Dans les voitures Dacia, il existe un bouton que les conducteurs pressent plus que tous les autres. Il ne règle ni la musique ni la température : il sert à mettre en veille, d'un seul geste, plusieurs aides à la conduite rendues obligatoires par l'Union européenne. C'est Katrin Adt, la directrice générale de la marque, qui l'a révélé mi-septembre au magazine britannique Autocar, lors de la présentation de la nouvelle Dacia Spring.
Le bouton le plus utilisé dans nos voitures est ce que nous appelons le « bouton magique », qui permet de couper tous les bips.
Katrin Adt, directrice générale de Dacia, dans Autocar (propos traduits de l'anglais).
Ce « bouton magique » porte un nom officiel : My Safety. On le trouve sur la planche de bord, à gauche du volant, sur de nombreux modèles Dacia, mais aussi chez Renault. Et son succès en dit long sur la relation que les automobilistes entretiennent avec les alertes qui se sont multipliées dans les voitures neuves.
Deux pressions pour retrouver le calme
Le principe est simple. Par défaut, la voiture fonctionne en mode « All On » : toutes les aides concernées sont actives. Selon les notices de la marque, ce mode regroupe, suivant les modèles, l'alerte sonore de survitesse, la prévention de sortie de voie, les alertes de vigilance, de fatigue et de distraction du conducteur, ainsi que l'alerte d'angle mort.
Le conducteur choisit à l'avance, dans les réglages, celles qu'il souhaite couper. Ensuite, deux pressions successives sur le bouton suffisent pour passer en mode « My Safety Perso » : le voyant s'éteint, un message s'affiche au tableau de bord et les aides sélectionnées se mettent en veille. Une seule pression permet de revenir au mode complet.
L'intérêt est d'éviter de fouiller dans les menus de l'écran avant chaque trajet. Car le réglage ne dure pas indéfiniment : selon le véhicule et le temps écoulé depuis le dernier arrêt, le mode « All On » se réactive au déverrouillage, à l'ouverture d'une portière ou au redémarrage du moteur.
Des alertes imposées sur toutes les voitures neuves
Si ces bips sont devenus si présents, c'est à cause du règlement européen sur la sécurité générale des véhicules, souvent appelé GSR2. Appliqué aux nouveaux modèles depuis juillet 2022, il concerne toutes les voitures neuves vendues dans l'Union européenne depuis le 7 juillet 2024. Parmi les équipements imposés figurent l'assistance intelligente à la vitesse, qui avertit le conducteur lorsqu'il dépasse la limitation détectée, l'alerte de somnolence, la détection en marche arrière et le signal de freinage d'urgence. Les voitures et les utilitaires légers doivent aussi disposer du maintien dans la voie et du freinage automatique d'urgence.
Une nouvelle étape a été franchie le 7 juillet 2026. Depuis cette date, l'avertisseur avancé de distraction du conducteur, appelé ADDW, doit équiper toutes les voitures neuves nouvellement immatriculées, et plus seulement les modèles récemment homologués. Ce système surveille le regard du conducteur et l'avertit lorsqu'il quitte la route des yeux trop longtemps. Les voitures déjà en circulation ne sont pas concernées, comme nous l'expliquions à propos des deux équipements devenus obligatoires cet été.
Couper ces aides, est-ce vraiment autorisé ?
Oui. Le bouton de Dacia et Renault ne contourne pas la loi. Obligatoire ne veut pas dire impossible à désactiver : pour l'assistance intelligente à la vitesse, le texte européen prévoit explicitement que le conducteur puisse l'éteindre. En revanche, le système doit retrouver son fonctionnement normal à chaque nouveau démarrage du véhicule. C'est justement cette remise à zéro qui rend un raccourci physique aussi pratique.
Les deux marques ne sont pas les seules à proposer une désactivation rapide : BMW, Mercedes, Mazda ou Peugeot offrent aussi des solutions sur certains modèles. Mais en janvier 2026, la Ligue de défense des conducteurs a compté le nombre de gestes nécessaires pour couper deux aides activées par défaut sur les 50 modèles les plus vendus en France en 2025. Renault, Dacia et Nissan figuraient parmi les plus simples, avec une configuration personnalisée accessible en deux pressions sur un bouton physique. Les constructeurs asiatiques fermaient la marche.
Derrière le bouton, un bras de fer avec Bruxelles
Pour Katrin Adt, la popularité du bouton est aussi un argument. Selon elle, Dacia a déjà dû se conformer à une centaine de réglementations, notamment sur la sécurité et les émissions, et 107 autres doivent encore s'appliquer d'ici à la fin de la décennie. Cette mise en conformité mobiliserait un quart du budget de recherche et développement de la marque, ainsi qu'un quart de ses ingénieurs. La dirigeante se demande si tout cela correspond vraiment à ce que les clients attendent.
Elle relie également ces normes à la hausse du prix des voitures neuves. D'après elle, le marché européen reste environ trois millions de véhicules sous son niveau de 2019. Avec d'autres constructeurs, Dacia demande donc à la Commission européenne au moins un gel des nouvelles règles pour les petites voitures. Chez Renault, le directeur général de la marque, Fabrice Cambolive, a lui aussi dénoncé auprès d'Autocar un « tsunami » de réglementations et plaidé pour un gel de dix ans sur certaines catégories de véhicules.
La Commission européenne, elle, défend ces obligations au nom de la sécurité routière. Elle estime que l'ensemble des mesures du règlement pourrait permettre de sauver plus de 25 000 vies et d'éviter au moins 140 000 blessures graves d'ici à 2038.
Source : Commission européenne
