Il cherche un trésor pendant 16 ans : en 1985, ses plongeurs découvrent une cargaison estimée à 400 millions de dollars

En 1985, après 16 ans de recherches et la mort de son fils, Mel Fisher retrouve la cargaison du galion Atocha, coulé en 1622 au large de la Floride.

Ajoutez-nous à vos sources préférées

Le 20 juillet 1985, par 16 mètres de fond, à une quarantaine de milles à l'ouest de Key West, deux plongeurs remontent à la surface en gesticulant. Sur le bateau, l'équipage croit d'abord à un accident. Puis les deux hommes se mettent à crier qu'ils l'ont trouvé. Sous eux, des lingots d'argent s'entassent sur le sable, si nombreux que la fille du chasseur de trésor les décrira plus tard empilés comme du bois de chauffage, à perte de vue.

Kane Fisher, 26 ans, saisit la radio du Dauntless pour prévenir le quartier général de la société familiale, Treasure Salvors, à Key West :

Range les cartes. On a trouvé le filon principal !

Ce message, reproduit par la société Mel Fisher's Treasures (traduit de l'anglais), met fin à une quête de seize ans. Son père, Mel Fisher, lançait chaque jour la même phrase à ses plongeurs : « Today's the day », « c'est aujourd'hui le grand jour ». Pendant des années, il s'était trompé. Ce jour-là, il avait raison : ses équipes venaient de localiser la cargaison principale de la Nuestra Señora de Atocha, un galion espagnol englouti depuis 1622, dont le trésor sera estimé à 400 millions de dollars.

Un galion coulé en 1622 avec la fortune d'un empire

L'Atocha quitte La Havane pour l'Espagne le 4 septembre 1622, au sein d'un convoi de 28 navires. Ses cales débordent d'argent de Bolivie, du Pérou et du Mexique, d'or et d'émeraudes de Colombie. Le chargement était si important qu'il avait fallu deux mois pour l'enregistrer et le monter à bord.

Deux jours après le départ, un ouragan frappe la flotte dans le détroit de Floride. Au matin du 6 septembre, huit navires ont sombré entre les Marquesas Keys et les Dry Tortugas. Sur les quelque 265 personnes à bord de l'Atocha, seuls trois marins et deux esclaves survivent, accrochés au mât d'artimon. Un second ouragan, un mois plus tard, disperse l'épave encore davantage. Les Espagnols la cherchent pendant soixante ans, sans jamais la retrouver.

Seize ans de fausses pistes, de dettes et de deuil

Rien ne prédestinait Mel Fisher, né en 1922 dans l'Indiana, à retrouver le navire. Ancien éleveur de poulets, il ouvre en Californie l'un des premiers magasins de plongée de l'État, avant de se lancer à plein temps dans la chasse au trésor avec sa femme, Deo, elle-même plongeuse. Il se lance sur la piste de l'Atocha en 1969.

Les premières années ne donnent rien : l'équipe fouille au mauvais endroit. Tout change grâce à l'historien Eugene Lyon, qui épluche les archives espagnoles de Séville. D'après le magazine Time, il parcourt quelque 50 000 pages de documents rongés par les vers avant de trouver le rapport des sauveteurs du XVIIe siècle, qui situe le naufrage près des Marquesas Keys.

En 1973, une ancre et trois lingots d'argent sont remontés à environ trois kilomètres de la zone visée. La trouvaille paraît prometteuse, mais elle égare l'équipe. Une responsable de la société regrettera plus tard cette fausse piste, qui leur a coûté des années.

En juillet 1975, Dirk, le fils aîné de Mel Fisher, découvre cinq canons de bronze portant les marques de l'Atocha. Une semaine plus tard, dans la nuit du 20 juillet, leur bateau, le Northwind, chavire. Dirk, 21 ans, son épouse Angel et le plongeur Rick Gage meurent noyés. La famille décide pourtant de continuer.

Il faut aussi tenir financièrement. Les recherches reposent sur plus de 80 investisseurs, les plongeurs sont payés au salaire minimum tant que le galion reste introuvable, et d'autres chasseurs de trésor abandonnent la zone. La Floride, elle, revendique l'épave et impose un contrat qui lui réserve 25 % des trouvailles. Le 1er juillet 1982, la Cour suprême des États-Unis donne raison à Treasure Salvors : l'épave repose dans les eaux internationales, et les responsables de l'État n'ont aucun droit défendable à conserver les objets qu'ils détiennent.

La suite après cette vidéo

Dix ans jour pour jour après le drame, le filon principal

La découverte tombe le 20 juillet 1985, dix ans exactement après le naufrage du Northwind. Selon le récit de son entourage rapporté par Slate, Mel Fisher est introuvable ce jour-là, et il apprend la nouvelle par des passants qui l'ont entendue à la radio locale.

Les chiffres donnent le vertige. En deux jours, une quarantaine de plongeurs remontent plus de 200 lingots d'argent, soit 7 tonnes, chacun pesant près de 32 kilos. Au total, la cargaison récupérée compte environ 40 tonnes d'or et d'argent, quelque 114 000 pièces d'argent espagnoles, des bijoux, des chaînes en or et des émeraudes colombiennes parmi les plus belles au monde. Quelques semaines plus tôt, pourtant, la société était au bord de l'asphyxie. Mel Fisher le résume au magazine Time (traduit de l'anglais) :

Il y a deux semaines, je ne pouvais pas payer les salaires.

En 2014, l'Atocha entre au Livre Guinness des records comme l'épave la plus précieuse jamais récupérée. Il a depuis été détrôné par le San José, un galion coulé au large de la Colombie et localisé en 2015, dont le trésor estimé à 20 milliards de dollars reste intouchable.

Plus de 40 ans après, l'épave n'a pas tout rendu

Mel Fisher meurt le 19 décembre 1998 à Key West, à 76 ans. Sa famille détient toujours les droits de sauvetage et poursuit les recherches. Car une partie du navire manque encore : le château arrière, où étaient probablement rangés l'essentiel de l'or et les émeraudes les plus rares, extraites de la mine colombienne de Muzo.

L'épave continue de livrer des pièces spectaculaires. En 2011, les plongeurs de la société familiale remontent une bague en or sertie d'une émeraude, estimée à 500 000 dollars. En juin 2026, l'équipage du DARE a sorti de l'eau, par une quinzaine de mètres de fond, un lingot d'argent d'environ 10 kilos, recouvert de plus de quatre siècles de concrétions marines. Selon la société, c'est le premier lingot remonté du site de l'Atocha depuis 1999, et sa valeur est estimée à 100 000 dollars.

Sur le blog de l'entreprise, l'annonce des plongées en cours sur le site se conclut encore par la devise de Mel Fisher : « Today's the day! »

Source : Cour suprême des États-Unis, Florida Dept. of State v. Treasure Salvors (1982) et Time

Suivez-nous sur Google

Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.

À lire aussi