Ce jour-là, Oliver Riedl ne s'attendait à rien de particulier. À l'automne 2025, ce père de famille passe son détecteur de métaux sur un champ cultivé près de Wesseling, petite ville des bords du Rhin au sud de Cologne. L'appareil sonne, et il sort de terre une pièce d'argent romaine. Puis une autre. Puis encore une autre. Arrivé à 15 pièces, il constate que le détecteur réagit toujours. Il arrête de creuser.
Détectoriste amateur disposant d'une autorisation officielle, il prévient aussitôt le service archéologique régional. Les fouilles qui suivent dépassent toutes les attentes : 934 deniers romains en argent, pour un poids total de 3,1 kilos. Selon le service d'archéologie du Landschaftsverband Rheinland (LVR), c'est le plus grand trésor monétaire de l'époque de l'empereur Hadrien jamais découvert en Allemagne, et le cinquième au monde pour cette période.
Pour moi, il était clair qu'il y avait quelque chose de plus gros dans le sol.
C'est ainsi qu'Oliver Riedl résume ce moment dans le communiqué du LVR (propos traduits de l'allemand). Plutôt que de continuer seul, il a laissé les professionnels prendre le relais, une attitude saluée par les archéologues.
Un pot calé avec de la paille, révélé aux rayons X
Sur place, l'équipe de l'antenne de Nideggen du service archéologique trouve des pièces en telle quantité qu'elle décide de prélever tout un bloc de terre, d'un seul tenant. Direction l'atelier de restauration du LVR-LandesMuseum de Bonn, où le bloc est radiographié avant d'être ouvert.
Les images révèlent des fragments d'un récipient en céramique et des restes de paille. Quelqu'un avait donc soigneusement rangé ses économies dans un pot rembourré de paille avant de l'enterrer. D'après le Smithsonian Magazine, les travaux agricoles ont ensuite fini par briser le récipient et disperser les pièces dans la terre alentour.
Une pièce vieille de 270 ans, toujours bonne pour payer
Le plus étonnant se cache dans les dates. La pièce la plus récente a été frappée en 124 ou 125 après J.-C., en plein règne d'Hadrien, empereur de 117 à 138 et resté célèbre pour le mur qui porte son nom dans le nord de l'Angleterre. La plupart des deniers sont pourtant plus anciens : ils datent de la dynastie flavienne, celle de Vespasien et de ses fils Titus et Domitien, qui ont régné de 69 à 96.
Et la doyenne du lot remonte à 148 avant J.-C., quand Rome était encore une République, sans empereur. Au moment où le trésor a été enfoui, cette pièce avait donc plus de 270 ans. Elle restait pourtant un moyen de paiement valable. Pour donner une idée de l'écart, c'est un peu comme régler ses courses aujourd'hui avec une pièce frappée sous Louis XV.
Selon Erich Claßen, archéologue en chef du LVR, l'essentiel de la somme aurait été réuni vers l'an 100, avant d'être enterré quelques décennies plus tard, au cours du deuxième quart du IIe siècle. Une fortune constituée sur la durée, peut-être transmise d'une génération à l'autre.
L'équivalent de six ans de solde d'un légionnaire
Que représentaient ces 934 deniers à l'époque ? Impossible de les convertir proprement en euros, mais le LVR propose un repère parlant. Un simple soldat de la légion touchait environ 300 deniers par an, dont près de la moitié était retenue pour sa nourriture et son équipement.
Un légionnaire aurait donc dû économiser l'intégralité de son argent disponible pendant environ six ans pour réunir le trésor de Wesseling.
Ce calcul est celui de Rahel Otte, l'archéologue qui a dirigé la fouille (propos traduits de l'allemand). Qui possédait une telle somme ? Elle reste prudente et évoque peut-être une personne vivant dans l'un des domaines agricoles romains de la région. Car Wesseling n'avait rien d'un coin perdu : la zone est restée sous contrôle romain d'environ 39 avant J.-C. jusqu'en 459, et la ville voisine, Colonia Claudia Ara Agrippinensium, l'actuelle Cologne, était un centre politique, militaire et économique majeur sur le Rhin, qui marquait alors la frontière de l'Empire.
Pourquoi personne n'est jamais revenu le chercher
Enterrer son argent n'avait rien d'extravagant. Comme le rappelle Erich Claßen, les banques n'existaient pas : cacher ses économies dans le sol permettait de les mettre à l'abri. La vraie énigme, c'est l'oubli. Pour l'archéologue, le propriétaire est peut-être mort avant d'avoir pu révéler la cachette à quelqu'un. Le secret serait parti avec lui.
Le numismate Marjanko Pilekić, du Musée historique allemand de Berlin, qui n'a pas participé aux travaux, relève un autre indice auprès de Live Science. Le trésor a été trouvé du côté romain de la frontière, tout près du limes qui longeait le Rhin. Dans ce cas, estime-t-il, on peut supposer avec prudence que les pièces ont été enfouies peu après la frappe de la plus récente. Au-delà de la frontière, chez les peuples que Rome qualifiait de barbares, ce type de dépôt était souvent enterré bien plus tard.
L'Europe livre régulièrement des trésors romains, comme ces pièces mises au jour par un blaireau qui creusait sa tanière en Espagne. Mais peu de dépôts du IIe siècle sont aussi fournis que celui de Wesseling, souligne le LVR.
D'après Euronews, les pièces appartiennent désormais au Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, et leur découvreur doit recevoir une récompense. Une partie du trésor a été présentée au public pour la première fois le 22 septembre au LVR-LandesMuseum de Bonn, et l'ensemble doit rejoindre l'exposition archéologique permanente du musée à partir de mars 2027. Le pot de paille aura attendu près de 1 900 ans avant que quelqu'un vienne enfin le chercher.
Source : Smithsonian Magazine & Live Science
