Pour la première fois en 13 vols, le Starship de SpaceX n'a pas explosé en retombant : il flotte, intact, dans l'océan Indien

SpaceX a réussi le 24 juillet le 13e vol d'essai de Starship. Le vaisseau s'est posé en douceur dans l'océan Indien sans exploser, une première. Récit et images.

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Après douze vols d'essai qui se sont presque tous terminés en boule de feu, la plus grande fusée jamais construite a fait quelque chose d'inédit vendredi soir : elle s'est posée sur l'eau, doucement, et elle est restée entière.

Il était 17h51 heure du Texas, soit 00h51 dans la nuit du vendredi 24 au samedi 25 juillet à Paris, quand les 33 moteurs Raptor du booster Super Heavy ont arraché du sol les 124 mètres de l'engin depuis la base de Starbase, à Boca Chica. Un peu plus d'une heure plus tard, à l'autre bout du globe, au large de l'Australie-Occidentale, le vaisseau retombait dans l'océan Indien, basculait sur le flanc et se mettait à flotter. Sans exploser. Une première absolue en treize vols.

« Starship est intact, flotte dans l'océan et transmet sa télémétrie ! », a écrit Elon Musk sur X quelques minutes après l'amerrissage. Sur la retransmission en direct de l'entreprise, on entendait les ingénieurs hurler dans les salles de contrôle de Starbase et de l'usine de Hawthorne, en Californie.

« Le scénario de rêve » pour les ingénieurs

Le porte-parole de SpaceX, Dan Huot, n'a pas caché son émotion au micro. « C'est l'amerrissage le plus doux que nous ayons jamais eu avec un Starship dans l'océan Indien », a-t-il commenté pendant que les images d'un drone montraient le vaisseau ballotté par les vagues, quelques flammes orange léchant encore son nez. « C'est le scénario de rêve pour une équipe qui essaie de récupérer des données sur le bouclier thermique. »

Cette phrase résume tout l'enjeu. Le bouclier thermique, cette couche de tuiles céramiques qui protège le vaisseau quand il traverse l'atmosphère à des milliers de degrés, reste le talon d'Achille du programme. Jusqu'ici, les vaisseaux finissaient systématiquement détruits à l'impact, emportant avec eux une bonne partie des données. Cette fois, les caméras ont continué de filmer les six moteurs et les volets aérodynamiques, tous visiblement en bon état. SpaceX avait même peint plusieurs tuiles en blanc pour simuler des tuiles manquantes et suivre leur comportement.

Pour maximiser la moisson d'images, l'entreprise avait repoussé le tir de 24 heures. Pas à cause du vent ni de la foudre, mais de la visibilité au sol : les caméras longue focale devaient filmer le bouclier pendant la phase de pression aérodynamique maximale. Un report presque cosmétique, qui en dit long sur ce que SpaceX venait chercher.

Vingt satellites largués comme des bonbons

L'autre grande première de la soirée s'est jouée là-haut, en apesanteur. Le vaisseau a éjecté ses 20 satellites Starlink V3, la nouvelle génération du réseau internet de SpaceX, par une fente latérale, un à un, à la manière d'un distributeur de bonbons PEZ. Les derniers ont allumé de petits projecteurs pour se retourner vers le vaisseau avant de s'éloigner dans le noir.

Ces satellites sont trop grands pour tenir dans une Falcon 9 : ils ne peuvent voler que sur Starship. À terme, la fusée doit pouvoir en emporter 60 d'un coup. Comme le vol était suborbital, les 20 exemplaires largués vendredi sont retombés et se sont désintégrés dans l'atmosphère, comme prévu. Leur courte vie a suffi : SpaceX affirme avoir établi le contact avec chacun d'eux.

Le vaisseau a ensuite réussi le rallumage d'un moteur Raptor dans l'espace, une manœuvre ratée lors du vol précédent et absolument indispensable pour, un jour, entrer en orbite et en sortir.

Le seul raté : 5 moteurs sur 13

Tout n'a pas été parfait. Le booster Super Heavy, lui, a manqué son rendez-vous. Après une séparation propre et une manœuvre de retournement réussie, il devait ralentir sa chute au-dessus du golfe grâce à 13 moteurs. Seuls cinq se sont allumés.

« On dirait bien qu'on n'a pas allumé les 13 moteurs prévus pour cette première phase d'atterrissage », a reconnu Dan Huot en direct. « On visait un amerrissage plus doux et, comme vous l'avez vu, il est arrivé avec pas mal de vitesse. » Le booster a frappé durement la surface, les caméras coupant net.

Aucune capture par les bras de la tour Mechazilla n'était prévue ce jour-là, l'engin était de toute façon destiné à finir dans l'eau. Mais fiabiliser cet allumage reste le chantier numéro un avant d'espérer ramener un booster V3 à la maison.

Un vol qui avait très mal commencé

La campagne de tir a été laborieuse. Le 16 juillet, l'ordinateur de bord avait déclenché un arrêt automatique à la seconde même de l'allumage : quatre moteurs Raptor du booster refusaient de démarrer. SpaceX a remplacé les moteurs incriminés, puis a laissé passer une deuxième fenêtre le 23 juillet pour cause de météo.

Le 24 juillet aura donc été le bon. Coïncidence savoureuse : le tir tombait le jour du 57e anniversaire du retour sur Terre de l'équipage d'Apollo 11.

Et maintenant ? L'orbite, enfin

Il faut garder la mesure des choses. Après treize vols d'essai et trois ans de tirs, Starship n'a toujours pas bouclé une seule orbite complète autour de la Terre. Or la NASA a confié à SpaceX le soin de déposer les astronautes de la mission Artemis IV sur la Lune en 2028, avec une version dérivée de Starship. Le calendrier est serré, et la liste des démonstrations restantes est longue : vol orbital, capture du vaisseau par la tour, transfert de carburant dans l'espace, version habitée avec système de survie.

L'administrateur de la NASA, Jared Isaacman, a tout de même salué le tir sur X, estimant que les capacités de Starship, une fois opérationnelles, changeraient la donne.

Elon Musk, lui, vise déjà plus haut : sauf mauvaise surprise dans l'analyse des données, le prochain vol pourrait être le premier vol orbital du programme, avec une tentative de capture du vaisseau par les bras de la tour. Le booster suivant est déjà assemblé, et un quatorzième tir est envisageable dès la fin de l'été.

Pour l'heure, l'équipe savoure. « Je suis un peu sur un nuage, là », soufflait Dan Huot en fin de retransmission. « Wow. Le fameux numéro 13. Sacrée belle journée pour Starship. »

Sources : SpaceX, Space.com, CNN, UPI.

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Manon, c'est notre journaliste couteau-suisse. Gémeaux oblige, elle s'intéresse à tout : de la psychologie humaine aux mystères de la lune, en passant par l'art d'optimiser son intérieur et de pimper son quotidien. Elle adore aussi voyager et découvrir de nouveaux endroits dès qu’elle en a l’occasion. Pour elle, chaque détail de la vie pratique mérite une enquête approfondie. Son secret pour rester inspirée ? Le cinéma et les séries, qu'elle dévore sans modération avant de transformer ses réflexions en articles (vraiment) utiles.