Des bouts de lames et de lambourdes déjà coupés, bien secs, stockés au garage depuis la pose de la terrasse : à l'heure des premières flambées, ces chutes ont tout du petit bois idéal. Elles font pourtant partie des combustibles que l'ADEME demande de ne jamais mettre dans un poêle, un insert ou une cheminée. La raison tient en un mot, imprimé sur l'étiquette sans que l'on y prête vraiment attention : autoclave.
En France, 7,5 millions de foyers se chauffent au bois, selon l'Agence de la transition écologique. Au moment de rallumer l'appareil, la tentation est grande de faire disparaître ce qui encombre : restes de chantier, vieilles planches, morceaux de meubles. Le raisonnement paraît imparable, puisque ce bois est déjà payé et déjà débité. Il oublie un détail : un bois préparé pour résister des années à la pluie et aux insectes n'a pas été pensé pour brûler dans un salon.
Pourquoi le pin de terrasse n'est pas un bois comme les autres
Pour tenir dehors, au contact de l'humidité, le pin est imprégné d'un produit de préservation, injecté sous pression dans une cuve appelée autoclave. La Fédération nationale du bois explique que ce procédé protège le bois contre les insectes, les termites et les champignons, et qu'il lui donne au passage sa teinte verte, brune ou grise. C'est le traitement classique des lames de terrasse, des bardages et des clôtures.
Ce produit est fait pour rester dans le bois, c'est même tout son intérêt. Il est donc toujours là quand la chute de lame arrive dans le foyer, qu'elle serve de bûche ou de simple bois d'allumage.
Ce que dit l'ADEME sur les bois traités
Dans ses conseils sur le chauffage au bois, publiés en décembre 2025, l'agence ne laisse aucune place au doute :
Ne brûlez pas des bois traités !
Elle cite les vieux meubles, les panneaux agglomérés et les bois récupérés sur des chantiers, qui libèrent en brûlant des polluants particulièrement nocifs. Son guide pratique « Comment bien se chauffer au bois ? » les range dans la liste des combustibles à ne surtout pas utiliser, aux côtés des bois peints ou vernis et des déchets. Il y est précisé que ces matériaux dégagent des substances toxiques ou corrosives et qu'ils encrassent les appareils.
Les autorités canadiennes sont encore plus directes à propos du bois traité sous pression, l'équivalent de l'autoclave. Dans un avis de 2016, elles rappellent que ses agents de préservation sont des pesticides et qu'à la combustion, ils se concentrent dans la fumée et dans les cendres. La consigne vaut pour un foyer intérieur comme pour un feu allumé dehors.
Le conduit et l'appareil paient aussi la note
Au-delà de l'air que l'on respire, c'est l'installation qui encaisse. L'ADEME rappelle qu'un appareil récent mal utilisé peut polluer autant qu'un vieux poêle, et que le combustible pèse aussi lourd que l'allumage ou le réglage du tirage. Elle donne un ordre de grandeur parlant : un seul millimètre de suie dans le conduit représente environ 10 % de bois consommé en plus.
Le ramonage, de son côté, est obligatoire au moins une fois par an, et l'agence en recommande deux au-delà de 6 m³ de bûches brûlées dans l'année. Le certificat remis par le professionnel peut être réclamé par l'assureur en cas de sinistre. Mieux vaut donc que le conduit n'ait vu passer que du vrai bois de chauffage.
Avec quoi allumer son feu, et que faire des chutes
Pour démarrer une flambée, l'ADEME conseille du bois de feuillus tendres bien sec, comme le bouleau ou une cagette en peuplier, un allume-feu à base de bois ou de la laine de bois. Attention aux cagettes dont le fond est un panneau : elles figurent parmi les combustibles à éviter. La réglementation va dans le même sens. Depuis le 1er septembre 2023, le bois d'allumage vendu dans le commerce doit être non traité et ne pas dépasser 15 % d'humidité, tandis que les bûches vendues par moins de 2 m³ sont limitées à 23 %.
Autre geste recommandé : l'allumage par le haut. Les grosses bûches en bas, le petit bois au-dessus, l'allume-feu au sommet. Les fumées traversent alors les flammes, qui en brûlent une partie, et le conduit monte plus vite en température. Le poêle n'est d'ailleurs pas le seul équipement à préparer avant l'hiver : ce geste à faire sur vos radiateurs cet automne aide lui aussi à mieux chauffer le logement.
Restent les chutes. Dehors, elles peuvent encore servir de cales ou dépanner pour une réparation de la terrasse. Pas question en revanche de s'en débarrasser dans un brasero au fond du jardin : le règlement sanitaire départemental interdit le brûlage des déchets ménagers à l'air libre, et l'infraction est passible d'une amende pouvant atteindre 450 euros. Leur place est à la déchèterie, où l'on vous indiquera la benne adaptée.
Source : ADEME & Guide ADEME « Comment bien se chauffer au bois ? »
