Après le « A » des jeunes conducteurs, voici le « S » des seniors. Ce disque rouge sur fond blanc, que plusieurs médias disent voir se multiplier à l’arrière des voitures, n’est pourtant imposé par aucun texte. Mais il fait parler au moment où un autre sujet agite les automobilistes : la visite médicale pour garder son permis.
En France, aucune visite médicale systématique n’est aujourd’hui exigée pour conserver son permis voiture. Une directive européenne adoptée en octobre 2025 prévoit pourtant un examen médical au moment du renouvellement, avec une possibilité d’y substituer une autoévaluation. Et le 19 août 2026, l’Assemblée nationale a invité le gouvernement à s’opposer à cette visite obligatoire.
Un « S » facultatif, vendu 4 euros
Le macaron « S » est proposé par l’association Signal Senior, que préside Gilles Renard. Il existe depuis 2016 et se décline en deux versions : un disque autocollant à 4 euros et un disque magnétique à 6 euros. L’association le destine aux personnes âgées qui ont légèrement perdu confiance au volant, et non à tous les conducteurs d’un certain âge. Gilles Renard met en avant les zones rurales, où beaucoup de seniors n’ont pas d’autre choix que la voiture, et l’impatience que certains automobilistes peuvent manifester lors d’une insertion ou d’une manœuvre.
Contrairement au « A », obligatoire pendant la période probatoire du permis, le « S » ne repose sur aucune règle. Il ne vient ni de l’État, ni de l’Union européenne, ni de la Sécurité routière. Le seuil d’âge varie d’ailleurs selon les publications, qui citent tantôt 65, tantôt 70, tantôt 75 ans, faute de texte pour le fixer.
La rumeur d’un « S » obligatoire revient régulièrement sur les réseaux sociaux. La Sécurité routière a dû rétablir la vérité sur son site, et sa réponse est sans ambiguïté :
Il n’y a aucun projet visant à rendre cet affichage obligatoire
Les automobilistes qui jugent utile d’afficher ce macaron sont donc libres de le faire, les autres de s’en passer. Nous expliquions déjà ce que signifie ce macaron « S » et pourquoi il ne fonctionne pas comme le « A ».
Des chiffres qui racontent deux histoires
Pourquoi le sujet revient-il sans cesse ? Parce que les statistiques disent deux choses à la fois. Selon la Sécurité routière, les seniors représentent 25 % des personnes tuées sur la route, alors qu’ils constituent 19 % de la population. La raison tient à leur fragilité physique : à choc égal, une personne âgée a moins de chances de survivre qu’une plus jeune.
Dans le même temps, les automobilistes âgés provoquent moins d’accidents mortels. D’après le bilan 2023 de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière, cité par le média Roole, les plus de 75 ans représentent 5 % des responsables d’accidents mortels, contre 37 % pour les 18-34 ans. Les chiffres distinguent donc le risque de provoquer un accident et celui d’en subir les conséquences.
Ce que prévoit la directive européenne
Le vrai sujet de fond se joue ailleurs. La directive (UE) 2025/2205, datée du 22 octobre 2025, fixe à 15 ans la durée de validité par défaut des permis, que les pays pourront raccourcir à partir de 65 ans. Avant un premier permis ou lors d’un renouvellement, une visite médicale est prévue, avec notamment des examens ophtalmologiques et cardiovasculaires. Les États peuvent toutefois la remplacer, pour les voitures et les motos, par un formulaire d’autoévaluation ou un autre système conçu au niveau national. Chaque pays dispose de trois ans pour transposer le texte.
C’est sur ce point que l’Assemblée nationale est intervenue. Dans une résolution européenne datée du 19 août 2026 (texte adopté n° 342), elle estime que la visite médicale risque d’entraîner un surcoût administratif élevé pour un système qui, selon elle, s’autorégule déjà. Le texte invite le gouvernement à :
s’opposer à la visite médicale obligatoire prévue par la même directive
Il lui demande aussi d’explorer les assouplissements ouverts par l’article 11 de la directive (paragraphe 3), en privilégiant l’autoévaluation pour les personnes qui doivent renouveler leur permis. Il s’agit d’une invitation adressée au gouvernement, pas d’une loi.
Petite nuance de lecture : la résolution décrit une visite tous les quinze ans, puis tous les cinq ans après 65 ans. Le résumé publié par le Parlement européen est plus souple : la validité est de quinze ans par défaut, et les États pourront la réduire après 65 ans.
Ce qui change vraiment pour les seniors
Pour l’instant, rien. Aucun macaron n’est obligatoire, aucune visite médicale systématique n’est exigée pour garder son permis voiture, et la France n’a pas encore transposé la directive dans sa réglementation nationale.
En attendant, la Sécurité routière conseille à tous les conducteurs de consulter régulièrement un médecin pour vérifier leur état de santé, sans que cela soit une obligation. Elle recommande aussi aux seniors, comme le rappelle Que Choisir, de suivre des stages de remise à niveau, de rouler de jour et aux heures creuses et de planifier leurs trajets.
Source : Assemblée nationale & Parlement européen
