celle de la génération précédente. Trop lourds et trop encombrants pour la Falcon 9, le lanceur habituel de l'entreprise, ils ne peuvent être mis en orbite que par Starship.

Le largage doit commencer environ 34 minutes après le décollage et s'étaler sur une demi-heure, à raison d'un satellite par minute environ. Trois d'entre eux sont équipés de caméras supplémentaires pour filmer les tuiles du bouclier thermique du vaisseau. SpaceX dit pouvoir en embarquer jusqu'à 60 lors de futurs vols, mais s'est limité à 26 pour cette première.

En juillet, lors du treizième vol qui s'était achevé par un amerrissage intact dans l'océan Indien, Starship avait déjà éjecté 20 satellites V3. Mais faute d'orbite, ils étaient retombés et s'étaient désintégrés dans l'atmosphère, comme prévu. Cette fois, les satellites doivent rester là-haut et rejoindre la constellation.

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Dix heures de vol, et une fin dans le Pacifique

Une fois les satellites déployés, le vaisseau poursuivra sa route pendant plusieurs heures. Près de neuf heures après le décollage, un allumage de freinage d'environ 11 secondes doit le faire quitter l'orbite. L'amerrissage contrôlé est prévu environ une heure plus tard, dans le Pacifique au large de la côte ouest de l'Amérique du Sud.

Le premier étage, le propulseur Super Heavy (Booster 21), ne fera pas le voyage. Il doit retomber dans le golfe du Mexique quelques minutes après le décollage. Aucune tentative de capture par les bras géants de la tour de lancement n'est prévue, ni pour lui ni pour le vaisseau. SpaceX indique que, selon les résultats de ce vol, elle pourrait tenter d'attraper le vaisseau dès le quinzième vol.

Une pression qui dépasse la technique

L'enjeu est considérable. Une version modifiée de Starship doit servir d'atterrisseur lunaire pour le programme Artemis de la NASA, et le développement accumule les retards. La suite du calendrier passe par des étapes encore jamais réalisées, dont le ravitaillement en carburant d'un vaisseau déjà en orbite, indispensable pour aller jusqu'à la Lune.

Kathleen Curlee souligne auprès de l'AFP que l'entreprise doit aussi offrir des essais spectaculaires, faute de quoi le grand public et les investisseurs y verraient un échec. D'autant qu'une société chinoise a récemment progressé dans le domaine des fusées réutilisables. SpaceX domine pourtant toujours le marché mondial des lancements grâce à ses Falcon.

La date n'a rien d'anodin. Le 28 septembre 2008, il y a dix-huit ans jour pour jour, la petite Falcon 1 devenait la première fusée de SpaceX à atteindre l'orbite, après trois échecs. Starship, qui mesure 124 mètres de haut, tente ce lundi de réussir le même exploit.

Source : Spaceflight Now et Starlink

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.

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